Le supposé panafricaniste Idriss Deby Itno, probablement instruit par la France accepte d’accueillir au Tchad les groupes rebelles armés pour une rencontre clairement hostile au pouvoir de Bangui. Encensé par les panélistes d’Afrique Média, la chaîne de Télévision Panafricaine basée au Cameroun, qui considèrent le président tchadien comme l’un des dignes fils de l’Afrique, défenseur des intérêts africains, ils auraient mieux fait de vite descendre de leur piédestal, obnubilés par des illusions de certitudes des personnalités prétendument connues alors qu’ en réalité, ils ne savent pas grand-chose d’elles, à part quelques coups d’éclat pour se forger une image trompeuse de Panafricaniste pur et dur. Sinon comment comprendre qu’un ‘homme d’Etat’, de surcroît un chef d’Etat d’un pays dit souverain, au long passé jalonné de nombreuses guerres fratricides, se permet-il sans l’aval ni le consentement de son homologue Archange Touadera de faciliter la concertation des chefs rebelles centrafricains sur le sol tchadien ? Et pourtant, les points inscrits à l’ordre du jour, ce jeudi 08 août, à N’Djamena, prévoient sans équivoque d’aborder la question de la présence des militaires russes en RCA et la montée en puissance des Forces armées centrafricaines (FACA). Selon les médias centrafricains, le but principal de la rencontre de N’Djamena serait de formuler un ultimatum au régime en place à Bangui à savoir obliger les Russes à quitter la RCA ou imposer de reformes contraignantes limitant les pouvoirs du président Touadera.

Comble de l’ironie, la rencontre a mystérieusement permis de fédérer des groupes rebelles armés disparates et parfois antagonistes. Un semblant d’unité cousue de fil blanc qui ne trompe personne. Parmi les groupes rebelles armés invités à N’Djamena, figurent entre autres les Anti-Balaka aile Maxime Mokom, l’Union pour la paix en Centrafrique (UPC) d’Ali Darass, le Front populaire pour la renaissance de Centrafrique (FPRC) de Nourredine Adam, et  le Mouvement patriotique pour la Centrafrique (MPC) de Mahamat Alkhatim. Selon Gervais Lakosso, président du Groupe de travail de la société civile (CTSC), contacté mercredi par l’agence gouvernementale turc Anadolu, dit n’être pas surpris par cette initiative, pointant du doigt «la manipulation de ces groupes par la France qui a vu ses pouvoirs rétrécir depuis l’arrivée des Russes» en Centrafrique. Joint au téléphone par la même agence Anadolu, un membre du gouvernement a refusé de se prononcer sur le sujet. Néanmoins son collègue Maxime Kazagui, Porte-parole du gouvernement a de son côté affirmé tout simplement que le gouvernement suit de près l’évolution de la situation et se prononcera au moment opportun. «La mission a été informée des mouvements des groupes armés et qu’elle se tient prête en cas d’agression de la population civile», a déclaré le Porte-parole de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (Minusca), confirmant le constat fait par le correspondant d’Anadolu à savoir que le déplacement des délégations représentant les groupes armés à destination du Tchad s’est fait au vu et au su de tout le monde.

Les autorités tchadiennes oublient vite que le Tchad n’est pas encore sorti d’affaires dans tous les domaines et toute précipitation dans un conflit qui n’est pas le sien pourrait lui être fatal. La prétention de vouloir intervenir partout sans aucun discernement se retournera un jour comme un boomerang. Vouloir remettre pied en Centrafrique alors que tous les voyants sont déjà au rouge sur le plan intérieur est non seulement imprudent et insensé mais ça risque d’être le pire cauchemar d’Idriss Deby Itno. Le Tchad pourrait faire face si les Russes s’en mêlent effectivement, à la résurgence des fronts armés dans les confins Tchad-Soudan-Centrafrique, sans oublier la rébellion tchadienne basée au sud libyen qui pourrait également être renforcée militairement. Le pouvoir tchadien devrait savoir que les Russes n’abandonnent jamais leurs alliés et l’exemple syrien le prouve bien. La Centrafrique n’est plus un simple enjeu d’une seule puissance qui manipulerait tout le monde  mais ce sont au moins deux grandes puissances en l’occurrence la France et la Russie qui sont en confrontation pour le contrôle de nombreuses ressources minières de ce pays. L’enjeu centrafricain oppose deux visions de coopération, l’une sincère basée sur un appui total, l’autre basée sur la fourberie et le maintien du statuquo permanent. La Chine joue également sa propre partition sur ce vaste terrain où s’entrechoquent divers intérêts économiques et géostratégiques dignes de l’époque de guerre froide considérée comme révolue.

Si la Centrafrique se tourne aujourd’hui vers la Russie, à qui la faute? D’autant plus que la Russie n’est pas entrée par effraction en RCA. Après de longues négociations avec le Conseil de sécurité, dans lequel siège la France, Moscou a obtenu une levée partielle de l’embargo sur les armes imposé à la RCA depuis 2013. En décembre dernier, le Conseil de sécurité de l’ONU avait alors autorisé la Russie à livrer un stock d’armement conséquent à la Centrafrique.Cet armement livré effectivement fin janvier 2018, comprenait des fusils d’assaut, des pistolets, mais également des lance-roquettes-RPG. L’ensemble de ces armes était destiné à équiper les deux bataillons déjà formés par l’Union européenne-soit 1300 hommes-déployés depuis lors sur le terrain. Evidemment, ces armes n’ont pas été livrées seules : ce sont quelque 175 instructeurs militaires et civils qui ont débarqués en Centrafrique à la demande du président Touadera. Et depuis, Moscou étend progressivement son influence dans ce pays, au point même de s’occuper de la sécurité du chef de l’Etat centrafricain. La présence russe en Centrafrique n’est pas du goût de Paris qui voit se rétrécir son influence sur ce pays longtemps considéré comme faisant partie du «pré-carré» de la France avec d’autres pays surtout francophones. Etant donné que la nature a horreur du vide, les Russes sont venus occuper simplement le terrain laissé par les troupes françaises de l’opération Sangaris ayant définitivement quitté la Centrafrique fin octobre 2016, après y avoir passé à peu près 3 ans. Paris semble complètement larguée par la stratégie des autorités centrafricaines qui consolident jour après jour leur coopération diplomatique, militaire et économique avec la Russie de Vladimir Poutine, un allié fidèle en amitié. Et la tentative de déstabilisation de la Centrafrique via les groupes rebelles armés supervisés par Idriss Deby Itno peut apparaître comme un aveu d’impuissance.

Moussa T. Yowanga

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