«Le patriotisme qui bouillonne en moi m’oblige d’agir pour mon peuple»

Lire l’intégralité de cette interview réalisée dans le cadre de la 68ème Assemblée Générale de l’ONU à New York où Abdallah Chidi, tchadien exilé aux USA, décrit les maux du régime Idriss Deby avec pour optimisme de voir son pays «briller de mille feux en Afrique et dans le monde entier».

Je dois dire que j’étais au Maroc en tant qu’étudiant. Puis parallèlement à mes études, au vue de tout ce qui se passe au Tchad comme mal gouvernance, injustice, criminalité, mafia d’Etat, détournements de deniers publics, viols, la corruption galopante, la dépravation des mœurs, etc., j’ai dû sacrifier beaucoup de mon temps pour m’engager non pas en politique mais plutôt dans la lutte pour la démocratie, la promotion des libertés et de la justice sociale, le respect des droits de l’homme, la bonne gouvernance, le sort des étudiants tchadiens restés au pays comme ceux de l’étranger et la formation de haut niveau, etc. Je ne pourrais donc fermer les yeux et se résigner comme un bon nombre de mes compatriotes, le patriotisme qui bouillonne en moi m’oblige d’agir pour mon peuple dont l’histoire rime avec cou- rage et dignité mais qui subit toutes sortes d’atrocités physiques et morales depuis l’arrivée du Dictateur Idriss Deby au pou- voir en décembre 1990. En réalité, nous n’avons pas le choix si nous voulons vivre dans notre pays et éviter le cas Somalien. Et aussi, le rêve et l’optimisme de voir un jour le Tchad, un pays doté de toutes les ressources minières et pastorales, briller de mille feux en Afrique et dans le monde entier. Au Maroc, j’ai échappé de justesse à deux tentatives d’agression pour ne pas dire d’assassinat. J’ai reçu des menaces directes de mort de la part des obligés du régime MPS. Ma famille et mes amis sont également visés. Ainsi, une fois fini mon second cycle au Maroc, j’ai choisi les USA pour continuer ma formation et aussi pour ma sécurité physique. L’Afrique est hélas gangrenée par les lobbys mafieux occidentaux, la franc-maçonnerie et bien- tôt l’homosexualité. Ces gens ne reculent devant rien pour piller nos ressources et nous maintenir dans la servitude.


Le multipartisme est une réalité au Tchad. Et si on vous demandait de nous brosser le portrait de l’opposition tchadienne ?

 Le multipartisme est une réalité au Tchad si vous considérez le nombre pléthorique de partis politiques. Aux dernières nouvelles, il y en a plus de 140! Mais si on regarde un peu leurs activités et mesurer leur représentativité, on s’aperçoit très vite que ce sont des véritables coquilles vides abandonnées dans le grand désert tchadien. Ces partis n’ont une existence que sur le papier, ils sont dépourvus de toute organisation et de moyens matériels et humains. Ils ne participent à une élection que grâce au financement du parti de Deby pour faire croire à une compétition. C’est regrettable. Vous comprenez donc que pour le régime actuel, le multipartisme est plutôt un faire-valoir pour tromper l’opinion internationale sur l’existence d’une certaine démocratie au Tchad mais en réalité il n’y a que le MPS, un parti unique, mieux, un parti d’Etat qui s’accapare de manière grotesque des moyens de l’Etat, s’appuie sur l’administration territoriale pour exister et monopolise les médias publics. En revanche, il y a quelques-uns (pas plus de 5) qui essaient d’exister et de s’opposer politiquement au Sultan Général Président Idriss Deby Itno. Ces partis sont assimilés alors à des rébellions armés et leurs chefs sont traqués comme les opposants politico-militaires qui se battent l’arme à la main contre le régime Deby. Certains ont payé de leur vie, à titre d’exemple: Colonel Abbas Koty Yacoub (ex CEMGA, ancien ministre de transport), Dr. Guetti Mahamat (ex DG de l’Asecna, président du parti PDT), Pr Ibni Oumar Mahamat Saleh (ex Ministre de Plan, président du parti PLD, chef de l’op- position démocratique), Mamadou Bissau (ancien ministre, SG du parti RDP), Youssouf Togoimi (ex Procureur général, plu- sieurs fois ministre de la République (justice, défense, intérieur)), Me Joseph Behidi (vice-président de la ligue tchadienne des droits de l’homme) et la liste des victimes de la démocratie débyenne est longue. Idriss Deby Itno a une conception particulière de la démocratie. Il a déclaré haut et fort et à qui veut entendre lors d’un meeting en 1996 (1ères élections présidentielles) qu’il n’est pas arrivé au pouvoir par un vol d’Air Afrique. Allusion à certains tchadiens de la diaspora qui ont cru à son discours sur la démocratie et les libertés et sont rentrés au bercail pour renforcer l’Etat de droit. Ils ont vite déchanté. Il y a quelques jours, nous met- tons en ligne l’interview d’un haut fonctionnaire du ministère des affaires étrangères refugié en France depuis le mois de septembre 2013, son récit sur la situation politique, économique et sécuritaire du pays est pathétique. L’opposition politique n’a pratiquement aucun espoir pour une alternance démocratique au Tchad.

