Les langues se délient sur le coup de force de Zen Bada à la CENI.

Le lundi 25 mars dernier, personne ne s’attendait à ce que le président de la CENI soit connu ce jour car l’opposition a posé un certain de préalables dont l’annulation du décret 216 portant nomination de 30 membres de la CENI et l’examen des dossiers de candidats à la présidence de la CENI.

Mais c’est sans compter avec le côté retors de Zen Bada et son goût immodéré pour les choses mal faites et malsaines.

Déjà Zen Bada avait gravement induit le chef de l’Etat dans l’erreur en traficotant la liste des membres de l’opposition. On se retrouve avec une liste des « opposants »désignés à la CENI en violation flagrante des lois en vigueur. Des représentants des partis alimentaires, dit de l’opposition, se retrouvent ainsi dans le quota des partis de l’opposition.Des fiches ont été envoyées à Idriss Déby pour dénoncer cette anomalie. Le Président de la République a répondu favorablement à ces fiches en demandant au CNDP de reprendre la composition des membres de la CENI.

Au moment où les opposants s’arc-boutent autour de cette liste de 30 membres, Zen Bada avait la tête ailleurs. Quand les membres du CNDP avaient reçu l’invitation du rapporteur général les conviant à la plénière du lundi 25, beaucoup croyaient à la blague, surtout que le chef de file de l’opposition était en villégiature au Niger.

Quand ce lundi, les membres du CNDP entraient dans lasalle de reunion, l’atmosphère était lourd. Pleins de suspicions. Pour cause, à 5h du matin, preque tous les membres de la majorité acquis à Zen Bada ont recu un SMS envoyée par un lieutenant de Zen Bada qui dirige un parti lilliputien nommé le Cameleon.

Dans la salle, l’opposition pose ses préalables. Le ton monte, Zen Bada menace d’expulser Brice Mbaimon, président du MPTR de la salle. Alhabo fulmine, Zen Bada ne veut rien savoir. Même l’examen des candidatures ne passe pas chez le SG du MPS qui abuse ainsi de son pouvoir de président du CNDP.

La séance suspendue par deux fois par Zen Bada lui permet de faire rentrer dans les rangs les éléments réfractaires de la majorité et surtout d’huiler les pattes de partis alimentaires de l’opposition. Rien n’y fait. Pahimi Padaket Albert, poids lourd de la majorité, refuse ce dictat. Et s’abstient de voter. Me Nadji Madou, conseiller du chef de la République et autre poids lourd de la majorité, ne vote pas pour Dr Kodi. Entre les deux pauses, on a aperçu des membres de l’opposition alimentaire sortir du bureau au CNDP d’Abba Malloum du CAP-Sur, les sourires aux lèvres. Dans ce bureau, tout le monde a vu Badono y entrer avec un sac consistant, surtout qu’on a l’a aperçu à labanque alors qu’il devait être dans la salle pour délibérer.Pour beaucoup, l’argent a fait changer les choses. Les menaces ont fait le reste.

Sur les 21 candidats, personne ne voyait venir Kodi, militant notoire du MPS et transfuge du PLD. Tous les observateurs sérieux voyaient un match serré entre l’ancien diplomate onusien Abou Moussa et le journaliste Michael Didama, tous deux enfants de Kélo.

Le premier a pour lui son prestigieux passé dans les arcanes des Nations Unies où il fut le Tchadien qui a occupé le plus haut rang dans le système onusien. Aujourd’hui à la retraite, cet homme affable a gardé un véritable amour pour son pays où il est venu s’installer. Il demeure une icône pour de nombreux fonctionnaires ayant servi dans le système des Nations Unies. Mais au Tchad, il est considéré comme un OVNI. Il fait même peur. Notamment aux hiérarques du pays habitués au vol et à la tricherie.

Michael Didama, ce natif d’Abéché, fut l’enfant terrible de la presse tchadienne. Il demeure aujourd’hui le journaliste qui a été le plus embastillé sous Déby. Mais l’homme s’est assagi depuis lors, arborant une crinière poivre sel de jeune sage. Ayant une très bonne connaissance du milieu politique tchadien qu’il côtoie depuis plus de 20 ans et d’une discrétion terrible, il a l’avantage de maitriser outre le français, d’avoir une bonne connaissance de l’arabe littéraire. Des atouts que n’a pas son sérieux challenger Abou Moussa.

Dans les couloirs du CNDP, tout le monde s’attendait à l’élection de Didamapuisque une bonne partie de l’opposition et même la majorité ont avancé son nom lors des différentes consultations. D’ailleurs Nadji Madou a publiquement voté pour Didama lors de cet hold up du 25 mars. Avant que Zen Bada ne fasse tourner le vent au profit de son parent Kodi.

La bataille pour la CENI ne semble pas encore finie puisque l’opposition a appelé à une reunion ce 30 mars. Au cours de cette reunion, elle a decidé :

  • La récusation du Président de la CENI désigné et imposé par Zen BADA
  • L’annulation du décret 216 du 21 février 2019
  • La suspension de la participation de l’opposition au CNDP.

Sans l’opposition, pas de processus électoral. Et l’opposition se trouve en position de force dans cette bataille perdue d’avance par Zen Bada et cie.

Ali Doungous Tolba

Correspondance particulière.

Tchadanthropus-tribune