L’arrestation du chef de groupe armé Maxime Mokom par les renseignements tchadiens et sa remise à la Cour pénale internationale est un coup dur pour le processus de paix porté par l’Angola, dont l’implication dans le dossier centrafricain se dessine désormais en pointillé.

Alors qu’est censé s’ouvrir ce lundi 21 mars le dialogue républicain entre Faustin-Archange Touadera et l’opposition démocratique centrafricaine, le deuxième volet du processus de paix porté par le président centrafricain, à savoir le dialogue avec les groupes armés membres de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), est au point mort.

La remise par le Tchad de Maxime Mokom à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye le 14 mars risque de mettre un coup de canif à la feuille de route dite « de Luanda », portée par la diplomatie angolaise. Mokom, leader de la mouvance anti-Balaka, une nébuleuse de milices d’autodéfenses proches de l’ancien président François Bozizé, avait accepté l’exil au Tchad conformément à la feuille de route.

Gestion des fonds contestée

Les trois autres membres de la CPC signataires, l’ancien président François Bozizé, Mahamat al-Khatim du Mouvement patriotique pour la Centrafrique (MPC) et le Général Bobo du groupe Retour, réclamation et réhabilitation (3R), vivent toujours à N’Djamena mais craignent désormais de subir le même sort ou des mesures d’éloignement.

L’arrestation de l’ancien ministre du désarmement de Touadera prend sa source dans une brouille entre Maxime Mokom et Ahmed Kogri, le puissant directeur de l’Agence nationale de sécurité (ANS) tchadienne. C’est à la discrétion de ce dernier que sont gérés les fonds versés par l’Angola afin de répondre aux besoins des chefs de groupes armés en exil. Les tensions entre Kogri et Mokom se sont matérialisées ces derniers mois autour de l’achat d’une propriété aux abords de la frontière centrafricaine par le leader rebelle. Le différend a débouché sur l’arrestation de Mokom, le 27 février.

Celle-ci avait été décidée entre Touadera et son homologue tchadien Mahamat Idriss Deby, dit « Kaka« , quelques jours auparavant, le 17 février, lors d’un tête-à-tête en marge du sommet Europe-Afrique de Bruxelles. La remise à la CPI permet ainsi à N’Djamena de donner des gages à la fois aux partenaires internationaux et à Bangui.

Tensions diplomatiques

Mais l’affaire est une péripétie de plus dans l’année compliquée que vient de vivre le processus de paix, impulsé en début d’année dernière par le président angolais João Lourenço. Les relations sont déjà à couteaux tirés entre les diplomaties centrafricaine et angolaise.

La première réunion de suivi de la feuille de route qui s’est tenue à Bangui le 14 janvier en présence du ministre angolais des affaires étrangères Tete António et son homologue rwandais Vincent Biruta s’est mal passée. Sur le fond, la cheffe de la diplomatie centrafricaine, Sylvie Baipo Temon, qui porte le dossier, s’est agacée que Luanda ne débloque pas de fonds pour le processus de Désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) des combattants.

Les diplomates angolais estiment cependant que le DDR actuel est déjà financé par le processus de paix en cours, qui suit les accords de Khartoum et ne nécessite pas un nouveau tour de table. Luanda s’agace par ailleurs que la partie centrafricaine n’ait pas réussi à faire signer la feuille de route à d’autres leaders de groupes armés, à commencer par Ali Darass de l’Union pour la paix en Centrafrique, ou encore Noureddine Adam du Front populaire pour la Renaissance de la Centrafrique, en exil à Khartoum (AI du 17/11/21).

Le Rwanda en pompier

Sur la forme, João Samuel Caholo, le secrétaire exécutif de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), organisation censée porter officiellement le processus, ainsi que Mangaral Banté, le commissaire à la paix de la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC), se sont étonnés de ne pas avoir été invités à prendre la parole le 14 janvier, alors qu’ils avaient fait le déplacement. Les logos des deux organisations n’étaient même pas présents sur les documents de travail.

Devant ces difficultés, l’Angola devrait peu à peu laisser la diplomatie rwandaise prendre en main la gestion du dossier, alors que le pays ne cesse de prendre de l’importance au sein de la Minusca (AI du 18/02/22). De son côté, Luanda vient tout de même de proposer un général angolais pour prendre la tête de la force onusienne, qui évoluera sous les ordres de la nouvelle patronne rwandaise, Valentine Rugwabiza (AI du 03/03/22).

Tchadanthropus-tribune avec Africa intelligence

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