Le président du parti CAP/SUR, Joseph Djimrangar Dadnadji s’est confié à cœur ouvert dans un entretien avec Alwihda Info. Il affirme que : « le MPS a mis la démocratie tchadienne en bière par son aréopage appelé Forum National Inclusif ». Dans cette entretien, il fait la différence entre les systèmes de gouvernance et dégage leurs conséquences. 

Alwihda Info : Monsieur Djimrangar Dadnadji, une présidence intégrale, c’est quoi ? 

Joseph Djimrangar Dadnadji : La présidence intégrale c’est nouveau, c’est un terme qu’on a inventé puisqu’on en invente beaucoup. En 1997, on a inventé la démocratie consentielle et participative qui n’a rien donné. Aujourd’hui, on invente la présidence intégrale. Montesquieu disait : « tout homme qui a le pouvoir est porté à en abusé. Il faudrait par la disposition des choses que le pouvoir arrête le pouvoir ». Cette idéologie, ceux qui ont besoin d’organiser le pouvoir s’appuient dessus. Dans le monde, nous avons deux systèmes avec une variante au milieu, en dehors de la monarchie. C’est le système que les Etats Unis d’Amérique utilisent aujourd’hui avec la séparation mécanique des trois pouvoirs (exécutif, judiciaire et parlementaire), pour que la liberté soit préservée. Personne n’empiète dans le domaine de l’autre. Il y a un mécanisme de surveillance mécanique réciproque qui permet aux trois pouvoirs de fonctionner. En face, l’on a le système parlementaire où la démocratie fonctionne avec le peuple au centre. Les députés les plus nombreux dans l’Assemblée désignent le chef de l’exécutif. Il est responsable devant les députés. C’est le mécanisme de contrôle réciproque. Dans le système présidentiel, cette responsabilité n’existe pas. Ces deux systèmes fonctionnent aujourd’hui en Grande Bretagne. Vous trouverez des variantes en système présidentiel en Allemagne, en Israël. 

Au milieu de ces deux systèmes, il y a un système dit présidentialiste qui tire à la fois des séparations des éléments américains et des éléments de coopération Britannique. Ce système est inventé par la France en 1958. C’est vraiment un système hybride. C’est un système à la fois doctrinaire et militantisme. Dans ce système, vous avez un président de la République, le chef de l’exécutif élu au suffrage universel et un Premier ministre qui enclenche l’émanation de l’assemblée comme dans le système parlementaire. Voilà un peu les trois systèmes que nous avons dans le monde. Avec cette clarification, prenez la constitution du Tchad qui vient d’être promulguée, vous ne vous retrouvez pas. 

Faut-il absolument entrer dans une case pour s’y retrouver ? L’idée avec la nouvelle constitution pourrait justement être de prendre un peu de chaque système pour avoir une « spécificité tchadienne » et voir si ça fonctionne… 

Ce n’est ni le système Américain, ni le système Anglais moins encore le système Français. Dans l’actuel système, le président de la République est le chef du gouvernement et le gouvernement est responsable devant l’Assemblée. Donc ça ne peut pas être un système présidentiel. Aussi, la séparation du pouvoir n’existe pas dans ce système. Le pouvoir judiciaire exercé par le conseil supérieur de la magistrature est dirigé par le président de la République. Donc c’est l’exécutif qui dirige le pouvoir judiciaire. 

Ce désordre est la résultante du congrès du parti MPS confondu au forum tenu au palais du 15. Un forum est un cadre scientifique où tout est démontré et non une rencontre amicale pour mettre la démocratie en bière. 

Cette présidence intégrale ne semble visiblement pas vous inspirer confiance ? 

Désolé ! Nous sommes tombés très bas. Pour un pays comme le Tchad qui a une histoire politique très riche et très longue, ce retour est une honte. Ce genre de système relève de la déception. C’est après un coup d’État que l’on peut instaurer un pareil système. D’ailleurs, ce système n’existe nulle part et ne peut être appliqué nulle part. La tendance pour ceux qui veulent faire la démocratie c’est de partager le pouvoir. Actuellement, le Tchad vit dans un système dictatorial issu d’un coup d’État. Déby a fait un coup d’État et a dissous toutes les institutions y compris la Primature. Quelle est la disposition de la constitution qui s’applique à lui ? Si c’est la constitution de 1996 qui stipule que le président est élu pour un mandat de 5 ans, c’est dissous, si c’est celle de 2018, il n’est pas dedans. En droit absolu, nous sommes un État de déception car, les institutions qui sont là n’ont pas de base légale. Un homme fort s’est levé un matin, il a fait un coup d’État, il a dissous toutes les institutions et dit que désormais ça va aller comme ça. 

Au final, cette présidence intégrale ne pourrait pas aider le Tchad à sortir de l’auberge ? 

Une très bonne question ! Si d’aventure, le Tchad a des problèmes, est-ce que ce sont les institutions qui sont les sources ? C’est vrai, nous avons beaucoup de problèmes mais je ne pense pas que les institutions soient la cause de nos problèmes. Je ne crois pas certainement. Le système présidentiel a affaibli Ngarta Tombalbaye et l’a fait partir. Il est venue comme Premier ministre le 31 mars 1959 par le système parlementaire. En ce temps, il n’était socialement pas très fort d’ailleurs, un simple militant d’un parti. Une fois à ce poste-là, il dissout le parlement, et il se constitue une majorité, ça lui permettait de conserver le pouvoir jusqu’à la proclamation de l’indépendance. 

En 1962, quand Charles de Gaulle était élu au suffrage universel, lui aussi a modifié pour que le président soit élu au suffrage universel. À partir de ce moment-là, les députés qui avaient une prise sur son système de désignation se sont retrouvés désarmés. Ils n’avaient plus de contrôle sur lui car, il se dit élu par le peuple. Ainsi ils ont dit, on va voir. Dès qu’on a renvoyé la balle au peuple, le désordre a commencé. C’est le système présidentiel amené par Tombalbaye en 1962 sur le modèle de la France qui est l’essence de nos problèmes. Il est vrai que les institutions peuvent être des sources de problèmes mais dans le cas d’espèce du Tchad, est-ce que ce sont les institutions qui nous ont créé tous ces problèmes ? Revenir à ce système est une insuffisance intellectuelle terrible. L’exemple des députés l’illustre, ils n’ont jamais eu un mandat respecté. À ce niveau, ce sont les institutions qui sont responsables ? Les mêmes personnes qui n’ont pas pu appliquer la constitution de 1996 ne peuvent pas mieux faire avec celle de 2018. 

Donc la transformation passe nécessairement par le renouvellement de l’arène politique ? 

Bien que je croie à la transformation, je doute fort que les hommes de la quatrième République puissent changer en plein soleil. Beaucoup reste à faire pour garantir la nouvelle République, je préfère l’appeler ainsi. Les problèmes du Tchad sont précis et si l’on croit les résoudre par la présidence intégrale, ça serait une première.

Tchadanthropus-tribune avec Alwhida info

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