Ce n’est pas pour les chimères de démocratie que la France a vendu au peuple tchadien, que l’ex-président Hissein Habré a été évincé du pouvoir.

Il s’agit là tout simplement de deux postures, l’une inébranlable pour un intérêt équivoque pour le Tchad, et l’autre contre les intérêts du Tchad pour d’autres intérêts plus qu’occultes.

L’épisode de l’éviction de Hissein Habré du pouvoir en 1990 est complexe. Elle ne peut être facilement analysée que si les débats sont dépassionnés, et si on prend le recul nécessaire pour peser le pour et le contre sur ce régime Habré, dans le contexte des huit ans de règne.

Pendant 8 ans, de 1982 à 1988, puis jusqu’à 1990, l’ex-président tchadien est arrivé au pouvoir dans un pays complètement délabré. Grâce aux hommes et femmes qui l’ont entouré et à sa détermination, il a pu mettre sur pied un État. Personne ne peut lui enlever cela. L’organisation de l’administration de l’État partant de rien, ou des jachères sans aucune importance.

Dans ce Tchad en construction en tant qu’État, en tant que nation, les appétits voraces de certains pays occidentaux sur le Tchad, en plus des pressions multiformes pour avoir le leadership de la région du Sahel n’arrêtaient pas. Malgré ces adversités, l’idéologie patriotique des hommes et femmes autour d’un idéal commun a permis de mettre en place un État, un pays qui se projetait vers l’avenir. Mais la projection du Tchad vers l’avenir prenant de facto son indépendance ne pourrait plaire à ceux que les convoitises sur ce pays sont restées encore intactes.

Face à la guerre contre la Libye, et aux collaborateurs de l’ennemi de l’intérieur, le régime s’est doté d’un organe de renseignement qui a vacillé. Certes il eut des exactions qui restent condamnables sous les lexiques des droits de l’homme. Quoique l’on dise personne ne peut les nier, car il y a eu des hommes et femmes qui avaient déraillés par les méthodes, mais là encore si la justice indépendante s’est réellement penchée pour rétablir les responsabilités, on n’épiloguerait point sur plusieurs mensonges et montages érigés çà et là pour casser l’homme face à l’opinion populaire tchadienne. Beaucoup des libérateurs venus dans les malles du MPS étaient les bourreaux des Tchadiens, pour ceux qui ne savaient rien de cette ère, ils ont dirigé ce pays avec Hissein Habré jusqu’à 1989, avant la prétendue révolution de palais, qui n’était en fait une haute trahison. Pendant 7 ans, la plupart étaient au cœur des dispositifs sécuritaires. L’histoire en a résolu autrement, et certains se sont drapés plus tard des habits de libérateurs, de ceux qui prétendent avoir amené la démocratie, et qui ne savent pas s’en servir jusqu’à aujourd’hui.

De 40000 morts à moins de 800.

La justice est toujours du côté des vainqueurs, diton. La fin de la Deuxième Guerre mondiale nous l’a clairement édifié avec le tribunal de Nuremberg. Mais face à la furie du moment, le calcul macabre s’est arrêté à un chiffre rond (40 000) morts, même si les chambres africaines qui ont jugé à charge Habré après enquête se sont arrêtées à un chiffre loin du symbole horrible qu’on a voulu lui attribuer. De 40 000 à moins de 800, cela montre à suffisance les manipulations du régime Déby, et la France qui fut à l’œuvre de l’organisation sécuritaire du régime Habré à travers ses conseillers de coopération militaire. Ensuite, on a vu au procès à Dakar comment chaque personne venue plaider son cas était impliquée dans la guerre et avait commis des actes contre son pays et contre le régime Habré… Pardi, on a voulu porter des œillères. L’objectif politique du procès était ailleurs.

Jurisprudence

Pour tout observateur de la politique tchadienne depuis son indépendance, le jugement seul du régime Habré ne suffit pas pour gommer de la tête de nos compatriotes toutes les exactions qui se sont déroulées dans notre pays depuis son « indépendance ». Les premières années de notre indépendance sont jalonnées des dérives graves en matière de droit de l’homme, bien qu’en ce temps les droits de l’homme n’étaient pas cette arme que l’occident utilise à géométrie variable contre les pays africains, asiatiques et sud-américains.

https://www.cdec.terre.defense.gouv.fr/images/documents/retex/06_Intervention_Tchad.pdf

L’intervention de l’armée française dans les zones du centre et du nord du pays a causé des dommages dignes de crime contre l’humanité. Personne de l’ancienne génération n’a pas oublié les affres d’un certain général « Cortadellas ». De 1969 à 1972, l’armée française appelée par le pouvoir de François Tombalbaye pour mater une rébellion a créé des faits graves de dérives de droits de l’homme sans précédent.

