Après avoir décidé, le 16 juillet, de suspendre leur participation aux négociations de paix qui se tiennent depuis quatre mois à Doha, au Qatar, accusant le régime tchadien de « harcèlement, achat de conscience, intimidations, menaces, désinformation », plusieurs groupes rebelles ont repris les discussions, avec l’espoir de parvenir à réunir avec le pouvoir les conditions requises pour la bonne tenue des prochaines assises nationales tant souhaitées.

Les rebelles dénonçaient également le choix de la nouvelle date du 20 août 2022 fixant la tenue du dialogue national inclusif, arrêtée sans qu’ils ne soient consultés. Il s’agissait d’une tentative « d’exclure » de nombreux groupes armés du dialogue, ont affirmé les groupes armés. « Nous avons eu des discussions avec le médiateur à qui nous avons fait part de nos griefs par écrit et nous avons eu toutes les réponses », a indiqué le colonel Adoum Yacoub, porte-parole d’une coalition de 19 mouvements sur la cinquantaine qui négocient dans la capitale du Qatar.

Le pré-dialogue en cours à Doha, entamé le 13 mars 2022, devra aboutir à la tenue d’un dialogue national inclusif censé ouvrir la voie aux élections. En effet, au lendemain de la mort du président Idriss Déby Itno, tué au front contre des rebelles en avril 2021, son fils le jeune général Mahamat Idriss Déby Itno, proclamé président à la tête d’un Conseil militaire de transition, avait aussitôt promis des élections libres et démocratiques dans un délai de 18 mois.

D’après ce calendrier, la date buttoir des élections est donc censée intervenir en octobre 2022. Cela revient à dire que les élections présidentielle et législatives sont difficiles à organiser dans un délai aussi court. Malgré cela, les groupes d’opposition ont exigé dès le départ que l’actuel chef de l’Etat tchadien se retire des élections avant que des pourparlers puissent avoir lieu, mais le gouvernement a déclaré que cela ne pouvait être discuté que lors du dialogue national.

Dans la perspective de la tenue du dialogue national inclusif, les autorités ne précisent pas à aucun moment comment entamer ces assises si les groupes armés rebelles négociant avec elles dans la capitale du Qatar ne parviennent pas à s’entendre.

Le pouvoir salue la clairvoyance des opposants

Elles ne disent pas non plus ce qu’il faut faire si la principale plateforme de l’opposition non armée, Wakit Tamma, ne réintègre pas les pourparlers qu’elle a suspendus le 6 avril avec la junte dont elle refuse de reconnaître le pouvoir.

Pour Brahim Hissein, membre de la délégation des rebelles à Doha et chargé des relations extérieures de la représentation du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT), la médiation qatarie ne cesse de faire montre de compréhension des revendications placées sur la table des négociations.  « On a parlé de vive voix avec le médiateur le 21 juillet à l’hôtel pendant plus de quatre heures, ce qui nous a conduit à lever notre suspension et donner une nouvelle chance aux négociations », a-t-il révélé. Réagissant à la reprise des discussions par les groupes armés, Abderamane Koulamallah, porte-parole de la junte, a salué « la clairvoyance de ses frères ».

A ce jour, on sait que le médiateur qatari a remis aux différents mouvements rebelles et au gouvernement tchadien un projet d’accord de paix dans lequel il y a quelques points à discuter. « Nous n’allons pas brader nos convictions, mais c’est une bonne base », a noté Mahamat Mahdi Ali, leader du FACT, l’un des principaux groupes armés à l’origine de l’attaque qui a conduit à la mort le 19 avril 2021 du maréchal Idriss Déby Itno.

Parmi les revendications des groupes armés figure la libération de six responsables de l’opposition condamnés en juin dernier « à 12 mois de prison avec sursis et à payer 10 millions de francs CFA de dommages et intérêts à l’État tchadien », environ 15.000 euros, pour « troubles à l’ordre public » après une manifestation émaillée d’incidents le 14 mai contre la France. Ce sont notamment Max Loalngar (coordinateur de Wakit Tamma, la principale coalition de l’opposition), Gounoung Vaima Gan-Fare, (secrétaire général de l’Union des Syndicats du Tchad), Youssouf Korom Ahmat (secrétaire général du Syndicat des commerçants fournisseurs tchadiens), Massar Hissene Massar (président du Rassemblement des cadres de la société civile), Koudé Mbainassem (président de l’Association pour la Liberté d’expression) et Allamine Adoudou Khatir, ancien ambassadeur.

Tchadanthropus-tribune avec Agence d’information d’Afrique Centrale.

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