 

Que peut, ou mieux, que doit faire l’opposition tchadienne pour une transition dans votre pays ?


L’opposition est totalement désarmée face au système mafieux et brutal de Deby. La justice n’existe pas et cela contribue à la répression de toute voix discordante dans la plus grande impunité. Que vous soyez journaliste, avocat, enseignant, homme d’affaire, député, etc., vous n’échappez pas à la pieuvre des Itno. Les chancelleries restent muettes, la France couvre ces dérives criminelles à travers ses médias françafricains, ses coopérants et surtout ses agents spéciaux et les forces françaises stationnées au Tchad. En 23 ans de multipartisme, Idriss Deby a grillé 3 mandats présidentiels de 5 ans, il a fait sauter le verrou constitutionnel qui limite le nombre de mandats et s’est présenté en 2011 pour la 4ème fois. Il ne fait aucun doute qu’à ce rythme, il sera élu démocratique- ment durant 42 ans comme feu Omar Bongo. Plus grave, la République cède progressivement la place à la monarchie. Le clan Itno s’est accaparé de tous les postes sécuritaires et à ressources financières de l’Etat. La situation est tellement désespérante que l’opposition démocratique se retourne vers la rébellion armée pour espérer un changement de pouvoir au Tchad. Dans un passé récent, plusieurs tentatives ont eu lieu pour former un front commun. Mais c’est sans compter avec la puissante Libye de Kadhafi et de la France, parrains du régime Deby, qui ont tout manœuvré pour empêcher la chute du régime impopulaire de Deby. Mais l’espoir est toujours permis car l’opposition politico-militaire se reconstitue au Nord du Tchad à la frontière libyenne. Le MACT (Mouvement d’Action pour le Changement au Tchad) du Dr Ali Ordjo HEMCHI s’agrandit chaque jour. La semaine passée, le Rédacteur en chef du journal l’Observateur au Tchad a été interpellé par la police politique (ANS) et incarcéré pour avoir publié un article sur le bruit de bottes dans le Tibesti. Le pays est sous tension et il suffit d’une brindille pour que le régime Deby brûle des 4 coins du Tchad. Les gesticulations au Mali et en RCA ne trompent que leurs auteurs. Les tchadiens savent de quoi je parle.


On en sait peu ou presque rien sur le quotidien du citoyen ordinaire à l’intérieur du Tchad. Vous nous en parlez ?


Le Tchad est riche de par son histoire, de sa diversité culturelle, de son sous-sol, de ses ressources humaines, un véritable carrefour où tout est possible. Malheureuse- ment, il est administré par des incompétents et des apatrides. Le régime Deby encourage la division, l’incompétence, le griotisme, le détournement de deniers publics, l’impunité, la dépravation des mœurs, etc. Le viol est utilisé comme une arme politique, le clanisme est encouragé, l’injustice sociale, l’insécurité, le clientélisme, ne peuvent qu’engendrer une misère noire. Face à tout cela, le citoyen ordinaire à l’intérieur du Tchad est désarmé, il souffre et vivote dans un environnement transformé en jungle. Un pays où il n’y a pas d’eau potable, pas d’électricité, les hôpitaux sont dans un état piteux, l’inflation zigzague à volonté des commerçants véreux, l’administration est toujours aux méthodes rudimentaires, l’école s’écroule (bac 2013 à 7,5), les affaires plombent sous le faix de la corruption et du clientélisme. Malgré les milliards des revenus pétroliers, l’Etat ne recrute plus, les entreprises ferment et les investisseurs zappent le Tchad et le chômage frappe de plein fouet les jeunes.


