Aucune solution politique n’est possible sans les groupes islamistes armés. C’est dire combien la réunion sur la Libye ouverte ce 8 mai à Alger est cruciale.

« Il faut absolument que les Algériens et les Égyptiens s’entendent sur le rôle des islamistes armés. Tant que ce n’est pas le cas, il ne pourra pas y avoir de solution politique en Libye. » Selon une source sécuritaire algérienne, c’est autour de cette question que porteront la plupart des discussions de la onzième réunion ministérielle des pays voisins de la Libye, qui s’est ouverte ce lundi à Alger.

Les chefs de la diplomatie du Soudan et du Niger, la secrétaire d’État aux Affaires étrangères du Tchad ainsi que le représentant de l’Union africaine (UA) pour la Libye, Jakaya Kikwete, et le chef de la mission de l’ONU pour la Libye, Martin Kobler, ont été reçus par le ministre des Affaires maghrébines, l’Algérien Abdelkader Messahel. Mardi, est annoncé Fayez el-Sarraj, le chef du gouvernement libyen soutenu par la communauté internationale (GNA).

En deux mois, le plan a pris l’eau

Depuis plusieurs mois, ministres et émissaires algériens, tunisiens et égyptiens se rencontrent pour essayer de s’entendre autour d’un nouveau corpus de propositions visant à amender-remplacer l’accord de Skhirat. Ce dernier, signé au Maroc en décembre 2016, prévoyait notamment la formation d’un gouvernement d’union nationale qui, plus d’une année plus tard, n’a pas réussi à s’imposer à Tripoli, ni même dans le reste du pays.

Objectif : réunir à Alger pour un sommet tripartite les présidents des trois pays, Abdelaziz Bouteflika, Béji Caïd Essebsi et Abdel Fattah al-Sissi, pour la signature d’un nouvel accord. D’ailleurs, le ministre tunisien des Affaires étrangères, Khemaies Jhinaoui, avait annoncé sa tenue prochaine.

Sauf qu’en l’espace de deux mois le plan a pris l’eau. « L’état de santé du président algérien y est pour beaucoup, c’est vrai », reconnaît une source algérienne proche des négociations. « Mais, surtout, il y a eu des complications avec les Égyptiens. Ils ont toujours été opposés à l’inclusion des islamistes armés dans le jeu politique, mais, à un moment, on était parvenus à leur faire entendre raison. Du moins, on le pensait… »

Selon lui, « tout n’est pas encore clair ». « On sait que les Égyptiens veulent que les milices déposent les armes et s’engagent à rompre tout lien avec al-Qaïda, poursuit-il. Mais on ne sait pas encore s’ils refusent les conditions que posent les islamistes ou s’ils rejettent en bloc toute participation. Quoi qu’il en soit, sans accord de principe, il ne peut pas y avoir de sommet. »

Pour Le Caire, ennemi déclaré des Frères musulmans, le voisinage d’un gouvernement avec un parti islamiste « n’est tout simplement pas envisageable », confie encore une source diplomatique. « Et ils se sentent forts, car ils se savent appuyés par Washington. On sait même qu’ils sont intervenus auprès de Rached Ghannouchi [le président d’Ennahdha, premier parti islamiste tunisien] pour qu’il freine ses relations avec les islamistes. »

Or, pour les Algériens, la participation des islamistes est non négociable, et un diplomate l’a récemment rappelé : « Les conflits politiques entre le système et les islamistes en Égypte doivent rester en Égypte ».

Comme la Syrie, un conflit internationalisé

En janvier, Alger avait d’ailleurs clairement affiché sa position en envoyant Ahmed Ouyahia, chef de cabinet d’Abdelaziz Bouteflika, rencontrer Rached Ghannouchi et Ali Sellabi, membre du secrétariat général de l’Union internationale des oulémas musulmans, figure des Frères musulmans libyens, que l’on dit proche de la Turquie et du Qatar.

En effet, la Libye, à l’image de la Syrie, est devenue le théâtre d’un conflit internationalisé.

D’un côté, il y a les Émirats arabes unis et l’Égypte, qui financent le maréchal Khalifa Haftar et lui fournissent des armes. Ce n’est plus un secret : le maréchal en personne avait affirmé en janvier 2015 à la BBC avoir reçu assez d’armes et d’équipement pour pouvoir mettre un terme au conflit armé.

De l’autre, il y a le Qatar et la Turquie. « Ils soutiennent les groupes islamistes armés, et le Qatar, qui a investi des milliards en Libye, ne digère pas d’avoir été écarté de la médiation », souligne une source libyenne proche du dossier.

« Entre tous, Alger sert de coordinateur. Elle est la seule à pouvoir parler à la fois à Haftar, aux islamistes armés, aux tribus, à Ghannouchi, aux Américains, etc. » explique une source diplomatique. « Dans l’histoire, Haftar a beau se présenter comme l’homme fort de la Libye, il n’est qu’un pion que l’on déplace. Sa seule force est d’être soutenu militairement et diplomatiquement par les Russes et les Algériens, qui voudraient voir rapidement une armée libyenne forte et unie. »

L’idée a encore besoin de faire son chemin, mais, début mai, Khalifa Haftar et son rival Fayez el-Sarraj, se sont rencontrés à Abu Dhabi, ce qui était encore impensable il y a quelques semaines. D’autant que, mi-avril, l’Armée nationale libyenne de Haftar avait attaqué les forces loyales au GNA dans la région de Sebha, dans le Sud libyen, pour prendre le contrôle de la base aérienne de Tamanhent.

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