Le Conseil permanent de la Conférence Épiscopale du Tchad (CPCET) s’est réuni en session ordinaire du 28-30 juin 2021 en son siège. Après avoir fait le tour de l’actualité, il a décidé de porter à la connaissance des fidèles catholiques et des Tchadiennes et tchadiens de bonne volonté ce qui suit :

Suite au décès brutal du Président de la République le 20 avril 2021, l’Église Catholique du Tchad, comme toutes les communautés et confessions religieuses ainsi que tous les acteurs de la vie socio-politique du pays, avait été profondément choquée. Face à cette situation, les organisations internationales, sous régionales, les acteurs de la vie politique, les associations de la société civile et les tchadiens de l’extérieur tout comme ceux de l’intérieur ont nourri l’espoir de voir le Tchad s’engager enfin dans un processus porteur d’une nouvelle espérance, sous la conduite du Conseil militaire de transition (CMT).

C’est pour consolider cette espérance qu’après consultations et analyses de la situation géopolitique et sécuritaire du Tchad, l’UA et les autres organisations internationales avaient formulé les recommandations dans le but de soutenir le plan de transition conduit par les militaires. L’UA s’engageait ainsi à accompagner la transition par l’intermédiaire d’un envoyé spécial. Celui-ci devrait veiller à la réalisation des différentes étapes de la transition déterminées dans une feuille de route, en veillant à le faire respecter et en garantissant la volonté des principaux protagonistes d’aboutir au terme de la transition prévue.

L’Église Catholique du Tchad a été consultée, à titre particulier et comme membre de la plateforme interconfessionnelle, à donner son point de vue pour la mise en œuvre de cette transition. Elle a proposé des conditions à mettre en place pour l’organisation d’un véritable dialogue inclusif et de réconciliation nationale. Elle a appelé à la révision de la première charte de transition et réaffirmé la nécessité d’un accompagnement du processus de la transition avec des partenaires dans les délais déterminés.

Dans notre observation et analyse du climat socio politique qui prévaut en ce moment, nous constatons qu’il existe de nombreuses difficultés et bien des obstacles qui risquent de compromettre la réalisation effective de cette transition annoncée en tenant compte des vœux exprimés par la majorité des citoyens.

1. L’organisation d’un dialogue National Inclusif de réconciliation

La quasi-totalité des Etats d’Afrique subsaharienne francophone a connu un processus de transition vers un système de démocratie pluraliste. La constitution qui est la loi fondamentale a été une étape décisive et le fruit d’un dialogue national inclusif, sanctionné généralement par un référendum populaire.

Le dialogue national inclusif de réconciliation, censé réunir tous les acteurs de la vie socio-politique du Tchad et mettre en place un conseil national de transition chargé de procéder à des réformes institutionnelles nécessaires en vue de l’élaboration d’un projet de constitution plus consensuelle, tarde à prendre forme.

Le manque de dialogue réel et sincère entre les acteurs socio-politiques tchadiens a longtemps plombé la vie nationale et se retrouve au cœur des débats de l’heure. En effet, le premier forum qui a donné naissance à la quatrième république en 2018 et l’autre forum en 2020 qui est un remake (reprise) du précédent ont ébranlé le tissu social et le vivre ensemble des Tchadiens.

L’’État et ses institutions en ont pris un coup et une crise de confiance profonde s’est établie dans la société tchadienne. Le décès du Président IDI l’a rendu manifeste et ce dialogue national inclusif et de réconciliation devient une impérieuse nécessité afin de permettre à tous les enfants du Tchad de se retrouver et de se concerter sur un nouveau contrat social qui doit les lier pour les prochaines décennies.

L’Église catholique attire l’attention des autorités en charge de la transition et leur demande de tirer toutes les leçons des échecs des fora de 2018 et 2020. Elle exprime sa vive préoccupation devant la mise en place du comité chargé de désigner les membres du futur CNT. Ce conseil ne semble pas représentatif de toutes les sensibilités du peuple tchadien et est déjà la cible de nombreuses critiques dans sa forme inédite.

Pour elle, la mise en place du conseil national de transition ne peut se faire qu’après un dialogue national, sincère et inclusif. Aussi, l’Église catholique exprime-t-elle son étonnement quand la mise en place de ce comité est inopportune à cette phase et ne fait qu’augmenter les suspicions. L’urgence de l’heure est de laisser les mains libres au ministère chargé du dialogue de la réconciliation et de lui donner tous les moyens pour organiser ce dialogue national, inclusif et de réconciliation en vue de la mise sur pied d’un CNT conséquent et consensuel.

2. La révision de la charte de transition

La révision partielle de la charte par le Conseil Militaire de Transition (CMT) les 20 et 21 avril 2021 ne satisfait pas tout le monde. Elle doit être revue par le CNRT en priorité pour qu’elle reflète les aspirations et les intérêts de tous les Tchadiens qui aspirent à une véritable gouvernance démocratique et civile, cela afin de respecter le caractère transitoire et ouvrir sur la normalisation de la vie politique.

A cet effet, l’Église catholique s’inquiète de certaines prises de positions de soutien au CMT par certains partis politiques ou associations comme si le CMT et le gouvernement actuel étaient appelés à durer au-delà des délais déclarés. La révision de la charte par le CNRT sera un gage de la bonne volonté du CMT et une réponse positive à l’espérance du peuple tchadien dans son aspiration à une vie nouvelle.

3. L’accompagnement du processus de la transition tchadien par les partenaires

Au lendemain des évènements des 20 et 21 avril, l’UA a reconnu la particularité de la situation tchadienne et s’est engagée à l’accompagner dans le processus de la transition, dans un délai ferme de 18 mois. Les autres partenaires du Tchad (UE ; CEEAC, le G5 Sahel…) se sont tous alignés sur cette position en exigeant une feuille de route claire pour aider à la réussite de cette transition.

L’Église catholique s’était réjouie de ces annonces. Malheureusement, deux mois après, nous constatons le silence inexplicable des uns et le piétinement « sur-place » des autres. Nous lançons un appel à tous les partenaires du Tchad à être sensibles aux aspirations du peuple tchadien pour un changement qualitatif et au CMT à tenir ses promesses en menant cette transition à bon port pour la paix et la stabilité dans notre pays et dans la sous-région.

Toujours soucieuse de voir tous les Tchadiens vivre dans la quiétude et le e bien-être, respectueux des valeurs républicaines, l’Eglise catholique exprime sa disponibilité à apporter sa contribution dans les différentes phases de cette transition pour servir la cause de l’unité, de la justice et de la paix.

Que le Seigneur bénisse le Tchad

N’Djamena le 02 juillet 2021.

Pour la Conférence Épiscopale du Tchad​​ 

Le Secrétaire général, porte-parole de la CET

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