Très virulente ces dernières années à l’égard du régime d’Idriss Déby, la diplomatie allemande s’est engagée fin septembre à soutenir le processus de transition. Angela Merkel a échangé par téléphone avec Mahamat Idriss Déby. Derrière ce retournement se trouve l’activisme d’Emmanuel Macron, qui a évoqué le sujet ces dernières semaines avec la chancelière.

Pendant que le Tout-Berlin a les yeux tournés vers les négociations politiques pour former un nouveau gouvernement fédéral, Angela Merkel opère en toute discrétion ses derniers mouvements diplomatiques. Le 28 septembre, elle s’est ainsi entretenue au téléphone avec le président de la transition tchadienne, Mahamat Idriss Déby, dit « Kaka« . Durant cet échange inédit, la chancelière allemande, qui quittera le pouvoir dès la désignation de son successeur, s’est notamment engagée auprès du fils d’Idriss Déby à soutenir « un processus de transition crédible ».

Si ce coup de téléphone a surpris tant à N’Djamena qu’à Berlin, il trouve son origine dans un dîner qui s’est tenu le 16 septembre, à l’Élysée, entre Emmanuel Macron et Angela Merkel. Le dossier tchadien a en effet été directement mis sur la table par le président français. Ce dernier a notamment réclamé l’appui de Berlin pour soutenir financièrement, au niveau de l’Union européenne (UE), la transition dans le pays. Une éventuelle aide supplémentaire qui est encore en discussion à Bruxelles.

Parmi les arguments avancés par le chef d’État français figure notamment la « stabilité du pays » – et plus largement celle de la région, dans un contexte sahélien mouvant. La France a déjà annoncé en juillet un soutien budgétaire bilatéral (15 millions d’euros) à N’Djamena (AI du 07/07/21).

Une future inflexion des relations diplomatiques ?

Le soutien de l’UE au Tchad était actuellement hypothéqué par Berlin, très critique à l’égard d’Idriss Déby et sur la question des droits de l’homme dans le pays. A Bruxelles, en 2019, la diplomatie allemande avait ainsi montré des réticences à ce que l’UE aide financièrement l’organisation des élections législatives tchadiennes, et ce malgré les appels du pied amicaux de Paris. Quelques jours après l’échange téléphonique entre Merkel et « Kaka », l’ambassadeur allemand au Tchad a été reçu le 4 octobre par le ministre des affaires étrangères Mahamat Zène Chérif, en compagnie de représentants de l’UE, du Royaume-Uni, de la France et des États-Unis.

Angela Merkel avait de son côté toujours pris soin de ne pas se rendre au Tchad lors de ses tournées au Sahel. En juin 2019, un épisode avait particulièrement mis à mal les relations entre les deux pays : Berlin n’avait pas hésité à envoyer son chargé d’affaires au meeting de lancement du parti d’opposition Les Transformateurs, suscitant l’ire de Mahamat Zène Chérif (AI du 19/02/20). La formation a, depuis, été reconnue par le ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation du régime de transition.

L’arrivée du Conseil militaire de transition (CMT) de Mahamat Idriss Déby, qui a opéré quelques signes d’ouverture à l’endroit de l’opposition, offre donc une occasion inédite pour Berlin de renouer avec le pays. L’Allemagne est déjà très bien implantée dans les pays voisins (Niger, Mali et Burkina Faso) où elle déploie plusieurs programmes.

Tchadanthropus-tribune avec la Lettre du Continent

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