Soudan: le principal groupe rebelle du Darfour se dote d'un nouveau chef.
KHARTOUM — Le plus militarisé des groupes rebelles du Darfour, une région de l'ouest du Soudan ravagée par la guerre civile, a choisi un nouveau chef, le frère de son ancien dirigeant tué par l'armée, et promis de continuer à oeuvrer pour faire tomber le régime du président Omar el-Béchir.
Après deux jours de réunion dans l'Etat du Kordofan-Sud, voisin de la région du Darfour, le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) a choisi Gibril Ibrahim pour succéder à Khalil Ibrahim, a indiqué le porte-parole, Gibril Adam Bilal, joint par téléphone par l'AFP à Khartoum. "Le JEM a tenu une conférence extraordinaire en présence de 103 personnes qui ont élu Gibril Ibrahim comme leader", a-t-il précisé.
Le JEM a affirmé son engagement à travailler avec les autres groupes rebelles pour "faire tomber le régime" du président Béchir et "a approuvé toutes les décisions prises par l'ancien leader ces dernières années", a-t-il ajouté.
Gibril Ibrahim, qui a une formation d'économiste, a enseigné dans des universités à Khartoum et en Arabie saoudite. Récemment basé à Londres, il a travaillé comme conseiller pour le JEM et responsable de ses relations avec l'étranger. Le groupe avait affirmé que Khalil Ibrahim, 54 ans, avait été tué le 23 décembre dans un raid aérien mené par l'armée soudanaise. Cette dernière avait indiqué pour sa part qu'il avait été blessé dans des accrochages et avait succombé.
Peu avant sa mort, le JEM avait annoncé que ses troupes avançaient vers l'Est, en direction de Khartoum, dans le but de faire tomber le régime.
En mai 2008, plus de 200 personnes avaient été tuées lors d'une attaque du JEM à Omdurman, ville jumelle de Khartoum. Plusieurs rebelles avaient été condamnés à mort pour cette attaque.
La mort de Khalil Ibrahim avait créé une certaine incertitude quant à l'avenir du JEM, qui a formé en novembre avec plusieurs autres groupes rebelles le Front révolutionnaire soudanais pour poursuivre la "rébellion armée" contre Khartoum.
Le chef de la mission ONU-Union africaine au Darfour, Ibrahim Gambari, s'était inquiété mercredi du fait que le JEM puisse être miné par des divisions depuis la mort d'Ibrahim. Il estimait que l'avenir du groupe dépendait pour beaucoup des résultats de la réunion de la direction du mouvement.
Selon Magdi El Guizouli, du Rift Valley Institute, un groupe de recherche, le nouveau chef va hériter d'un mouvement miné par les divisions et une guerre chronique.
"Gibril ne va pas beaucoup changer la situation", a-t-il estimé. "A moins d'un soutien au niveau de la région, ses options sont limitées".
Le JEM a refusé de signer l'accord de paix du Darfour de mai 2006, de même que celui de juillet 2011 à Doha, conclu entre Khartoum et le Mouvement de libération pour la justice (LJM, une coalition de petites factions rebelles). Il estimait notamment que ce dernier accord ne résolvait pas les problèmes clés du partage du pouvoir et des richesses, des violations des droits de l'Homme, et du sort des 1,8 million de déplacés. Au moins 300.000 personnes ont été tuées depuis le début en 2003 de la guerre au Darfour, selon une estimation des Nations unies. Khartoum évoque de son côté le chiffre de 10.000 morts.
Les rebelles affirment lutter pour la "démocratie et les droits civiques" contre un régime dominé par les Arabes qui ne représente pas selon eux la diversité politique, ethnique et religieuse du pays.
Le président Omar el-Béchir fait l'objet d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour génocide ainsi que pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre à l'encontre des habitants du Darfour. Cinq autres personnes, anciens responsables du gouvernement, des rebelles et des milices arabes alliées au pouvoir, sont sous le coup de mandats d'arrêt.
AFP