Abdoulaye Diarra, chercheur d’Amnesty International sur l’Afrique centrale, a réagi à la descente des forces de sécurité tchadienne sur la maison du candidat à la présidentielle Yaya Dillo et au meurtre d’au moins deux membres de sa famille qui s’en est suivie.

« Les autorités tchadiennes doivent de toute urgence lancer une enquête indépendante, impartiale et efficace sur l’usage de la force fatale lors d’une descente au domicile du candidat à la présidence de l’opposition Yaya Dillo et sur le meurtre de membres de sa famille.« Yaya Dillo a déclaré que sa mère, son fils et trois de ses partisans ont été tués au cours d’un raid des forces de sécurité. Selon le gouvernement, la police a tenté d’exécuter deux mandats judiciaires et a répondu aux tirs provenant de la maison de Dillo, et que deux personnes ont été tuées et cinq blessées, dont trois membres des forces de sécurité ».

Selon le chercheur d’Amnesty International sur l’Afrique centrale, la fermeture d’Internet est une attaque injustifiée contre la liberté.

« Ces assassinats soulignent la forte tension qui règne au Tchad à l’approche des élections du mois prochain, caractérisées par des violations des droits de l’homme avec des interdictions de manifestations et des arrestations arbitraires déjà en place. On rapporte également la fermeture d’Internet, ce qui constitue une attaque injustifiée contre la liberté des médias et la liberté d’expression ».

Abdoulaye Diarra appelle les autorités à garantir le droit à la liberté d’expression et de réunion, et en maintenant l’internet en activité.

« Dans un contexte aussi instable et par crainte d’une plus grande violence, nous appelons les autorités tchadiennes à mettre en place une enquête indépendante et efficace sur l’utilisation par la police d’une force fatale pour établir les faits et à veiller à ce que toute personne pénalement responsable soit tenue de rendre des comptes dans le cadre d’un procès équitable. Les autorités doivent également inverser le rétrécissement rapide de l’espace politique et civique au Tchad en garantissant le droit à la liberté d’expression et de réunion, et en maintenant l’internet en activité ».

L’ONU réagit et appelle à une enquête rapide et rigoureuse.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a regretté ce lundi 1er mars le recours à la violence, et les pertes en vies humaines suite à l’opération meurtrière menée hier à la résidence de M. Yaya Dillo, candidat à la présidentielle. Il exhorte les autorités nationales à mener une enquête rapide et rigoureuse sur l’incident et à en tenir les auteurs responsables, a rapporté son porte-parole Stéphane Dujarric.

Le Secrétaire général déplore le recours à la force dans le cadre du processus électoral au Tchad. Il exhorte les autorités tchadiennes à favoriser le dialogue politique avant les prochaines élections et à poursuivre leurs efforts pour favoriser un processus politique inclusif.

Le ministre des Affaires étrangères Amine Abba Siddick a fait une déclaration ce lundi devant le corps diplomatique pour informer sur la situation qui prévaut à N’Djamena. Il a déclaré qu’un « tir de l’intérieur visant les forces de l’ordre a mortellement atteint la mère de Yaya Dillo » et a ajouté qu’une « enquête établira les faits ». 

Affaire Yaya Dilo : Enfin la France invite le Tchad à procéder à une « enquête impartiale »

Il a fallu que les organisations internationales dénoncent la barbarie d’Idriss Déby pour que l’ami des dictateurs africains Jean Yves LeDrian se voit contraint d’engager la voix de la France, après interpellation de Jean Luc Mélenchon à l’Assemblée nationale française.

« La France appelle les autorités tchadiennes à mener “au plus vite” une enquête “impartiale” sur les violences qui ont conduit à la mort d’au moins 3 personnes dimanche 28 février au domicile de l’opposant et candidat à la présidentielle Yaya Dillo à Ndjamena au Tchad ». Depuis quand le régime d’Idriss Déby a mené une enquête limpide ? Rappelez-vous l’histoire des prisonniers morts dans les cellules de la gendarmerie à N’Djamena, où sont les conclusions ?

Le Drian avocat du régime de Déby.

Les forces de l’ordre se sont présentées dimanche au domicile de Yaya Dillo pour l’arrêter expliquait le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement sur notre antenne dimanche. « Yaya Dillo, qui était sur le coup de deux mandats d’arrêt antérieurement, qui a opposé de la résistance à des mandats judiciaires, déclare Jean-Yves Le Drian, bon… mais ce n’est pas une raison pour aboutir à la perte de plusieurs vies humaines ! Nous invitons solennellement le Tchad à conduire au plus vite une enquête indépendante et impartiale pour faire toute la lumière sur ces évènements tragiques. Je le dis publiquement !

Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, demande aussi de garantir la participation de l’opposition à la présidentielle du 11 avril prochain.

« On sait qu’il va y avoir des élections le 11 avril, nous avons dit à de nombreuses reprises aux autorités tchadiennes, de garantir la participation de l’opposition, ainsi que les libertés de réunion et l’accès aux médias. C’est tout à fait essentiel pour la stabilité du Tchad. Nous l’avons fait passer à plusieurs reprises au président Déby… Je suis allé moi-même porter ce message directement à plusieurs reprises auprès du président Déby ».

Le ministre s’exprimait devant la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française.

Et la France dans tout cela ?

“En tout cas pointe Le Pays au Burkina, il ne faut pas s’attendre à ce que la France essaie de faire entendre raison au « guerrier du désert » ; lui qui vient de renouveler sa promesse à Macron de casser du terroriste dans le “triangle de la mort” au Sahel. Cet engagement lui vaut une immunité de la part de l’Hexagone en particulier et de la communauté internationale en général. Le peuple tchadien est donc prévenu, soupire le quotidien ouagalais. La démocratie au Tchad est et sera le cadet des soucis de la France tant que la feuille de route assignée à Idriss Deby ne sera pas exécutée jusqu’au bout. Dans ces conditions, seules les armes et la nature peuvent imposer l’alternance démocratique au Tchad.” 

Deby fébrile à l’approche de la présidentielle ?

Par ailleurs, poursuit Le Pays, “il est important de rappeler que Yaya Dillo est candidat à la présidentielle du 6 avril prochain. Il a été investi par le Parti socialiste sans frontière. Dans une vie antérieure, l’homme a été chef rebelle avant de rallier le camp présidentiel où il a servi en qualité de ministre. Pendant sa lune de miel avec Idriss Deby, il a représenté le Tchad en tant que haut fonctionnaire à la CEMAC (la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale). En dépit de ce statut de privilégié du régime, il avait osé mettre les pieds dans le plat en dénonçant la gestion calamiteuse de la chose publique par Deby et les siens. Il avait notamment pointé la gestion de la Première Dame. Cet acte téméraire lui avait valu d’être révoqué par le dictateur.”

Conserver son fauteuil à tout prix…

« Nous voilà donc dans un jeu de ping-pong entre le régime Deby et Yaya Dillo, candidat à l’élection présidentielle du 6 avril prochain, relève pour sa part aujourd’hui, toujours au Burkina Faso. À un peu plus d’un mois de ce scrutin, cette attaque sonne comme une absence de sérénité dans le camp du pouvoir. De plus en plus contesté pour sa gestion jugée cahoteuse, Idriss Deby, champion de la lutte contre le terrorisme dans une région sahélienne en manque de leadership, va à l’assaut d’un énième mandat à la tête d’un pays très éprouvé sur le plan économique et sécuritaire et qu’il faut sortir de l’ornière. Que reproche-t-on véritablement au candidat du Parti socialiste sans frontières pour en arriver là ! s’exclame aujourd’hui. Avec ce bilan meurtrier, les auteurs de cet assaut apportent de l’eau au moulin des pourfendeurs de ce régime adoubé par l’Occident pour des raisons de géopolitique, mais vomi par une partie des Tchadiens pour ses dérives et ses excès. Ce faux pas que vient d’effectuer le régime tchadien et ses sbires, conclut le quotidien ouagalais, montre que les palais présidentiels africains abritent majoritairement des hommes qui n’ont d’yeux que pour leurs fauteuils douillets. Le maréchal Idriss Deby, aussi puissant soit-il, n’échappe pas à cette règle. Il vient d’en donner la preuve. »

Restriction des télécommunications

Les réseaux de communication sont toujours très fortement perturbés ce lundi 1er mars malgré un rétablissement progressif des appels téléphoniques. L’accès à Internet via les principaux opérateurs est restreint dans la capitale.

Les communications ont été restreintes depuis dimanche. En milieu de journée, il était toujours impossible de contacter des services d’urgence tels que la hotline « 1313 » mise en place depuis la pandémie, ou les services de secours. Les citoyens jugent incompréhensible cette mesure des autorités.

Tchadanthropus-tribune

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