Vendredi dernier 27 jeunes avocats ont prêté serment. Mais beaucoup ont dénoncé leur examen de sortie qui serait entachée de clientélisme.

Le barreau du Tchad a accueilli vendredi, 09 aout 2019, 27 nouveaux avocats qui ont prêté serment après avoir passé un examen de sortie qui a été décrié par certains membres du barreau.

En effet, selon les sources proches du conseil de l’ordre, l’examen de sortie pour ces jeunes avocats a été empreint de clientélisme et de népotisme. Sur les 27 candidats tous sont admis, alors que beaucoup d’entre eux sont connus pour leur lacune.

« Beaucoup de ces jeunes n’ont pas de niveau et sont des piètres plaideurs. Nous sommes surpris que tous aient passé avec brio l’examen de sortie », s’indigne un avocat qui se dit surpris par la complaisance qui s’installe de plus en plus dans le milieu des avocats. Le jury est donc pointé de doigt. Dans le jury, il faut signaler que siégeaient deux avocats notamment Me Alain Kagombé (ami des juges Djouma, Kolla, Raphaël et consorts)) et Me Laguerre.

Les avocats indignés sont accusés de vouloir fermer la porte à la profession.  Ces derniers se défendent en parlant de la qualité mais aussi de vouloir relever le défi de la corruption qui mine le milieu judiciaire. Car, pour eux, ce sont le plus souvent les piètres avocats qui, en quête du gain facile et incapable de défendre un client, partent nuitamment voir les juges avec des bakchichs pour acheter des procès.

En d’autres termes, l’assainissement de la justice ne doit pas passer seulement par la dénonciation des magistrats véreux mais aussi des avocats corrupteurs qui entretiennent ces magistrats.

Le cri de cœur de ces avocats semble légitime surtout qu’on observe de plus en plus dans l’ordre des avocats incapables de soutenir une plaidoirie pointue. « Aujourd’hui, des avocats méconnaissent des techniques de plaidoiries et viennent aboyer au prétoire en citant des maximes en Moundang ou en arabe local comme si c’étaient des maximes latines. Il est temps qu’on revalorise le métier », se plaint un autre avocat qui se dit dégouté par le barreau du Tchad.

La course effrénée au gain facile

S’il est vrai que les avocats sont les rejetons intellectuels des sophistes qui privilégiaient le gain au détriment de la vérité, le minimum de l’honnêteté est requis pour pratiquer ce métier. Malheureusement le barreau du Tchad est en train de devenir le repaire des incompétents et des personnes à moralité douteuse. Aujourd’hui, la course à l’enrichissement semble normaliser au grand dam des justiciables. « Il y a des piètres avocats qui refusent de perdre des procès face à leurs jeunes confrères. Pour cela, ils achètent les procès parce qu’ils ne veulent pas se faire humilier », nous confie un vieux magistrat qui dit avoir refusé de telles approches. Parmi ces avocats se trouvent des grandes gueules dont nous taisons les noms pour le moment. Rouler dans de grosses cylindrées, construire des villas cossues, entretenir plusieurs maitresses, ce sont là entre autres les aspirations de plusieurs jeunes qui entrent au barreau.

Quand l’éthique et la compétence ont pris la clé des champs

Avec tout ce qui se passe actuellement, tout est clair que l’éthique et la déontologie ont pris la clé des champs. Tout le monde veut arriver par des moyens, même déshonnêtes.

Quant à parler de la compétence, elle devient une denrée rare et moins appréciée au barreau du Tchad. Les avocats compétents, on compte au bout de doigt. Me Adolphe Bekoutou, cet avocat dont la compétence est reconnue de tous continue à rouler à bord de sa vieille motocyclette. Ceux qui par des envolées oratoires forcent l’admiration se font de plus en plus rares. Me Josué Ngadjiadjoum et l’ancien bâtonnier Me Midaye Guérimbaye ont de moins en moins de disciples à cause de leur rigueur intellectuelle. Quelques jeunes avocats essaient de sortir du lot notamment Me Francis Lokouldé, très apprécié par la société civile et la presse mais aussi des jeunes comme Me Ndilyam Mouadjimtog, Me Koudé Mbaïnaïssem et Me Manassé. Outre ceux là, on peut citer Me Olivier Gouara dont la compétence est reconnue par les paires mais qui est accusé de profiter de la renommée de son géniteur, le général Gouara Lassou. C’est ce dernier qui a pris la défense de l’ex gouverneur très controversé du Logone Oriental, Noucky Charfadine. Découragée par l’affairisme, Me Jacqueline Moudeina se rend plus au prétoire.

A cause du manque d’avocats compétents au barreau du Tchad, les grandes entreprises et firmes internationales sont obligées de confier leurs affaires à des cabinets étrangers.

Pour une revalorisation de l’avocature au Tchad

Selon un ancien bâtonnier, il sera temps que l’entrée à la profession d’avocats puisse se faire par un concours à l’instar de ce qui se passe dans les autres pays. Cela permettra de valoriser les compétences. Aussi, il plaide pour qu’on facilite l’entrée à la profession des enseignants chercheurs qui désirent. Ces derniers pourraient insuffler une nouvelle dynamique au prétoire.

Aussi, il est temps de normaliser l’accès aux avocats comme dans les autres pays. Selon nos informations, au Cameroun voisin par exemple, tout citoyen, peut se payer les services d’un avocat à 100 mille francs et les intérêts ne peuvent être tirés que du gain. Aujourd’hui au Tchad, l’accès aux avocats est très difficile à cause des honoraires onéreux.

Pour permettre un assainissement de milieu judiciaire, non seulement, nous avons décidé de dénoncer des magistrats véreux mais également des avocats sans scrupule qui pullulent au barreau du Tchad. Des investigations en cours.

Correspondance particulière

Tchadanthropus-tribune

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