 

Dans l’optique de sauver N’Djamena de l’offensive du Frolinat, un mouvement révolutionnaire né des injustices à partir d’octobre 1965 et le massacre des collecteurs d’impôts de Mangalmé. En prétextant l’aide étrangère à la rébellion, Tombalbaye invoque l’accord de défense du 15 août 1960 et l’accord d’assistance militaire technique du 19 mai 1964 pour faire appel à la France. L’opération Cortadellas a rasé des villages entiers grâce à ses AD-4 Skyraider. Des milliers d’hommes et femmes furent assassinés sous prétexte de leur soutien à la rébellion armée. Bien après le renversement du 1er président tchadien, le régime CSM avait continué certaines exactions que certains anciens n’oublieront jamais, d’ailleurs le vieux Garondé Djarma l’explique très bien dans un de ses articles concernant nos compatriotes Kotiga Guérina et Allafi, sur des exactions atroces commises dans le Ouaddaï. Et puis guerre ou pas guerre en 1979, certains compatriotes ont été massacrés dans la partie méridionale du pays simplement parce qu’ils sont du nord et musulmans. Pourra-t-on faire passer ces actes ignobles par pertes et profits ? Beaucoup étaient innocents, et travaillaient dans leur petit commerce, mais… Le malheur les frappa dans l’ignorance du conflit de l’époque.

Les deux poids, deux mesures

Toute cette narration est pour expliquer la position qu’adoptent les autorités françaises qui, quand elles sont au cœur des affaires, elles pointent d’indexe des hommes et des femmes placés dans l’exécutif de nos pays, mais dès qu’ils veulent s’affranchir pour les intérêts de leur pays, ils deviennent des ogres. Personne ne peut enlever à François Tombalbaye l’amour qu’il vouait à son pays malgré les dérives observées, mais derrière certains engagements il y a la France tutrice et abjectes dans les méandres de ses intérêts. La France est connue pour accuser, détruire, le leadership d’un homme politique qui commence à asseoir les intérêts de son peuple, ce n’est pas elle qui dira dans l’instant la vérité. Il faut toujours attendre 10 ans, 20 ans pour déclassifier les dossiers pour l’éclairage du simple des citoyens. Jusqu’à 1990, l’époque n’était pas propice aux couleurs de droits de l’homme, elle n’est pas non plus comme notre époque aujourd’hui où le monde est devenu un village planétaire, et plusieurs générations de nos compatriotes, ceux qui ne lisent pas, qui ne font pas de recherchent, occultent complètement cette partie de l’histoire de notre pays.

30 ans de lavage de cerveaux

À l’image des chaînes d’info en continu, la jeunesse tchadienne née après 1990 a été moulée, orientée, et encadrée dans le seul lexique de Hissein Habré dictateur, criminel, celui qui a un déni des droits l’homme.

La chenille de la propagande est allée très loin pour entretenir pendant 3 générations, les mêmes formes des manipulations jusqu’à se laver de ses propres faits. Idriss Déby et ses conseillers français n’avaient que ça à la bouche pour gommer de l’esprit des Tchadiens adultes, et surtout la jeunesse en devenir du seul mot d’ordre de l’homme qui aimait sa patrie, il fallait juste dire chaque instant « Hissein Habré dictateur et criminel ». Idriss Déby et certains de ses proches ont feint d’oublier, complètement amnésique, leurs responsabilités évidentes pendant cette ère. Aucun des Tchadiens de l’époque n’oublie les 284 prisonniers de guerre du GUNT exécuté à Kalaït par le seul Déby par dépit du décès d’un de ses frères au combat. Nos compatriotes de la zone méridionale nous rappellent souvent les faits horribles de septembre noirs, et la liste reste encore longue si on poursuit les faits jusqu’à avril 2021.

Si Déby avait la frousse face à l’aura de son patron, et cherche à démolir tout aspect charismatique, il a complètement échoué de lui enlever son amour de la patrie, sa capacité d’organisation pour l’administration et sa posture d’homme d’État. Chose que ni dans le fond ni dans la forme, Idriss Déby n’a su promouvoir.

Pour les autorités françaises, le pire est de voir l’homme politique Habré rebondir, cela signerait leur éviction totale du Tchad que la France considère toujours comme une chasse gardée. D’ailleurs c’est de cette manière que les autorités françaises sous Mitterrand ont recruté le soldat Déby jusqu’à le porter au pouvoir pour leur propre intérêt.

