BILLET. Ces derniers jours, le président de la République a fait le grand écart entre la raison d’État et la promotion des droits de l’homme.

Jusqu’à quel point Emmanuel Macron peut-il faire le grand écart en matière de défense des droits de l’homme ? Un jour, le président français dénonce de manière tonitruante (et justifiée) les régimes dits « illibéraux », autocratiques, comme celui de Recep Tayyip Erdogan en Turquie. Un autre, il fait ouvrir les archives secrètes sur le génocide des Tutsis perpétré par un pouvoir hutu soutenu aveuglément par l’Elysée au Rwanda et sauve ainsi l’honneur de la France. Mais, d’autres jours encore, le chef de l’Etat apporte un soutien beaucoup plus discret mais décisif à des dictatures parmi les pires de la planète.

L’actualité récente est révélatrice de cette ambiguïté désastreuse pour l’image internationale de notre pays, et sa position morale. Jusqu’à quel point Emmanuel Macron peut-il faire le grand écart en matière de défense des droits de l’homme ? Un jour, le président français dénonce de manière tonitruante (et justifiée) les régimes dits « illibéraux », autocratiques, comme celui de Recep Tayyip Erdogan en Turquie. Un autre, il fait ouvrir les archives secrètes sur le génocide des Tutsis perpétré par un pouvoir hutu soutenu aveuglément par l’Elysée au Rwanda et sauve ainsi l’honneur de la France. Mais, d’autres jours encore, le chef de l’Etat apporte un soutien beaucoup plus discret mais décisif à des dictatures parmi les pires de la planète.

L’actualité récente est révélatrice de cette ambiguïté désastreuse pour l’image internationale de notre pays, et sa position morale.

Le 23 avril, Emmanuel Macron était le seul dirigeant occidental à assister – au premier rang ! − aux funérailles du dictateur tchadien Idriss Déby à N’Djamena. Le président français a, de ce fait, adoubé son fils, le général Mahamat Idriss Déby Itno, qui s’est dépêché d’enfiler les bottes de son père – pour adopter demain ses méthodes détestables.

Dix jours plus tard, lundi 3 mai, on apprend, grâce aux révélations du site Disclose, que l’Egypte, où croupissent derrière les barreaux des dizaines de milliers de prisonniers politiques, a décidé d’acheter 30 avions de combat Rafale, fleuron de l’industrie militaire française, pour quelque 4 milliards d’euros. Une bonne nouvelle pour les finances de notre pays. Mais une marque de soutien quasi inconditionnel à la dictature du maréchal Sissi par l’Elysée – une décision indéfendable qui hantera tous ceux, diplomates, hommes politiques et militaires français, qui, depuis six ans, ont participé aux tractations avec ce régime haïssable.

Et puis, il y a la Birmanie. Dans son édition datée du 5 mai, « le Monde » explique comment, depuis trente ans, Total finance les généraux qui tiennent le pays d’une main de fer. Le journal décrit en détail un montage financier très complexe qui passe par les Bermudes pour abonder en centaines de millions de dollars les comptes d’une entreprise opaque aux mains des gradés. Le groupe pétrolier, ajoute « le Monde », assure que tout a été « validé avec les autorités [françaises] de l’époque [au début des années 1990] et s’est poursuivi avec les gouvernements successifs jusqu’à ce jour ». C’est-à-dire y compris depuis le putsch du 1er février contre la prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi…

Bien sûr, Emmanuel Macron doit faire avec la raison d’Etat et la défense des intérêts nationaux. Bien sûr, il doit veiller à l’approvisionnement en gaz de notre pays. Bien sûr, la France doit participer à la lutte contre le terrorisme islamiste ; et, bien sûr, elle est en droit de vendre des armes à l’étranger, ne serait-ce que pour maintenir ses chaînes de production. Mais jusqu’où notre pays peut-il, doit-il, soutenir des régimes aux pratiques si contraires à notre idéal national ? Jusqu’où ce grand écart est-il tenable ?

Voilà un débat dont les parlementaires devraient se saisir et qui devrait être l’un des sujets majeurs de la campagne présidentielle. Malheureusement, il y a fort à parier que ce ne sera pas le cas. Et que cette ambiguïté si dommageable de la diplomatie française demeurera.

Vincent Jauvert

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