La guerre d’influence entre Paris et Moscou ne cesse de prendre de l’ampleur à Bangui. Dernier épisode en date : l’infiltration supposée d’un sous-traitant de la défense française par le renseignement russe. Voici les détails de cette affaire.

L’information est passée inaperçue en dehors des milieux très fermés des sous-traitants techniques du ministère français de la Défense et de l’Otan. Fin novembre, la société Global Technologies, un des fleurons français de l’installation de réseaux télécoms dans les zones à risque, s’est vu retirer ses habilitations par les autorités françaises.

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Cette société, dirigée par Jean-Paul Steinitz et sous-traitante du groupe français Thalès, fournissait notamment les réseaux de communication cryptée aux troupes françaises et à celles de l’Otan en Afghanistan, en Irak ou encore au Sahel. Mais son contrat, qui était en renégociation avec Thalès en octobre, n’a pas été renouvelé.

Selon nos informations, la raison de la non-prolongation des habilitations de Global Technologies est à chercher du côté de Bangui. Jean-Paul Steinitz y a en effet développé un réseau d’affaires et a récemment signé avec la Centrafrique un contrat portant sur le développement du réseau de télécommunications locales.

Un mystérieux beau-père russe

Surtout, l’homme d’affaires de 72 ans a mis en contact la présidence centrafricaine avec un cadre d’Alrosa, une grande société diamantaire russe. Un gemmologue qui n’est autre que son actuel (et récent) beau-père. Et c’est cette proximité familiale avec un ingénieur russe qui a alerté les milieux du renseignement français.

Toujours selon nos informations, Paris n’a pas apprécié de voir l’un de ses sous-traitants faire le jeu du géant diamantaire russe. Alrosa a d’ailleurs signé un contrat avec Bangui au mois de décembre, à l’occasion d’une mission centrafricaine à Moscou de Jean-Claude Rameaux Bireau, ministre conseiller chargé de l’Économie à la présidence, et Pascal Bida Koyagbélé, ministre délégué chargé des Grands Travaux et des Investissements stratégiques.

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Soupçonnant en outre Moscou d’être parvenu à placer un agent du renseignement au sein d’une société en contrat avec son armée, la Défense française et Thalès ont alors choisi de mettre fin à toute collaboration avec cette dernière, malgré les protestations de bonne foi de Steinitz. Ce dernier, contacté par Jeune Afrique, n’a pas souhaité réagir.

De son côté, Thalès n’a pas pour autant perdu le marché des communications cryptées françaises et de l’Otan. Global Technologies a été remplacée par d’autres sous-traitants et le groupe vient de signer un contrat avec l’organisation transatlantique pour construire son « cloud militaire ».

Tchadanthropus-tribune avec Jeune Afrique

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