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Et si le Madagascar devenait un modèle de libération pour toute l’Afrique ? Je ne suis pas convaincu par le raisonnement et les déductions que Ndong nous présente sur les événements à Antananarivo. Présenter cela tout de go comme "un modèle de libération pour toute l'Afrique" n'est pas seulement hasardeux, mais montre même un certain manque informations et une réelle faiblesse d'analyse politique. Il faut déjà se poser des bonnes questions et savoir de quoi il s'agit. Qui est Andry Rajoelina (AR)? Comment est-il parvenu à réaliser son "coup"? De quelle manière comprendre ces "changements" par rapport à l'histoire politique de la Grande Ile et quelle perspective cela augure-t-il pour son avenir? Gardons-nous des interprétations qui ressemblent à de l'instrumentation, une piètre instrumentalisation, proche de la mystification. AR est un ancien disque joker. Il a été le petit copain de la fille de Marc Ravalomanana (MR).Un bébé est né de cette aventure. Une affaire qui a mal tourné et laissé une inimitié tenace entre les deux hommes. Il ne faut pas minimiser le facteur subjectif dans la lutte politique. Comme MR, AR est devenu maire de Tana par des procédés passablement populistes. Ambitieux affairiste, il a une chaîne de télévision (et/ou radio privée) exactement comme son rival, MR, en avait. Sa position de maire, les moyens de communication dont il dispose et ses talents de communicateur politique ne sont pas rien dans le combat qu'il vient de mener. Au fond, AR et MR ont beaucoup de traits communs. Tous les deux sont originaires des Hauts Plateaux, issus des milieux ethniques dominants en particulier vis-à-vis des populations bantoues de la région de Majinga comme des autres noirs du sud de l'Ile. Deux choses cependant les distinguent. L'un est catholique, métis franco-malgache, proche de l'ancien dictateur malgache Didier Ratsiraka (DR) et de la France; l'autre est protestant, vice-président de la plus grande Eglise protestante malgache, anglophone et plutôt ami des USA et des pays anglo-saxons. Quelques mois après la prise de pouvoir par MR, on voyait bien que son affairisme et son absence de culture politique le conduiraient dans l'impasse. Non seulement il a naïvement cru qu'il pouvait diriger un pays comme on gère une entreprise privée, mais a été surtout victime du néo-libéralisme caricatural et socialement dévastateur. Ratsiraka et ses affidés ayant laissé le pays exsangue. Les populations ont continué à vivre dans leur misère. La pauvreté n’a cessé de s'enraciner, tandis que MR lui-même ne se préoccupait plus en plus que de ses affaires, dans une logique monopolistique et ouvertement prédatrice! Madagascar est coutumier des explosions et de soulèvements populaires. Ces révoltes ont-ils jamais permis la construction des institutions sociales et étatiques durables? A la différence du passé, les dernières manifestations, dont AR a profité, se sont globalement limitées à Tana. En l'absence d'une opposition politique combative et cohérente, capable d'interpréter et de canaliser ces mécontentements, les choses ont pris la tournure d'un bras de fer entre les masses et un chef d’Etat businessman, perçu comme un vampire... Quant à l'armée, très divisée et hésitante, il ne fallait attendre qu'elle pèse efficacement sur l'évolution de la situation. Elle n' a même pas été capable de faire un coup d'Etat classique! Dieu merci : ses clivages auraient peut-être conduit à une guerre civile. Elle s'est contentée de remettre le pouvoir à AR. Et la Haute Cour Constitutionnelle, toute honte bue, s'est rappelée qu'elle pouvait donner un semblant de légitimité à cette piètre formalité. Au fond le pouvoir était ici en déshérence. C'est dans ce contexte qu'il faut aussi chercher la signification des événements qui se sont accomplis à Tana en faveur d’AR. Il n'est pas du tout un modèle. Il faut cesser de le donner en modèle, à partir des informations superficielles et une extrapolation rapide à l'égard des régimes hideux de l'Afrique centrale. Cette analyse hâtive est une instrumentalisation ridicule. Il faut que nous sortions une bonne fois pour toutes de ce goût enfantin pour les messianismes sporadiques. Vous n'avez pas encore fini d'applaudir BH Obama (avec raison à certains égards) que vous voilà déjà entrain de célébrer Andry TGV. Votre modèle devant le désespoir qui caractérise le vide de perspective politique en l'Afrique Centrale. Ce que vous présentez comme "modèle de libération pour toute l'Afrique" est, à vrai dire, un appel au secours. L'invocation d'un libérateur, d'un sauveur...devant notre sort. En réalité ce ne sont pas les capacités des autres qui vous admirez, mais l'étendue de notre propre impuissance qui s'exprime. Mais, ce qu'il remarquer est simple. Les autres qui ont "réussi" sont sur le terrain, leur terrain, s'exposent, agissent et vont jusqu'au bout. Vous, vous êtes devant l'écran, en vous acharnant à changer le monde sur le clavier de votre ordi. J'ai d'ailleurs juste pris un peu de temps pour vous secouer. Je n'ai pas l’habitude, ni le temps, pour ce genre d'exercice. C'est parce que j'ai trouvé votre réaction pathétique que je me suis dit : il ne faut pas laisser se répandre pareils amalgames. Il est temps de changer notre manière de voir le monde et de nous penser nous-mêmes dans ce monde. Mais, encore une fois, et pour être très clair, sachez que AR et MR sont plus proches l'un de l'autre que vous ne l'imaginez. L'avenir des Madagascar et les intérêts du peuple malgache sont les seuls enjeux qui comptent à mes yeux. Je vous assure, rien n'est garanti. J'ai vu un jour à la télé un serpent qui avalait un autre. Ce dernier n'était pas plus petit ni moins long que le premier. Le commentateur de cette série animalière disait que le serpent dévoreur avait su frapper l'autre au bon endroit et l'avait neutralisé. Le spectacle de dévorement était à la fois terrifiant et écœurant. Je ne pouvais ni admirer le serpent carnassier ni plaindre celui qui se faisait lentement ingérer. Cette scène m'horrifiait et même en l'évoquant comme je fais. Si j'en avais le moyen, j'éliminerais ces reptiles de la planète. Mais, ça c'est une autre histoire. Mbaya Wa Mbaya |
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