Peu disposée à épauler directement N’Djamena sous la présidence d’Idriss Déby, l’Union européenne a accepté d’apporter un appui budgétaire exceptionnel au Tchad alors que les finances du pays sont au plus mal. Un soutien qui doit beaucoup à l’activisme de la diplomatie française.

C’est une petite victoire pour Paris : l’Union européenne (UE) s’apprête à décaisser 40 millions d’euros en faveur du Tchad. En amont, la diplomatie française s’est mise en quatre, multipliant ces dernières semaines les « missions de sensibilisation » au profit de N’Djamena auprès de plus d’une dizaine de capitales européennes.

Le président Emmanuel Macron avait directement évoqué le sujet avec Angela Merkel lors d’un dîner à l’Élysée le 16 septembre (voir nos révélations). À la suite de cette discussion, la chancelière s’était entretenue par téléphone, le 28 septembre, avec le président de la transition tchadienne, Mahamat Idriss Déby, dit « Kaka« . Durant cet échange inédit, Merkel s’était notamment engagée auprès du fils d’Idriss Déby à soutenir « un processus de transition crédible ». A Bruxelles, la diplomatie allemande se montrait jusqu’à présent parmi les plus réticentes à soutenir N’Djamena. Parmi les arguments avancés par Paris pour convaincre Berlin et ses voisins européens figure notamment la « stabilité du pays » – et plus largement celle de la région, dans un contexte sahélien toujours très volatil.

Situation budgétaire délicate

Autre argument activement relayé par les diplomates français : l’ouverture opérée par Kaka vers l’opposition. Le président du Conseil militaire de transition (CMT) a en effet formé au printemps un gouvernement de transition incluant plusieurs ministres issus de l’Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR) de Saleh Kebzabo. Mahamat Idriss Déby a également reconnu plusieurs formations politiques jusqu’alors interdites sous l’ère Idriss Déby, à l’instar du mouvement des Transformateurs fondé par l’opposant Succès Masra.

Enfin il s’est engagé dans un vaste « dialogue national inclusif » dont le coût est chiffré par N’Djamena à près de 149 milliards de francs CFA (227 millions d’euros) et pour lequel le gouvernement tchadien n’a réuni à ce jour que 10 milliards de francs CFA (15 millions d’euros). Les finances sont plus au mal et le pays a multiplié depuis cet été les demandes de soutiens budgétaires, notamment aux puissances du Golfe. Car outre le dialogue national, le CMT s’est également engagé dans un vaste plan de renforcement des Forces armées tchadiennes (FAT) et aussi dans un programme de « relance économique », tous deux estimés à plusieurs dizaines de milliards de francs CFA. La France a, de son côté, déjà annoncé en juillet un soutien budgétaire bilatéral (15 millions d’euros) au Tchad. Le Premier ministre tchadien de transition, Albert Pahimi Padacké, est par ailleurs attendu à Bruxelles et à Washington dans les tout prochains jours pour solliciter un nouvel appui financier auprès des principaux bailleurs internationaux.

Les capitales européennes restent néanmoins très attentives à l’avancée des droits de l’homme dans le pays : ces dernières semaines, certaines formations d’opposition ont dénoncé des tentatives « d’intimidations » ou encore le blocage de manifestations par les autorités de transition. Enfin l’absence d’une supervision de la transition par un organisme régional reste un point d’inquiétude pour l’UE alors que plusieurs points controversés de la charte de transition n’ont toujours pas été amendés par N’Djamena (AI du 08/09/21).

Tchadanthropus-tribune avec Africa Intelligence

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