Après toutes les accusations et les menaces à l’encontre du Maroc, Alger brandit aujourd’hui sa carte maîtresse : la menace terroriste pour faire plier les Occidentaux et les rallier à sa « folie ».

Pour faire un simple rappel de l’Histoire des terrorismes en Algérie, sous toutes leurs déclinaisons et ramifications, il faut garder à l’esprit que c’est le bras droit d’Oussama Ben Laden lui-même qui a été auto-déclaré « émir » du GSPC algérien.  Et ce, avant la fusion avec AQMI.

Cela a eu lieu exactement en 2005 avant l’annonce officielle qui est intervenue, deux années plus tard, en 2007.

Entre temps, il y a eu les attentats de Casablanca en 2003, les attaques de Madrid en 2004, les actes terroristes à Londres en 2005, pour ne citer que ces trois grandes actions qui signaient à l’époque la mise en service d’AQMI comme le siège permanent d’Al Qaïda dans le Maghreb, avec toutes les déclinaisons en Europe, surtout en Espagne, en Italie, en Allemagne et au Royaume-Uni.

Cette nouvelle structure obéissait à de nouvelles règles, avec de nouveau paradigme mettant en avant les attaques-suicides, qui étaient refusées jusque-là par la maison-mère et par son chef Oussama Ben Laden.

Lequel pensait alors que le suicide était contraire aux lois fondamentales de l’Islam, avant de changer d’avis sous les conseils répétés de son second, Ayman Al Zawahiri, ainsi que d’autres figures du terrorisme comme Khaled Cheikh Mohamed, présumé cerveau des attentats du 11 septembre 2001, qui ont mis l’usage du suicide comme pratique suprême au sein d’Al Qaïda.

Une vision qui devait être élargie et exportée à des pays comme le Maroc et la Tunisie, mais sans grand succès, puisque Rabat tout comme Tunis, avaient su limiter les actions du salafisme, suivant une politique de lutte contre le terrorisme qui a fait ses preuves et qui est érigée aujourd’hui en exemple d’efficacité et de coopération avec les services secrets européens et avec le FBI américain.

C’est pour cette raison, à cause du blocage du côté maghrébin, que AQMI a déployé toutes ses forces dans la région du Sahel, ce ventre mou de l’Afrique, une zone tampon entre le Nord du continent et le Sud, avec des étendues immenses pour implanter des camps d’entraînement et des bases de repli pour les activistes d’AQMI.

À ce titre, il faut rappeler que le GSPC avait mis en place un couloir sécurisé au Nord-Mali avant de cibler la Mauritanie dès 2005.

Un ciblage qui s’explique pour de nombreuses raisons. D’abord, la proximité et la frontière commune avec l’Algérie sur un territoire incontrôlé.

Ensuite, la Mauritanie, bien que pays sahélien, se réclame de l’arabité et abrite l’un des symboles de l’islam dans la région, Chinguetti; sans oublier que Nouakchott est également membre de l’Union du Maghreb arabe.

Avec cette localisation des actions pour étendre une mainmise sur toute une région livrée à elle-même, AQMI a compris qu’il fallait exporter sa vision du terrorisme en Europe, et surtout en France, avec cet argumentaire infaillible pour ses chefs : Paris combat les musulmans en Afghanistan et stigmatise les musulmans avec des lois comme celle liée à «la burqa».

Nous sommes donc face à deux fronts ouverts par les salafistes : le premier dans le Maghreb et dans le Sahel, avec les rapts et les kidnappings moyennant des rançons pour gonfler les recettes.

Le deuxième en Europe, avec comme quartier général des opérations, l’Algérie, pays tampon entre le Nord et le Sud.

Cette stratégie de la terreur va culminer avec des actions spectaculaires, d’abord sur le sol algérien, comme les multiples attaques en Kabylie, avant d’atteindre un point d’orgue avec l’attentat contre le siège des Nations Unies à Alger en 2007.

Une prise de confiance qui va connaître une escalade en 2008, avec l’attentat anti-français en 2008.

Ce qu’il faut retenir également par rapport à cette période charnière pour AQMi, c’est que le groupe ne dépassait pas alors les 1.000 activistes, mais avait cette force de frappe ciblée qui faisait vaciller les équilibres des forces à la fois en Algérie, dans le Sud sahélien, au Mali et au Niger. Le tout sous la supervision de chefs de katibas qui sont tous Algériens, avec, bien entendu, une part de Mauritaniens et l’entrée dans les rangs de recrues africaines.

Pour diversifier les actions terroristes et faire fléchir les États, surtout l’Algérie et la France, les phalanges terroristes vont faire de la zone du Sahel leur base arrière, un terrain d’action propice aux kidnappings et autres prises d’otages pour amasser des fonds et se créer une bonne caisse financière, qui leur permet d’élargir leur champ d’action en Libye et au Tchad, allant jusqu’au Soudan et créant un corridor qui franchit le Sahel pour atteindre l’Atlantique, par la porte d’entrée mauritanienne.

Dans ce sens, l’année 2010 a été marquée par des opérations militaires mauritaniennes contre AQMI au Nord-Mali, ainsi que par des prises d’otages anti-françaises au Niger, à grand renfort de bandes criminels qui formaient alors des relais mauritaniens et africains pour faire le sale boulot de manière locale, au service de la chefferie d’AQMI, dont le siège reste le sud algérien et le maquis kabyle.

Par Abdelhak Najib, écrivain-journaliste

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