Emmanuel Macron espère réunir à nouveau Fayez Sarraj et Khalifa Haftar en vue d’élections générales ©Reuters Défendue par l’envoyé spécial des Nations uniesen Libye Ghassam Salamécomme par le président français Emmanuel Macron (lire ci-dessous), l’organisation d’élections générales en Libye courant 2018 va vite se heurter au poids des groupes armés. Des miliciens de l’Ouest au général Khalifa Haftar à l’Est, les chefs militaires libyens renforcent leur contrôle du terrain, y compris politiquement. Un avant-goût de ce futur scrutin doit avoir lieu avec l’élection du maire de Tripoli, prévue – théoriquement – courant juillet. Un milicien d’envergure est déjà sur les rangs pour succéder au maire Abdelrauf Beitelmal, discret depuis son kidnapping express par des hommes armés fin mars. Il s’agit de Hicham Bishr, qui dirige une force Salafistes très enracinée dans le quartier de Souq Al-Jumaa, et affiliée au gouvernement d’union nationale de Fayez Sarraj. Hisham Bishr bénéficierait d’ailleurs du soutien de l’un des principaux conseillers politiques du premier ministre, Tahar el-Sonni. Autre chef milicien incontournable dans la capitale, Haitem Tajouri joue, lui, le noyautage. Trois de ses lieutenants – Mohamed Abdulbasset OazimSiraj Alchibraa et Nabil Khomri – figurent sur des listes électorales pour le centre de Tripoli, tandis qu’un quatrième, Mohamed Omar Almachaa dit Shaar, se présente dans le quartier de Hai Andalus. L’emprise des miliciens sur Tripoli s’est par ailleurs renforcée lorsque Fayez Sarraj a transformé, le 7 mai, la force RadaAbderraouf Kara en « Unité de prévention du crime organisé et du terrorisme » dotée de larges pouvoirs Fayez Sarraj lui-même a tout intérêt à s’appuyer sur ces encombrants alliés : l’organisation d’élections signifierait la fin de son propre mandat, qu’il s’évertue à prolonger, notamment en appelant à une réforme constitutionnelle en amont du scrutin… C’est pourtant avec le gouvernement d’union nationale que Ghassam Salamé a engagé des « consultations » en vue de réduire le pouvoir des groupes armés, comme il l’a précisé devant le Conseil de sécurité des Nations unies le 21 mai.

 

Quant à Khalifa Haftar, qui négociait encore récemment avec Fayez Sarraj pour organiser un scrutin, il est toujours officiellement d’accord pour organiser un vote courant 2018, comme il s’y était engagé devant Emmanuel Macron mais l’homme fort de la Cyrénaïque ne veut plus parler de pourparlers politiques avant d’avoir achevé la reprise de Derna. Cette opération, commencée en avril et qui s’est intensifiée ces derniers jours, doit lui permettre de renforcer son emprise sur l’est du pays.

 

Paris court-circuite la nouvelle diplomatie italienne

 

L’appel de Ghassan Salamé à convoquer de nouvelles élections, le 21 mai devant le Conseil de sécurité des Nations unies, est mené en tandem avec Emmanuel Macron. Après avoir réuni Fayez Sarraj et Khalifa Haftar à La Celle-Saint-Cloud en juillet dernier, celui-ci tente d’organiser une nouvelle rencontre entre les deux hommes, mobilisant aussi le président de la Chambre des représentants de Tobrouk Aguila Salah Issaainsi que le nouveau président du Conseil d’Etat, Khaled al-Mishri, ou l’un de ses émissaires. Selon nos sources, l’envoyé spécial personnel de Fayez Sarraj en France, Hamed Ahmed Elhouderi, se trouvait à Paris la semaine dernière pour évoquer l’organisation de ce nouveau mini-sommet. L’activisme de Paris ne vise pas seulement à remettre d’actualité les promesses arrachées aux deux adversaires à la Celle Saint-Cloud – dont, déjà, la tenue d’élections, qui auraient dû intervenir au printemps 2018. Emmanuel Macron tente avant tout de court-circuiter la diplomatie italienne, incontournable en Libye. Il craint en effet que le futur gouvernement né de l’alliance entre le Mouvement 5 étoiles et la Lega Nordadopte une « politique libyenne » ne tenant plus aucunement compte de celle de l’Union européenne ni de Paris

Tchadanthropus-tribune avec La lettre du Continent

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