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Jean-Baptiste Laokolé, Secrétaire général adjoint du parti pour les libertés et la démocratie (PLD) : “Nous sommes surpris que le gouvernement dénature l’accord du 13 ”
De retour de la France où il est allé prendre part, sur invitation du parti socialiste français, au congrès dudit parti, le Secrétaire général adjoint du Parti pour les Libertés et la Démocratie (PLD), Monsieur Jean-Baptiste Laokolé, nous fait part des entretiens qu’il a eus, ainsi que du climat qui prévaut au sein de la Coordination des Partis politiques pour la Défense de la Constitution (CPDC).
Tchad et Culture : Monsieur le Secrétaire général, quels sont les échos de votre tout dernier séjour en France ?
Jean-Baptiste Laokolé : J’ai été invité du 11 au 18 novembre 2008 à un colloque organisé par la Fondation Jean Jaurès et également au congrès du Parti socialiste (PS) français à Rince (France). C’est un grand congrès auquel plus de 126 délégations étrangères ont été conviées. Le PS est un grand parti démocratique porté par le dynamisme de ses militants et n’est pas l’affaire de quelques individus, comme cela se passe sous nos tropiques. Le congrès a condamné les autorités tchadiennes pour l’enlèvement de notre secrétaire général et porte-parole de la Coordination des partis politiques pour la défense de la Constitution (CPDC), M. Ibni Oumar Mahamat Saleh, ainsi que le gouvernement français pour n’avoir pas fait assez de pression sur le président Idriss Déby Itno.
Avez-vous rencontré les autorités françaises ?
J.B.L : J’ai rencontré le responsable du département Afrique du Quai d’Orsay (Ndlr : ministère français des Affaires étrangères). Nous avons échangé sur la disparition du camarade Ibni Oumar Mahamat Saleh et sur bien d’autres préoccupations. En octobre 2008, nous avons adressé une correspondance au président Idriss Déby Itno pour qu’il nous restitue la dépouille de M. Ibni et une autre au président Nicolas Sarkozy pour lui rappeler son engagement pris de tout mettre en œuvre pour que lumière soit faite sur le sort de Ibni lors de son passage à N’Djaména au mois de février 2008. Nous avons profité de l’occasion pour faire le suivi de cette correspondance.
Quelle a été la réaction des autorités françaises ?
J.B.L : Les autorités françaises se disent sensibles à notre lettr ;e elles nous ont dit que la question a été effectivement posée aux autorités tchadiennes, mais que jusqu’au 18 novembre 2008, date à laquelle nous les avons rencontrées, N’Djaména n’a pas encore répondu. J’ai passé deux heures au Quai d’Orsay et j’ai été rassuré que le ministre des Affaires étrangères, M. Bernard Kouchner, se rendra au Tchad le samedi 22 novembre 2008 (Ndlr : cette interview a été réalisée deux jours auparavant) pour remettre une lettre du président Sarkozy à son homologue tchadien Idriss Déby Itno sur la question.
N’est-ce pas simplement des procédés dilatoires ?
J.B.L : Nous espérons qu’il n’en est pas le cas. Le responsable du département Afrique au Quai d’Orsay m’a dit que les milieux officiels français ne sont pas au courant de certaines choses. Par exemple, lorsque j’ai parlé du constat de décès de Ibni Oumar Mahamat Saleh fait par un médecin de l’antenne de l’Opération Epervier.
Est-ce une information officielle ?
Non. La Commission d’enquête n’en a pas fait cas dans son rapport pour des raisons qu’on ignore. Mais au PLD nous sommes convaincus de la véracité de ce constat. Nous ne disposons pas de copie de ce constat de décès, mais nous nous basons sur des sources plausibles.
Etes-vous convaincu qu’Ibni Oumar Mahamat Saleh n’est plus ?
J.B.L : Malheureusement, nous en sommes convaincus.
Alors, pourquoi son maintien comme porte-parole de la CPDC ?
J.B.L : Nous ne nous contredisons pas. C’est unanimement que la CPDC a décidé de maintenir le camarade Ibni comme porte-parole, jusqu’à ce que son corps soit restitué et qu’un deuil digne de ce nom lui soit fait. Il en est de même pour son poste de secrétaire général du PLD.
Quelle lecture faites-vous de la composition du Comité de Suivi du rapport de la d’enquête ?
J.B.L : Nous ne croyons pas à ce comité politique composé de 8 ministres, sans représentation de la communauté internationale et de la société civile. Est-ce que ce comité politique peut laisser les mains libres au sous-comité technique de suivi ? J’en doute fort. Ce comité, vu sa composition politique, ne nous dira pas la vérité. La Commission d’enquête devrait le faire, lorsqu’elle avait approuvé avec nous dans son rapport que Ibni a été kidnappé par les éléments de forces de défense et de sécurité. Cela nous aurait permis de savoir ce qui était arrivé à Ibni. Mais qui l’a empêchée de continuer les investigations ? La même chose pourrait se reproduire avec ce comité politique.
Que proposeriez-vous pour améliorer le Comité de Suivi ?
