Beaucoup de Tchadiens n’ont pas tort de croire que si les histoiriens ou généralement les chercheurs admettent que le Tchad soit le berceau de l’humanité, dans ce sens il peut être aussi le berceau de l’intelligence humaine et du courage dans son sens large. Certes, cette logique ou manière de voir les choses ou les réalités dans cet angle  à côté unique, n’est pas souvent admise par tout le monde. Mais, il y a quand même quelque chose de vraie dans la pensée de ceux-là. En effet, au moment où au niveau du pays rien ne va plus financièrement et socialement, ailleurs, très loin du Tchad, sous les cieux de la diaspora tchadienne qu’elle soit d’occident ou d’orient, on rencontre certains de ses fils ou filles qui se défendent bien dans leurs carrières respectives, faisant la fierté de ce grand pays d’Afrique centrale d’une superficie de 1284000 km2(classé 21e rang mondial). Parmi ceux-là, le correspondant spécial de Regards d’Africains de France à Bonn en Allemagne, Eric Mocnga Topona a bien voulu réaliser l’interview de monsieur Ahmat Chaïb, inspecteur qualité mécanique à la Chaine d’Assemblage Final Airbus à Toulouse.Vous découvrirez dès le début de cet entretien réalisé par Eric Mocnga Topona, son interlocuteur Ahmat Chaïb  qui déclare sans peur et honte: « J’aime beaucoup le Tchad, je me dis toujours que c’est une chance d’être Tchadien, malheureusement, n’eut été le néo-colonialisme et s’il y’a une bonne gouvernance, l’Eldorado de la planète terre serait le Tchad. ». Et c’est chose faite ! Voici l’interview de monsieur Ahmat Chaïb en question.

Eric Mocnga Topona : Qui êtes-vous monsieur Chaïb Ahmat ? 

 Ahmat Chaïb : Je m’appelle Ahmat Chaïb, je suis né le 07/12/1965 à SARH. Je suis inspecteur qualité mécanique à la Chaine d’Assemblage Final Airbus à Toulouse. Le 31 mars 2008, j’avais signé un contrat de Technicien d’assemblage en intérim avec une entreprise sous-traitante d’Airbus. Je me suis présenté donc ce jour à 07H du matin au poste de garde du site Jean Luc Lagardere, la chaîne d’assemblage A380 à Blagnac, mon premier poste de travail. Le DRH me rejoint au poste de garde puis m’accompagne pour me faire délivrer un badge d’accès. C’est effectivement en ce moment-là que j’apprends que je suis le tout premier Tchadien à travailler à la chaîne car, en voulant entrer le pays de naissance, Tchad n’apparait pas dans la base des données. J’ai travaillé pendant trois ans à la chaîne d’assemble A380, ensuite je fus affecté à la chaîne A330 où j’avais également passé trois ans.

En fin 2014, je passe une formation pour devenir Inspecteur Qualité et je fus affecté à la Chaîne A350, le nouveau programme. Aujourd’hui, je suis à la Qualité  sur le programme A330 Néo et ce, depuis le 11 septembre 2017.Dès que j’ai intégré la chaîne, je me suis battu pour que d’autres compatriotes puissent eux également y faire leur entrée. Je parle bien-sûr des compatriotes qui ont des connaissances aéronautiques et que je connais. Ils sont trois à qui j’ai pris les CV, que j’ai transmis à mes responsables. Ça n’a pas été concluant mais un d’entre eux, suite à mes conseils et mon insistance à réussit à décrocher un boulot au sein du groupe et est actuellement inspecteur Qualité à la piste ATR à Toulouse.

Pour en arriver là, j’ai commencé à postuler dans le domaine aéronautique dès l’obtention de mon titre de séjour en janvier 2008. Beaucoup sont ceux qui m’ont conseillé de chercher ailleurs car Airbus n’est réservé qu’aux Français et les ressortissants des pays membre de l’EADS. Ces conseils ne m’ont pas découragé et j’ai continué mes recherches jusqu’en février 2008 où, à la vue de mes dossiers, je fus convoqué pour un entretien par une entreprise sous-traitante d’Airbus. Je me présente alors à l’heure le jour de l’entretien à l’entreprise, mais malheureusement pour moi, on me demande de reprendre la porte car ma convocation était une « erreur ». Je compris tout de suite que mon origine pas seulement étrangère mais surtout Africaine en était la cause. Je ne baisse pas les bras et continu à chercher dans le domaine de l’aéronautique, mon domaine. Fin mars 2008, une autre entreprise sous-traite d’Airbus accepte de me prendre.

