Si le rythme de travail est revenu à la normale pour le personnel chinois de CNPC, les Tchadiens sont loin d’être logés à la même enseigne.

La longue tradition de traitement différencié entre les personnels tchadien et chinois du géant CNPC a la vie dure. Le principal opérateur pétrolier du pays – son débit moyen était de 97 000 b/j début 2020, soit plus de 60 % de la production totale – a récemment joué la carte de la pandémie de Covid-19 pour demander à son personnel local d’allonger considérablement la durée des périodes de « rotations », soit le temps passé en continu sur ses sites pétroliers. Cette mesure n’a en revanche pas été proposée aux expatriés de CNPC, qui bénéficient des périodes de rotations habituelles, soit 35 jours.

Dans une lettre d’acceptation interne qu’Africa Intelligence a pu consulter, la société chinoise propose à ses employés tchadiens de « travaille[r] volontairement aux champs pétrolifères pendant trois à quatre mois jusqu’à l’arrivée de [leur] remplaçant sur le site ». Des indemnités sont prévues dès que le nombre de jours ouvrés passés sur le site dépasse 35. Les employés toucheront mensuellement la modeste prime de 120 000 francs CFA (environ 210 dollars) s’ils restent entre 36 et 90 jours (soit trois mois au total). Moyennant une compensation financière additionnelle, cette durée peut être étendue à cinq mois et plus « en cas de circonstances exceptionnelles », pointe CNPC dans son courrier.

La société laisse deux options à ses employés : accepter la longue rotation ou « rentrer chez [soi] et rester en congé ». La marge de manœuvre est cependant largement réduite pour les employés tchadiens, notamment en raison de l’argument financier : ils ne perçoivent aucun revenu s’ils choisissent l’option numéro deux.

CNPC récidive

La major chinoise a derrière elle un long passif au sujet des inégalités de traitement selon la nationalité de son personnel. En 2018, le DG chinois de la Société de raffinage de N’DjamenaXu Zhihong, avait utilisé la suspension du salaire des employés locaux comme levier pour faire pression sur son adjoint d’alors, Seïd Idriss Déby, fils de l’ancien président Idriss Déby. Située à Djermaya, près de la capitale tchadienne, la raffinerie est détenue à 60 % par CNPC et 40 % par l’Etat (AI du 02/10/18). Elle est alimentée par les gisements de Ronier et Mimosa opérés par CNPC.

Déjà, début 2012, une profonde crise avait opposé CNPC à l’ex-chef d’Etat Idriss Déby, ce dernier ayant constaté des pénuries d’essence artificiellement créées, selon lui, par le géant chinois pour faire pression sur le pouvoir. Les tensions avaient finalement mené à la fermeture de l’usine de Djermaya pendant quelques jours fin janvier. Outre les pénuries, le pouvoir tchadien reprochait vivement à CNPC de ne rien faire pour réduire les différences de salaires entre ses cadres et ses employés tchadiens (AI du 30/05/12).

CNPC possède des actifs dans deux bassins tchadiens : Bongor, au sud-ouest, près de la frontière avec le Cameroun, et Doseo, à proximité de la Centrafrique. Outre l’approvisionnement de la raffinerie à Djermaya (20 000 b/j de capacité), CNPC et les autres opérateurs du pays exportent le reste via l’oléoduc vers le port camerounais de Kribi, opéré par la joint-venture Cameroon Oil Transportation Co (Cotco).

Tchadanthropus-tribune avec la Lettre du Continent

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