D’Amsterdam à Bamina, en passant par Tripoli et Khartoum, tout a été mis en place pour mettre Idriss Déby en selle, et permettre à la France d’user et d’abuser du Tchad et de ses territoires. Pendant 30 ans, Idriss Déby a presque vendu notre pays à la France. L’hexagone avait le droit d’exécution de toutes ses manœuvres à partir du Tchad, en contrepartie Idriss Déby devrait rester au pouvoir quelques soient la nature des droits de l’homme, jusqu’à, comme Icare lorsqu’il a voulu trop s’approcher dernièrement du soleil. Les dernières heures de sa campagne aux présidentiels en disent long…

Le panafricanisme

Habré est un panafricaniste béant. Tous ses discours nous le rappellent explicitement. Un tribun hors pair. Tous ses meetings sont teintés des mots et verbes citant en exemple l’indépendance de l’Afrique, les pères fondateurs de l’Afrique et de ses indépendances, et l’intérêt premier qu’il voue pour le Tchad. On peut ne pas aimer l’homme parce qu’on ne peut être d’accord avec lui sur des concepts de sociétés, de politiques politiciennes, mais par Dieu… l’équivoque s’impose à l’homme Habré sur l’intérêt premier des africains et des Tchadiens, cela déplaît fortement à ceux qui veulent avoir des dirigeants vassaux, mais lui avait cette priorité de voir d’abord le Tchad autrement, et l’Afrique casser ses chaînes vers des réelles indépendances.

C’est ainsi d’ailleurs que les idéaux de la jeunesse de l’époque furent échaudés. Que dire alors de tous ces compatriotes qui ont sacrifié leurs vies pour que le Tchad reste un pays fier, que ses richesses soient préservées et exploitées au profit de tous les Tchadiens sans exclusion aucune.

Que nous apprend Claude Silberzahn (le directeur de la DGSE de 1989 à 1993.

Même si en parcourant son livre, le lexique « la France n’a pas d’ami, mais des intérêts » il apparaît à tous les étages, son interview à un média francilien qui en dit long sur le pouvoir Habré. Le directeur général de la DGSE (direction générale des services extérieurs) explique d’abord qu’il n’est pas concevable si l’on analyse les « brevets qu’il distribue », qu’un chef d’État africain fasse attendre pendant plusieurs minutes le chef des renseignements français dans un salon avant de le recevoir. Sans doute pense-t-il avoir affaire à des vassaux obéissants du genre (Bienvenu en république du Gondwana). Dans le cas d’espèce l’ex-président Habré l’avait fait attendre avant de le recevoir. Silberzahn n’est pas un chef d’État à qui il faut déclamer un protocole spécial, c’est un simple chef d’un service. Donc…

Ensuite, Claude Silberzahn fait prévaloir un seuil de souveraineté d’un pays qui a le choix d’avoir son orientation politique. Dans les questions-réponses aux journalistes, l’ex-DG de la DGSE explique que le fait que Habré fait le choix de pactiser avec les Américains sur l’affaire Haftar est à ses yeux comme une trahison fait sur le dos de la France, et à sa sortie d’audience, il a pris la décision de l’éliminer politiquement en mettant en marche tous ses organes de propagandes, ses politiques, sa coopération, ses militaires, et ses journalistes. Il faut abattre l’homme politique Habré.

Entendons-nous bien, la France a renversé le régime Habré pas parce que celui-ci était un régime autoritaire et criminel, mais simplement parce qu’elle voyait que le Tchad sous Habré allait prendre son indépendance politique, économique et sociale, à l’image d’un Rwanda aujourd’hui.

Conclusions

Il faut à toute épreuve dépassionner les débats avec les reculs nécessaires afin de situer toute chose dans son contexte. Dire la vérité et situer les responsabilités. Les faits et actes commis sous le règne de Hissein Habré ne peuvent lui incomber à lui seul la responsabilité des faits. Il y a des acteurs qui se sont définis comme des victimes, et cela s’est vu lors du procès à Dakar.

Libre à chacun de haïr l’homme, mais rien ne pourra effacer les faits patriotiques de l’ex-président Hissein Habré. Aujourd’hui, la guerre en Ukraine démontre à nous autres africains ce que c’est de protéger les intérêts de son pays. Tout homme d’État peut avoir des choses qui peuvent lui échapper. Même ceux qui se targuent d’avoir de grands modèles démocratiques en occident ne sont pas à l’abri des dérivent en matière de droits de l’homme. Habré fait partie des présidents que le Tchad regrettera un jour.

Pour nous tchadiens, tous les régimes arrivés au pouvoir ont fait des victimes, certains encore vivants, sinon leurs petits fils vivants. De 1960 à aujourd’hui, beaucoup des affres ont été commises, et il faut crever l’abcès une fois pour toutes pour permettre aux générations futures de vivre autrement. Nous sommes résolus à faire comme en Afrique du Sud « Vérité, Justice, réconciliation et réparation » afin d’aller de l’avant. Toute haine, toute vindicte, ne pourra résoudre ou panser les plaies des uns et des autres, sauf cette tribune-là.

La rédaction

Tchadanthropus-tribune 

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