J.B.L : Nous n’avons rien à proposer. Le 04 février 2008, soit un jour après l’enlèvement de Ibni Oumar Mahamat Saleh, le président de la République Idriss Déby Itno, a reconnu que certains leaders politiques ont été arrêtés et que leurs dossiers seront confiés à la justice. Le 05 février 2008, le PLD a déposé une plainte contre X pour enlèvement et séquestration. Notre vœu actuel est que le gouvernement laisse la justice faire son travail et que les magistrats commencent des enquêtes sur la base de notre plainte.
Conformément à la feuille de route de l’Accord du 13 août 2007, le gouvernement a adopté quatre projets de lois. Pourquoi la CPDC a-t-elle dénoncé ces projets de loi ?
J.B.L : Le gouvernement a adopté ces textes unilatéralement sans tenir compte des propositions faites par la CPDC. Ces projets de textes ne sont pas ceux sur lesquels le Comité de Suivi et d’appui de l’Accord du 13 août a travaillé. La plupart de ces projets de loi avaient fait l’objet de longs débats au cours de huit mois de discussions pour aboutir à l’accord du 13 août 2007, que le président de la République a placé au quatrième rang après la Constitution, le Coran et la Bible. Nous sommes surpris que le conseil des ministres cherche à dépouiller l’accord de sa substance.
Pouvez-vous nous citer des exemples ?
J.B.L : Il y en a beaucoup mais nous pouvons en citer quelques-uns. L’article 1 du projet de loi relatif à la CENI arrêté par le Comité de suivi stipule : ‘‘il est créé une commission électorale nationale indépendante, autorité administrative indépendante’’. Or, dans la dernière mouture, le gouvernement supprime unilatéralement, ‘‘l’autorité administrative indépendante’’. L’article 24 stipule que ‘‘la présente loi qui abroge toutes dispositions antérieures contraires, notamment la loi n°01/PR/2000 du 18 août 2000, la loi n°36/PR/2006 du 27 décembre 2006 et l’ordonnance n°008/PR/2008 du 22 février 2008, sera enregistré et publiée au journal officiel de la République et exécutée comme loi de l’Etat’’. Dans la nouvelle, il est écrit tout simplement : ‘‘La présente loi sera enregistrée et publiée au journal officiel de la République et exécutée comme loi de l’Etat’’. A propos de la loi relative à la chefferie traditionnelle et coutumière, les dispositions de l’article 19 relatives à la neutralité des chefs traditionnels dans l’exercice de leurs fonctions, leur interdit toute activité politique et exige leur démission définitive de leurs fonctions avant d’être candidats dans des compétitions électorales. Les amendements portés par le gouvernement à cette loi annulent l’effet escompté, à savoir le trafic d’influences. S’agissant du Code électoral, les articles 11, 19, 59, 171, 194 ont fait l’objet de modifications inadmissibles.
Qu’entendez-vous faire maintenant ?
Lors de mon voyage en France, j’ai remis en mains propres aux autorités françaises le communiqué de presse de la CPDC. Ceci, pour prendre à témoin la France qui assure la présidence de l’Union européenne qui, par ailleurs, a parrainé l’Accord du 13 août.
N’êtes-vous pas en position de faiblesse face au gouvernement ?
J.B.L : Vous ne pouvez pas dire cela du moment où il s’agit d’un accord paritaire. L’acte du gouvernement est assimilable à une dénonciation de cet accord et nous le considérerons comme tel.
Depuis un certain temps, les membres de la CPDC se bouffent le nez. Qu’en est-il au juste ?
J.B.L : Je vous confirme que la CPDC se porte à merveille (sourire embarrassé). La CPDC, quoi qu’étant un regroupement informel de partis politiques de l’opposition, est un organe incontournable pour le règlement pacifique du conflit politique tchadien. C’est vrai que nous avons eu, à un moment donné, de petits problèmes concernant notre entrée au gouvernement. Au départ, lorsqu’il était question d’entrer dans le gouvernement, nous attendions de l’exécutif qu’il nous donne le quota de la CPDC, quitte à nous de désigner nos représentants. Ceci, pour éviter que les partis soient désignés individuellement. Malheureusement lorsque le moment est venu, certains amis ont été consultés individuellement et ont accepté l’offre. Malgré tout, la CPDC ne les condamne pas mais regrette ces manières de faire. Mais je puis vous assurer que présentement tout est revenu à la normale. Ces amis continuent de participer à nos réunions.
Quel est l’avis du PLD sur la normalisation des relations Tchado-soudanaises ?
J.B.L : Nous saluons très chaleureusement ce réchauffement des relations. Le Tchad et le Soudan sont condamnés à vivre en paix. Il suffit que les présidents Déby et El-Béchir abandonnent leurs ambitions de déstabilisation de l’un et de l’autre et tout ira bien.
Et pour finir ?
J.B.L : Au PLD, nous estimons que le Tchad a besoin de paix et que cette paix passera nécessairement par une rencontre globale de tous les acteurs : opposition démocratique, société civile, politico-militaires, etc. C’est ce que nous appelons un dialogue inclusif et auquel d’autres pays en conflit font appel sans honte et sans peur.
Propos recueillis par Frédéric Mbaïdedji Ndjénodji
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