Tout porte à croire que ce dialogue annoncé au lendemain du coup de force suivant le décès du Maréchal-Président semble être compromis pour diverses raisons.

En premier lieu des raisons, il faut souligner l’absence d’annonce de la libération prochaine des prisonniers du MPRD, de FACT et des personnes déportées des pays limitrophes entre 2010 et 2018, jamais jugés et dont nombreux seraient morts en détention à Kélo ou à Koro-Toro.

La fameuse « amnistie générale » promulguée dernièrement à coup de renfort médiatique n’est en fait qu’un bis repetita d’une loi déjà promulguée. Cette pseudo nouvelle loi d’amnistie ne pouvait pas concerner juridiquement les prisonniers de guerre, d’opinion et déportés qui n’ont pas fait l’objet d’une condamnation pénale. A la limite, le gouvernement pouvait annoncer leur élargissement pure et simple. Ce qui revient à dire que ce n’était qu’un coup d’épée dans l’eau…

En réalité, déjà en décembre 2020, une loi d’amnistie fut promulguée libérant la quasi-totalité de ceux arrêtés en février 2019 lors du raid de l’UFR à l’Est et condamnés par la suite. Pour les autres condamnés en août 2008, à l’exception de 3 ou 4 personnes, à ma connaissance, tous les autres ont déjà été amnistié dont 2 sont actuellement membres du gouvernement et pas des moindres…

Cette non-annonce de la libération prochaine des prisonniers de guerre peut s’interpréter comme si du côté N’Djamena l’on anticipe déjà sur un probable échec de signer un accord de paix avec les groupes politico-militaires.

En deuxième lieu, le comité technique spécial qui a magistralement vendu l’idée de l’organisation d’un pré dialogue avec les groupes armés, n’a, à ce jour, pas encore pris contact avec les principaux mouvements armés basés au Soudan nord et sud et en Centrafrique alors que le ministre de la Réconciliation annonce déjà la probabilité de la tenue de ce dialogue d’ici la fin de l’année 2021.

En troisième lieu, les cas de Dr Tom Erdimi et du Colonel Adouma Hassaballah arrêtés pour le premier en Égypte et l’autre en Éthiopie et dont la libération est jugée par le président de l’UFR comme un préalable non négociable à sa participation au dialogue et y compris au pré dialogue.

En quatrième lieu, rien n’a été annoncé ou fait sur une quelconque démarche des autorités tchadiennes auprès de la France sur le cas de général Mahamat Nouri, inculpé et placé sous contrôle judiciaire après une détention provisoire et du Dr Abakar Tollimi placé sous le statut de témoin assisté par la justice française. Ces mesures judiciaires, si elles ne sont pas levées ou gelées, elles entraveraient sérieusement leur liberté de mouvement et donc leur participation au dialogue et son pré s’il a lieu…

En cinquième lieu, tous les groupes armés qui ont des hommes dans la zone dite des 3 frontières avaient exprimé au CTS que cesse les attaques sporadiques de la force mixte Tchad Soudan. Manifestement, rien n’a été fait et même hier après-midi, 2 combattants ont été blessées à proximité d’un point d’eau où ils étaient allés s’approvisionner. Il en est de même de la pression constante exercée sur les combattants du MPRD dans la région de Korbol.

En définitif, de ce qui précède, l’on est en droit de s’interroger sincèrement sur les intentions réelles des héritiers du Maréchal-Président. Veulent-ils vraiment la paix ?

Néné Ehemir

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