Khalifa Haftar, l’homme fort de l’est libyen a été transféré en urgence dans un hôpital parisien.

 

Son éventuelle éviction de la scène politico-militaire libyenne pourrait faire éclater au grand jour les violentes dissensions entre les milices de l’est du pays. Les rumeurs allaient bon train depuis deux jours. Le quai d’Orsay n’avait pas voulu confirmer. L’autoproclamée « armée de libération nationale » implantée en Cyrénaïque, la grande région Est de la Libye, avait farouchement démenti que son chef, le maréchal Khalifa Haftar était gravement malade. Des officiels libyens ont finalement confirmé que le maréchal avait été d’abord hospitalisé en Jordanie avant d’être transféré dans un hôpital parisien, rapporte ce jeudi 12 avril après-midi la télévision libyenne Alnabaa. Quelle que soit l’issue médicale de cet épisode, celui-ci a mis en lumière deux questions cruciales. Le maréchal Haftar est-il vraiment l’homme fort de l’Est libyen selon l’expression consacrée ? À 75 ans, peut-il incarner une solution pour la Libye ?

 

Un ancien proche du général Kadhafi

 

Khalifa Haftar était revenu en Libye en 2011 après vingt et un ans d’exil aux États-Unis pour participer à la lutte contre le régime de Kadhafi dont il fut jadis le chef d’État-major. Une partie de l’ancienne armée le suit alors et devient l’ALN. Il obtient le soutien politique d’une partie des députés de la Chambre des représentants, élus en 2014, et alors contraints de se réfugier à Tobrouk dans l’Est, en raison de la guerre civile. Mais depuis le lancement de sa grande opération militaire « Dignité » en mai 2014 contre les milices islamistes, et ses opposants, tous qualifiés de « terroristes », le maréchal n’a pas réussi à contrôler la Cyrénaïque, la grande région de l’Est.

 

La route de Tripoli lui est restée fermée

 

«Benghazi est une ville dévastée par trois années de conflit », soulignait l’envoyé spécial de l’ONU Ghassam Salamé devant le conseil de sécurité de l’ONU le 21 mars 2018. Le maréchal a encore moins pu rallier les milices de la Tripolitaine à l’Ouest. La route vers Tripoli lui est restée résolument fermée. Et il n’a pas eu raison du gouvernement d’union nationale (GNA), dont il est un farouche opposant, créé sous l’égide de l’ONU et qui survit toujours dans la capitale grâce aux soutiens des milices de l’Ouest.

 

Une solution politique en Libye s’éloigne encore.

 

 

« Khalifa Haftar a su obtenir aide et reconnaissance à l’international, à commencer des Émirats arabes unis. Ce fut sa grande force »,relève Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye à l’université Paris 8. Égypte et Russie sont aussi venues en renfort de celui qui voudrait se comparer au maréchal-président Al-Sissi d’Égypte. Même les diplomaties occidentales ont été officieusement à ses côtés ne sachant qui l’emporterait à terme dans le bourbier libyen. Emmanuel Macron lui a offert une légitimité internationale en juillet 2017 en le recevant avec le président du GNA, Fayez el-Sarraj. Une médiation parallèle alors fraîchement accueillie par Ghassam Salamé. « Une part de fiction autour du personnage » « Il y a une part de fiction autour du personnage. La narration autour de cet homme « fort » a caché le fait que les tribus et factions qui ont combattu derrière lui sont très divisées. La détérioration de sa santé va mettre en lumière, et plus encore accentuer ces divisions. L’est libyen est devenu très dangereux »,analyse Jalel Harchaoui.« Le retrait du maréchal peut aussi assainir la vision de l’extérieur de la situation libyenne », ajoute-t-il. 53 % du corps électoral inscrit sur les listes C’est ce qu’a entrepris Ghassam Salamé en ramenant peu à peu l’ensemble des composantes de la société libyenne autour de la table des négociations. Avec toujours en ligne de mire un référendum pour une nouvelle constitution et des élections. La commission nationale pour les élections a fait savoir le 9 avril que 2,4 millions de Libyens s’étaient inscrits sur les registres électoraux, soit 53 % du corps électoral. Un pourcentage qui témoigne de la volonté des Libyens de trouver une issue à leur conflit et qui rend « crédible » la tenue des élections aux yeux de la commission.

 

Seif Al-Islam Kadhafi se rêve en sauveur de la Libye

 

Bien que poursuivi par la cour pénale internationale, le fils du défunt colonel Kadhafi entend se porter candidat pour l’élection présidentielle libyenne qui pourrait se tenir à l’automne.

 

Tchadanthropus-tribune avec La Croix

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