Après les formalités au poste de garde avec le DRH, on arrive au bureau. Son responsable en me voyant entré dans le bureau, se redresse sur sa chaise et dit : « Ah non ! Ce n’est pas lui ? » Le DRH lui répond que « si, c’est bien lui, monsieur Ahmat Chaïb dont on a reçu le dossier ». Alors le chef de rétorquer « les avions coûtent trop chers il va nous les casser » et le DRH de répondre : « Je suis dans le besoin de personnel et donc, je ne peux pas m’en séparer tant que je ne sais pas de quoi il est capable. Le chef : « tu engages tes responsabilités ? » Le DRH : « Oui je les engage ». C’était une longue histoire que je ne pouvais pas tout vous relater. On me demande alors de passer un test, Dieu merci, j’ai brillamment aux questionnaires. C’est ainsi que j’avais commencé à travailler en tant que technicien d’assemblage sur l’AIRBUS A380 en cellule, commande de vol, système carburant, système hydraulique, conditionnement d’air etc …

Pouvez-vous nous parler de votre parcours au Tchad et de vos études supérieures ?

J’ai commencé mes études primaires à Sarh ma ville natale, et terminés à N’Djamena en passant par Bediondo et Mao. Ensuite je suis entré au collège en 1979, c’était l’ancien CEG N°1 à Klepmat. Après la guerre, je me réinscris au Lycée Felix Eboue et continué mes études jusqu’en terminale. J’ai passé le test psychotechnique Air et j’ai obtenu ainsi un voyage en France pour la formation de mécanicien avion. A l’issu, je suis rentré au Tchad et intégré l’Armée de l’Air Tchadienne. En 1995, je suis parti au Portugal pour une formation Pratique sur les Hélicos (Alouette III). En 1998, j’ai bénéficié d’une formation de mécanicien cellule et systèmes sur les Hélicos Mi-17 à l’Académie de Kazan en Russie. Et enfin en 2002, je passe une formation de mécanicien navigant sur l’Hélico, le Mi-17 à Kremtchug, en Ukraine. Voici brièvement mon parcours.

Depuis combien de temps vivez-vous en France et avez-vous des projets pour votre pays le Tchad ?

Je suis arrivé en France le 07 mars 2007 exactement, cela fait plus de dix ans. J’aime beaucoup le Tchad, je me dis toujours que c’est une chance d’être Tchadien, malheureusement, n’eut été le néo-colonialisme et s’il y’a une bonne gouvernance, l’Eldorado de la planète terre serait le Tchad. Certes j’ai des projets pour le Tchad. Le fait que je sorte de l’ombre et que je parle de mes exploits sont pour moi, une façon de booster le moral de notre jeunesse et de donner de l’espoir à la jeunesse Tchadienne. En plus, suite à la publication de mon parcours par mon ami l’ingénieur Djibrine Ngarmig-Nig, j’avais eu beaucoup de demandes d’amitié de la part de mes compatriotes. Je les avais acceptés toutes, et beaucoup d’entre ces compatriotes m’ont contacté en privé pour des conseils, ou soit, pour des partages d’idées. Je profite de l’occasion pour remercier du fond du cœur, tous les compatriotes qui ont commenté ces publications pour m’apporter leurs félicitations et/ou leurs encouragements, ainsi que tous ceux qui les ont aimées. J’ai été profondément touché et reste à l’entière disposition de tous, pour plus de contact pour notre devenir commun et le devenir de notre cher pays. Je souhaite également investir au Tchad si jamais les moyens me le permettent, pour contribuer au développement de ce pays et aussi créer des emplois.

Que conseillez-vous aux jeunes tchadiens qui aimeraient se hisser à un niveau comme le vôtre ?

Un peu partout dans le monde, il y’a d’autres Tchadiens qui font leurs preuves, certains, à des niveaux supérieurs à la miennes, certains encore, à de niveaux plus importants. Le principal ce n’est pas cela, le principal, c’est de réussir sa vie, d’être utile pour soit même et pour l’humanité. Mais on ne peut pas réussir sans se battre, sans faire de sacrifices, sans affronter les obstacles et surtout, sans objectif. Le Tchad est un très beau pays qui offre beaucoup d’opportunités et nous avons du potentiel pour réussir que ce soit au Tchad ou à l’extérieur. La preuve, je suis né au Tchad, j’ai étudié et grandi au Tchad et je suis sur un poste de responsabilité énorme car, un inspecteur qualité, c’est celui qui accepte ou refuse un travail effectué sur un avion, selon les critères d’acceptation ou du refus, et le respect de la définition. J’ai fait du contrôle qualité et j’ai également fait de l’assurance qualité. Eviter les préjugés et ne jamais dire que je ne pourrai jamais y arriver car, on ne peut réussir que par le travail, la discipline et l’amour de ce qu’on fait.

Propos recueillis par Eric Mocnga Topona

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  • Bravo, voici les cadres et les hommes dont nous avons besoin pour batir un pays qui nous est cher mais qui malheureusement fais l’objet de mal gouvernance

    Commentaire par Michel le 11 novembre 2017 à 12 h 09 min