D’ici à 2025, les stocks et surplus de l’armée française devraient de plus en plus bénéficier aux Etats côtiers du golfe de Guinée, qui font face à l’expansion de groupes armés en provenance du Sahel. Pendant ce temps, les Etats du Sahel, Tchad en tête, renâclent de plus en plus à recevoir des équipement de seconde main, et réclament du matériel sophistiqué et de la formation de pointe.

Coopération renforcée avec la Côte d’Ivoire (AI du 16/07/21) et les Etats riverains du Golfe de Guinée, tel est le nouveau cap défini par la ministre des armées Florence Parly en matière d’écoulement des surplus de l’armée française. Le 16 septembre s’est tenue dans les locaux de l’Ecole militaire de Paris une rencontre entre industriels français, état-major des armées et Direction générale de l’armement (DGA). A cette occasion, les modalités de cession – gratuites ou onéreuses – de matériel de guerre à l’horizon 2025 ont été présentées par le général Eric Charpentier, responsable du comité de pilotage des cessions à l’état-major des armées (EMA), le général Vincent Pons, sous-chef d’état-major aux plans, Cécile Marty de la division internationale de la DGA et Gilles Lara-Adelaïde, directeur adjoint du cabinet de la ministre des armées. Des dizaines de PME participaient à l’événement, ainsi que des représentants des poids lourds de l’industrie de défense française, à l’image d’ArquusNexterNaval GroupMBDA ou encore Safran.

Si la rencontre ne s’est pas exclusivement focalisée sur l’Afrique, l’ouest du continent a néanmoins concentré l’essentiel des échanges : le déplacement des groupes armés du Sahel vers les Etats côtiers justifie la volonté de Paris d’accompagner davantage les armées ivoirienne, togolaise ou encore béninoise. Les Etats du G5 Sahel – Mauritanie, Burkina Faso, Mali, Niger et Tchad -, qui ont déjà bénéficié ces dernières années de transferts de matériel d’occasion, devraient continuer à recevoir des dotations, d’autant plus que la France a décidé d’alléger sa propre opération militaire dans la région, Barkhane.

Mais les livraisons de matériel d’occasion vers les pays du G5 devraient cependant connaître un ralentissement. Certains d’entre eux, Tchad et Niger en tête, appellent de leurs vœux une évolution de la coopération militaire française et demandent à bénéficier de matériel plus sophistiqué et de formation plutôt que de transfert de surplus. Cette demande était au cœur des entretiens, en juillet, entre la ministre française des armées Florence Parly et son homologue tchadien, le général Daoud Yaya Brahim (AI du 07/07/21). Le Tchad, qui souhaite se doter de matériel de surveillance avancé, a manifesté au même moment sa volonté d’acquérir auprès de Safran des boules optroniques Euroflir pour équiper ses avions Cessna et a extrêmement mal pris de voir, au début de ce mois, la Commission interministérielle pour l’étude des exportations de matériels de guerre (CIEEMG) française reporter l’examen d’exportation de ces matériels (AI du 14/09/21).

Les dotations, vecteurs de rayonnement diplomatique

Les dotations concédées par Paris aux armées africaines permettent surtout de préserver son influence politique dans la zone. En parallèle, on recense également l’activisme des Émirats arabes unis et du Qatar, qui ont largement gratifié les Forces armées maliennes (FAMa) et du Burkina Faso depuis 2019 (AI du 03/06/19 et du 24/01/20). C’est justement à la demande de la France que les deux puissances du Golfe sont intervenues pour épauler son action. Abou Dhabi a ainsi promis une enveloppe de 30 millions d’euros pour le G5 Sahel, dont seulement 10 ont été décaissés à ce jour (AI du 09/03/21).

A cela s’ajoutent aussi les velléités rivales de la Turquie, qui veut également participer au renforcement des contingents du G5 Sahel : en 2019, Ankara avait versé 5 millions d’euros au G5 pour lui permettre essentiellement l’achat de munitions turques. Plus récemment, en marge du salon IDEF, qui s’est tenu à Istanbul, le mois dernier, le général Oumar Bikimo, commandant de la force conjointe du G5 Sahel a signé un accord avec l’industrie de défense turque, impliquant notamment le fournisseur Nurol Makina.

Tchadanthropus-tribune avec la Lettre du Continent

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