Régulièrement reportées, les audiences du procès de l’ancien président Omar el Béchir doivent reprendre demain mardi 23 mars dans la capitale soudanaise. Plongée dans les conditions de détention de l’ancien homme fort de Khartoum.

Le quotidien d’Omar el-Béchir, l’homme qui a régné sur le Soudan de 1989 à 2019, n’est pas celui de n’importe quel prévenu. Renversé en 2019 à la faveur d’un soulèvement populaire, il est depuis détenu dans la prison de Kober, à Khartoum, où il se prépare, à 77 ans, pour un marathon judiciaire.

Le procès du coup d’État de 1989

C’est pour “atteinte à l’ordre constitutionnel et renversement du gouvernement légitime”, en 1989, que Béchir et 27 autres prévenus doivent comparaitre demain devant un tribunal national. Les audiences ont de multiples fois été reportées. Le procès a débuté en juillet dernier, et la dernière audience en date, le 9 mars, avait été ajournée en raison de la contamination au Covid-19 de l’un des prévenus, l’ancien chef du National Intelligence and Security ServiceNafie Ali Nafie.

Pour le défendre, le président déchu a fait appel à l’avocat Abdul Basit Sabdarat. Ce diplômé en droit de l’université de Khartoum a occupé plusieurs fonctions gouvernementales du temps où Béchir régnait sans partage sur le Soudan. Il a successivement occupé les postes de ministre de l’Éducation – de 1992 à 1996 – des relations avec l’Assemblée nationale – de 2001 à 2006 – et de la justice – de 1996 à 1998 et de 2007 à 2010.

Abdul Basit Sabdarat passe aujourd’hui le plus clair de son temps à la prison de Kober, puisque c’est lui qui préside les comités de défense d’el Béchir, des anciens vice-présidents Bakri Hassan Saleh – 2013 à 2019 – et Ali Osman Mohamed Taha – 2011 à 2013 – et encore de l’ancien porte-parole de l’Assemblée nationale Ibrahim Ahmed Omar, tous prévenu dans le procès du coup d’État de 1989.

Quel avenir pour les poursuites de la CPI?

En plus de ce procès, Béchir est aussi poursuivi depuis 2009 par la Cour pénale internationale (CPI) pour sept chefs d’accusation. Cinq de crimes contre l’humanité et deux de crimes de guerre, tous commis pendant la guerre civile au Darfour, depuis 2003. Malgré les multiples visites de la procureure de la CPI pour le Darfour Fatou Bensouda à Khartoum depuis la chute du régime, aucun accord n’a été trouvé avec les autorités soudanaises sur l’avenir de cette procédure.

Plusieurs options ont été mises sur la table, notamment la mise en place d’un tribunal mixte, qui siègerait au Soudan. Mais rien n’a encore été tranché. L’ancien gouverneur du Kordofan du Nord Ahmed Haroun ainsi que son homologue pour Khartoum Abdel Rahim Mohammed Hussein, deux de ses co-détenus, sont également poursuivis par la CPI pour leurs agissements au Darfour. Un quatrième homme, l’ancien chef militaire Janjawid Ali Kushayb s’est quant à lui rendu le 8 juin 2020 et est désormais emprisonné à La Haye, aux Pays-Bas, où siège la CPI.

Quelques privilèges

Béchir et ses coprévenus sont presque tous détenus dans un bâtiment à part de la prison de Kober, qui servait autrefois d’école pour les prisonniers souhaitant se former. Chacun dispose de sa propre cellule. Ils se voient cinq fois par jour pour prier à la mosquée de la prison, à la suite de quoi ils lisent ensemble le Coran, matin et soir. Ils sont autorisés à parler entre eux sous la supervision de caméras de surveillance.

Malgré cette étroite surveillance, quelques privilèges sont accordés à ces anciens caciques. Ils mangent chacun dans leur cellule des repas apportés par leurs familles respectives. À leur demande, ils peuvent être transférés à l’hôpital privé Alia à Omdurman, si leur état de santé l’exige. Des autorisations de sortie ont même été délivrées en de rares occasions. Béchir a ainsi pu rendre visite à sa mère à l’hôpital avant son décès en juillet 2019. La première femme de Béchir, Fatima Khalid, vient régulièrement le voir. Elle est tenue de se présenter à la prison pour demander une permission, qu’elle obtient systématiquement le lendemain. Seule la famille proche des détenus est autorisée à leur rendre visite.

Comme tous les autres détenus de la prison, Béchir ne dispose pas de téléphone. Il peut seulement utiliser celui de son avocat, lorsque celui-ci lui vient le voir. Il n’a pas non plus accès à internet. Il dispose toutefois d’une télévision avec un nombre de chaines important, et il reçoit les journaux. À 77 ans, et malgré des prothèses aux genoux qui le font souffrir, Béchir est, d’après nos informations, en bonne santé.

Tchadanthropus-tribune avec la Lettre du Continent

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