Toutes proportions gardées, puisque Habré était chef d’Etat et Mbemba leader politique et chef de milice, mais un certain parallélisme des formes oblige, si la Cour pénale internationale avait jugé l’ancien président tchadien nul doute qu’elle l’aurait acquitté du seul fait que sa responsabilité personnelle n’était pas directement engagée dans la commission des crimes contre l’humanité et crimes de guerre qu’on lui a imputés parce qu’il n’avait pas le contrôle effectif des forces armées tchadiennes et des services de sécurité sur le terrain, une responsabilité pleine et entière assurée par le seul Idriss Deby. Est-il besoin de rappeler que l’actuel dictateur tchadien a été le principal bailleur de fonds du procès de la honte orchestré par les fameuses chambres africaines extraordinaires de sinistre mémoire, une juridiction d’exception tout à fait illégale, puisque bâtie sur un faux grossier de Mimie Touré (dénoncé par Alioune Badara Cissé dit ABC à l’époque des faits ministre des Affaires étrangères dont Mme Touré a « volé » les prérogatives pour établir l’accord de siège!), et qu’il n’a jamais été ne serait-ce que entendu par le procureur Mbacké Fall qui n’a instruit qu’à charge!!! On ne pouvait pas décemment juger le président Habré, certes accusé d’être le « donneur d’ordre » (sans que cela ait été prouvé) sans la présence de celui qu’on pouvait logiquement présenter comme son…bras armé, l’exécutant qu’était Deby!

L’acquittement surprise de Jean-Pierre Mbemba, curieusement salué par ceux qui, hier encore, vilipendaient la CPI au motif qu’elle ne jugeait que les Africains et qui réclamaient, à cor et à cris, que l’ »Afrique juge l’Afrique » (sic), met à nu l’instrumentalisation politique des Chambres africaines par la France qui, pour régler définitivement un contentieux vieux de plusieurs décennies avec Habré, a activé deux de ses pions essentiels dans la Françafrique que sont Deby et le goumier Macky Sall qui fait depuis office de geôlier!

La morale de cette histoire c’est qu’une CPI même imparfaite et sujette à caution où les droits de la défense sont quand même respectés vaut mille fois mieux qu’une « juridiction » africaine, créée pour les besoins de la cause, transformée en véritable échafaud pour le dernier résistant africain, l’homme qui a rendu au peuple tchadien sa liberté, sa fierté et sa dignité. Parce qu’elle a navigué dans les méandres de la négation du droit et du déni de justice l’affaire Hissène Habré restera à jamais comme la « plus grosse escroquerie politico-judiciaire de l’Afrique moderne!

Moriba Magassouba

Journaliste et Ecrivain

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