Samedi à 4 h du matin, un groupe d’étudiants de l’université de Toukra se retrouve à l’appel de leurs camarades des universités de N’Djamena et des élèves du Lycée Felix éboué et technique commercial. Le petit groupe ne désemplit pas à 5 h 25 et décida d’occuper la rue avec des sifflets et des casseroles, l’opération tintamarre est lancée. Des pneus et autres détritus sont brulés dans les carrefours. La résidence du 1er ministre est à un jet de pierre du lieu du rendez-vous. Les étudiants décidèrent de l’incendier si ce n’est le renfort des forces de police. Pahimi Padacké a fui son domicile pour se mettre à l’abri. La police alertée se rue en renfort et passa à l’action sur les quartiers sud de la capitale, d’où est parti l’opération tintamarre. Une église est attaquée avec des grenades lacrymogènes. Des fidèles en train de prier évacuèrent les lieux, d’autres se sont évanouies sans secours. Au moment où la police attaqua les quartiers de Walia, Moursal, Chagoua, les quartiers nord de la capitale sont restés silencieux. Ils ont décidé de fausser lâchement compagnie aux compatriotes solidaires de leur revendication. À la mi-journée, la police interpella 142 manifestants pacifiques. Les commissariats ne désemplissent pas. Où sont les adeptes des communiqués ? Que font les leaders des partis politiques ? Silence radio, personne ne veut se risquer à la matraque.

  • Décidément au Tchad, les manifestations deviennent quotidiennes; elles touchent les secteurs socio-professionnels et appellent les observateurs étrangers à surveiller de près l’évolution de la situation actuelle du pays même si certains pensent que le régime d’Idriss Deby est invincible par la rue. Il y a dorénavant un éveil de conscience nationale qui s’empare du pays.

 

Qu’ils restent chez eux, qu’ils continuent à ne plus vouloir prendre de risques, on s’en fout dit un étudiant, aujourd’hui ça n’a rien à voir avec le fameux jeudi de la colère, avec les étudiants et la jeunesse tout est clair.

 

Une radio privée de la place (radio Oxygène) a reçu une visite musclée des policiers instruits par Ahamat Bachir. Brutalité, casse et confiscation de matériel. Aucun journaliste n’a été interpellé… Mais ailleurs ça chauffe dur, les quartiers Walia, Atrone, Kamnda décident d’accentuer les sifflets, la police est en colère plusieurs arrestations sont à signaler du côté des manifestants. L’UNET avait initié cette opération en réponse à la sortie du ministre de la Sécurité qui accuse les étudiants d’être instrumentalisés par les politiques. « L’UNET appelle tous les étudiants, élèves les parents d’élèves et les parents d’étudiants ainsi que tous “ ceux qui veulent voir vivre l’école tchadienne de prendre le sifflet et la casserole pour une opération tintamarre sur l’étendue du territoire national le samedi 10 février 2018 de 5 heures à 7 heures, car former les jeunes, c’est garantir l’avenir d’une nation “, a déclaré Guelem Richard, président de l’UNET.

 

  • Dans le secteur de la commune du 7ème arrondissement de la capitale, certaines rues ont été barricadées empêchant toute circulation. L’affrontement est très virulent entre la police et les étudiants. Selon certains correspondants, plusieurs étudiants ont été arrêtés, certains continuaient de siffler même dans les véhicules de la police.

 

À 9 h, le 1er ministre réapparait et tente de reprendre la main sur la situation. Manque de bol, on retrouve parmi les manifestants des policiers et des militaires en civil. La question devient grave, il demande aux forces de police de quadriller son domicile par un périmètre de sécurité.

À 09 30mn, l’ordre est donné aux forces de l’ordre de taper sur les étudiants, le 1er ministre en personne instruit le ministre de la Sécurité, qui était en déplacement à Abéché auprès de certains marabouts. La répression devint outrancière, brutale, gaz lacrymogène, matraques, il faut disperser les étudiants coûte que coûte avant midi. Certaines personnes sont poursuivies jusqu’à dans les domiciles. Au lycée de la liberté, plusieurs motos ont été bousillées à la mitraillette en guise de représailles.

 

Parallèlement au ministère de la Sécurité, les techniciens du centre des écoutes de l’ANS sont convoqués. Ils sont instruits d’intercepter toutes les communications Wattsup et les messages, car c’est grâce à cette application que les manifestants arrivent à se mobiliser. Chose très difficile, car Wattsup change ses scripts de sécurité chaque semaine. C’est ainsi que fini la journée de samedi 10 février 2018, une journée riche en enseignements, et un bel exemple à l’endroit de la société civile et les partis politiques, minés par des divisions d’égo et les trahisons à ne plus en finir.

Tchadanthropus-tribune

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