L’opération conduite par l’armée tchadienne contre Boko Haram, depuis le 31 mars, aurait tué un millier de djihadistes. Un résultat invérifiable, qui tombe à point nommé après l’humiliante et terrible attaque de la base de Bohoma, le 23 mars, dans laquelle, officiellement, une centaine de soldats tchadiens sont tombés.

Si l’on en croit les images de la télévision tchadienne et le bilan officiel donné jeudi 9 avril par le porte-parole de l’armée, l’opération « Colère de Bohoma » a été un triomphe. Lancée le 31 mars et conduite par le président Idriss Deby lui-même, cette offensive militaire aurait chassé tous les combattants du groupe islamiste présent dans le Lac Tchad, tuant un millier d’entre eux.

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Un bilan curieux

Ce bilan tout à fait extraordinaire n’aurait coûté la vie qu’à une cinquantaine de soldats tchadiens. Du jamais vu dans les opérations armées anti-djihadistes dans le Sahel. Les forces internationales, aux premiers rangs desquelles on trouve tout de même les États-Unis, la France et l’ONU, malgré une puissance de feu très supérieure, n’ont pas obtenu un tel résultat en une seule opération.

Ce résultat est d’autant plus suspect que l’on ne compte plus les bulletins affichant de très hauts niveaux de pertes chez l’ennemi, édités par les armées africaines dans toute la bande sahélienne : du Burkina Faso au Nigeria, du Niger au Cameroun. Or, malgré toutes les annonces officielles sur les coups spectaculaires portés contre les groupes islamo-mafieux, l’insécurité et la déstabilisation ne cessent de se propager dans un Sahel de plus en plus hors de contrôle.

Une communication politique

Cela en a tout l’air. Le 23 mars, Boko Haram avait réussi à submerger le camp de l’armée tchadienne de l’île de Bohoma. L’attaque coordonnée et très bien menée avait, officiellement, tué une centaine de soldats tchadiens. Un choc au Tchad et pour la communauté internationale qui voit dans cette armée la force la plus aguerrie et la plus solide du Sahel. Si les bilans catastrophiques des pertes armées du Mali, du Burkina Faso, du Niger, du Nigeria et du Cameroun sont légion, ce n’est effectivement pas le cas du Tchad.

N’Djamena apparaît aux yeux de tous comme une exception sur laquelle, d’ailleurs, s’appuie la force française Barkhane. Mais cette singularité tchadienne a été sévèrement et cruellement démentie par la défaite du 23 mars. D’où l’opération « colère de Bohoma », lancée quelques jours seulement après ce revers spectaculaire.

Le président Idriss Deby a été jusqu’à revêtir son uniforme de chef des armées, et à s’installer dans le lac Tchad pour conduire cette contre-offensive. Une mise en scène qui s’est poursuivie jusqu’à son retour triomphal à N’Djamena, jeudi 9 avril, à bord d’un hélicoptère de l’armée tchadienne que la télévision nationale n’a pas manqué de filmer.

Qui a été tué ?

C’est la question. Dans les guerres conduites par les armées africaines du Sahel contre les djihadistes, ce sont habituellement les civils qui payent le plus lourd tribut, comme le rappelle le spécialiste de la région, Marc-Antoine de Montclos, auteur d’« Une guerre perdue, la France au Sahel » (JC Lattès). « L’armée tchadienne est intervenue dans une zone où il n’y a pas que des combattants. On y trouve aussi, par exemple, beaucoup d’éleveurs qui négocient leur passage avec Boko Haram », explique-t-il à La Croix. « Au Nigeria, poursuit-il, à la morgue de Maiduguri, les corps des personnes tuées dans des opérations militaires sont restitués aux familles à condition qu’elles reconnaissent que leurs défunts étaient des combattants de Boko Haram. »

Boko Haram est-il affaibli ?

Si l’on en croit le porte-parole de l’armée tchadienne, Boko Haram aurait donc été chassé du lac Tchad. Non seulement du côté tchadien, mais aussi, du côté nigérien et nigérian où se sont déployées les forces d’Idriss Deby. Mais ce n’est pas la première fois que l’on annonce une telle victoire contre le groupe islamiste.

Depuis son élection en 2015, le président nigérian a affirmé à plusieurs reprises que ce groupe était défait. Or, il est toujours très actif dans le nord-est du Nigeria : « selon une rumeur persistante, l’armée nigériane a perdu contre Boko Haram pour cette seule année, 300 soldats », confie Marc-Antoine de Montclos.

Le précédent de 2015

En 2015, déjà, les pays de la région se sont organisés pour lutter contre ce groupe autour du Lac Tchad, au sein de la Force multinationale mixte (FMM). Cinq ans plus tard, ces pays n’ont toujours pas repris le contrôle de la région comme en témoigne, encore, le double attentat kamikaze qui a frappé Amchidé, dans l’Extrême-Nord du Cameroun, dimanche 5 avril, tuant sept civils.

Laurent Larcher

La Croix

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  • M. Larcher,
    Votre analyse n’apporte rien de nouveau à cette guerre asymétrique où la population est complice malgré elle ou volaire de bokoharam. Le peuple tchadien n’a pas besoin de bilan des tués mais ne demande qu’à vivre en paix et vaquer librement à ses occupations. Vos divertissements ne nous grandissent point. A bon entendeur salut!

    Commentaire par Oualmi Feinkou le 14 avril 2020 à 16 h 05 min