La célèbre journaliste et réalisatrice tchadienne Zara Yacoub (ZY) , a été arrêtée la semaine dernière puis libérée, pour une affaire privée, dit-on.  Pourquoi ? Que cache cette arrestation? Enquête.

Il était autour de 14h ce vendredi lorsque le ciel est tombé sur la tête de plusieurs tchadiens. Ils apprennent  l’arrestation, pire l’incarcération de notre respectée consoeur ZY. Hébétement et colère se sont emparés du quartier Centre pour ensuite s’étendre comme une traînée de poudre à travers la capitale tchadienne, N’Djamena.

Faits et contexte

Selon plusieurs sources, la raison de cette arrestation est causée par une altercation entre la journaliste, sa soeur et un camionneur qui obstruait la voie publique empêchant les deux soeurs de sortir leur véhicule de la propriété familiale. En tentant de faire entendre raison au chauffeur, la soeur de la journaliste a été physiquement agressée. Les habitants du quartier n’ont pas supporté cette agression. Ils ont intervenu. Et une bagarre éclate. ZY a tenté de s’interposer entre les pugilistes.

La police arrive, embarque plusieurs personnes dont ZY au motif qu’elle incite les jeunes à faire de la casse. Elle est considérée comme cheftaine de file de ceux qui militent depuis toujours pour chasser les commerçants de cet endroit.

Une fois arrivée au commissariat de police, le commissaire, sans retenue, décrete la garde à vue pour notre consoeur. Pendant plusieurs heures, elle sera enfermée dans une cellule. Sans fenêtre. Sans lumière. C’est la volonté et la loi des « petits chefs » dans le milieu de la police et de la gendarmerie tchadienne. Selon des témoignes, le commissaire aurait juré qu’elle ne sortira pas de sa cellule. Même si c’est le président Deby Itno en personne qui intervient.

Devant l’arbitraire de ce « petit chef », la colère des ndjamenois atteint son paroxysme. L’ambiance est électrique dans la ville. En quelques minutes, le commissariat  de police est pris d’assaut par une foule de sympathisants. Ils dénoncent une injustice faite à une femme respectée et admirée pour ses oeuvres. Pour son implication. Pour sa solidarité et son humanisme envers grandes et petites gens. Jeunes et vieux. Le commissaire et les autorités sont dépassés par la tournure des événements. Ils entendent raison. Et libèrent ZY.

Main invisible

Quelques précisions: Il faut dire que le quartier centre, est un vieux quartier résidentiel qui jouxte le marché de mil. Petit à petit, les autorités municipales et politiques l’on laissé se faire engloutir par le marché. Et les convoitises et la pression des commerçants sur les résidents sont fortes. Beaucoup d’habitants ont fini par vendre leurs propriétés pour s’installer ailleurs. Ce quartier est devenu aujourd’hui une zone immense d’entreposage de marchandises de toutes sortes, en contravention flagrante avec les règles d’urbanisme. Le danger est partout lorsqu’on circule. Et le péril est à la porte de chaque maison, où celles qui restent encore. Le pouvoir de l’argent est omniprésent dans ce périmètre. ZY dénonçait le fait que les puissants font partir de ce quartier historique les plus faibles par tous les moyens. Une source proche du dossier affirme à la rédaction que toute personne qui a de l’argent et qui  jette son dévolu sur une propriété fera tout pour faire partir le propriétaire. S’il ne réussit pas avec son argent et ses contacts, il tentera par la voie mystique, celle des marabouts-charlatans.

Raisons cachées

Selon plusieurs observateurs, ZY dérange beaucoup des personnes, par son caractère, dans ce marigot du business où les affaires politico-mafieuses se fracassent devant la droiture de certains citoyens. Surtout d’une citoyenne indépendante comme ZY. Elle est une femme. Elle est un symbole du féminisme tchadien. Plusieurs personnes lui en veulent pour ce qu’elle est: une femme. Et veulent la voir baissée la tête et le regard dit un de ses admirateurs.

D’ailleurs, les propos violents de certains donnent froid au dos « Ma mara sakit », disent-ils en arabe locale. Traduction libre: ce n’est qu’une femme. Autrement dit, une femme n’est pas l’égal d’un homme. Et en ce sens tout ce qu’elle fait ou dit ne vaut pas grand chose. Pis, toutes ses actions, ses oeuvres, ses idées, ses combats sont nuls. Cette attitude méprisante de certains tchadiens envers les femmes en général s’est illustré par l’abus d’autorité de ce commissaire. Une misogynie grave mais toujours banalisée. Le procureur chargé de cette affaire  n’est pas en reste, il accuse ZY de se prendre pour une intouchable. Derrière cette sortie se profile la volonté de punir une femme. La punir parce qu’elle est une femme libre qui ne réclame rien de plus qu’un autre. Rien de moins qu’un autre. Cette affaire, selon plusieurs, révèle que le respect et l’égalité entre les femmes et hommes est un long chemin de croix au Tchad.

Aux dernières nouvelles l’affaire est désormais entre les mains de la Justice tchadienne.

Bello Bakary 

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