En marge de la toute dernière Assemblée Générale de l’ONU, vous avez organisé une marche devant le siège de l’ONU à New-York. Pourquoi cette marche précisément à ce moment-là ? Et quel bilan en faites-vous ?


L’Assemblée Générale de l’ONU est un grand événement, très médiatisé où un nombre important de dirigeants (présidents, chefs de gouvernement, patrons des organisations non-gouvernementales, etc.) y prennent part. C’est donc une immense opportunité pour nous de manifester pour attirer l’attention du monde entier sur la situation apocalyptique du Tchad de Deby. Crier haut et fort tous les maux du régime Deby que j’ai décrit ci- haut. Nous avons réussi à passer notre message à travers cette historique journée. Un message que le peuple américain a pu lire et comprendre, à savoir notre protestation contre le régime MPS et le Gouvernement incompétents d’Idriss Deby, contre sa gestion clanique de l’État et sa diplomatie corruptrice qui ternissent l’image et l’honneur du Tchad sur le plan international. Notre satisfaction a été to- tale, et nous marquerons à tout jamais cette journée d’une belle pierre blanche, car elle restera la journée historique de la contestation contre la dictature, la corruption, l’enrichissement illicite, les tortures et les éliminations physiques au Tchad.


Pendant votre marche, on vous a entendu parler de la crise en RCA. Pourquoi ?



Le peuple centrafricain est un peuple frère, un peuple avec qui nous partageons un certain nombre d’ethnies, de cultures, etc. Il y a des tchadiens qui vivent en Centrafrique depuis la nuit des temps tout comme des centrafricains qui vivent au Tchad. Aujourd’hui, nous relevons que nos compatriotes sont en insécurité et victimes même des violences politiques. Nous sommes très inquiets. Le régime d’Idriss Deby s’ingère de manière absolu- ment inacceptable dans les affaires intérieures de la RCA. De feu le Président Patassé à Bozizé, Deby a pris un malin plaisir à défaire les chefs d’Etat Centrafricain. Nous dénonçons cela car les Tchadiens sont opposés à ces pratiques de banditisme d’Etat. La France doit remettre Deby à sa place, la RCA a le droit de vivre en paix et dans la prospérité.


Vous dites détenir des preuves qui accablent Idriss Déby comme le parrain des rebelles et du nouveau régime en RCA? Pouvez-vous nous donner des noms par exemple ?


Le dictateur Idriss Deby a commencé son plan de déstabilisation de la Centrafrique depuis longtemps. Je ne vous apprends rien en vous disant que la rébellion de Bozizé est partie de N’Djamena : armée, financée et accompagnée par des soldats tchadiens pour renverser
le défunt Président Ange Félix Patassé. Bien entendu, la France était complice. Puis ce fut le tour du Président Bozizé et demain Djotodia ou son successeur. Tout cela doit s’arrêter.

Avec Deby, l’armée tchadienne est devenue une armée de mercenaires sauvages qui écrasent sans raison les autres peuples. On l’a vu en RDC, au Congo, au Darfour, en Libye, au Mali et en RCA. Cela n’a jamais existé sous ses prédécesseurs. C’est un secret de polichinelle qu’une division de l’armée tchadienne lourdement armée se trouve en RCA aux cotés de la Séléka. Selon mes correspondants en Centrafrique, c’est le Commandant Bahr Sinine Bokhit, neveu du dictateur Idriss Deby, qui est à la tête de cette division de 3.000 hommes.

 

 

« Le dictateur Idriss Deby a commencé son plan de déstabilisation de la Centrafrique depuis longtemps. Je ne vous apprends rien en vous disant que la rébellion de Bozizé est partie de N’Djamena : armée, financée et accompagnée par des soldats tchadiens pour renverser le défunt Président Ange Félix Patassé. »

 

Qu’est ce qui, selon vous, justifie l’implication d’Idriss Déby dans la crise en RCA, alors qu’il était un homme calme quand le Darfour et ensuite la Libye de Kadhafi brûlaient ?


Je pense que vous êtes sous informés sur la crise du Darfour et sur la fin tragique du Colonel Kadhafi. Les 18 mouvements armés qui saignent et brûlent les villages du Darfour sont financés, armés, équipés, nourris et soignés par le régime Deby. Les Etats-Unis et les Européens fermaient les yeux sur ce génocide imputé uniquement au régime d’El Béchir juste pour mettre la pression et obtenir la partition du Soudan. Une fois l’indépendance du Sud Soudan acquise, les réfugiés ont été abandonnés à leur triste sort, les médias ont fermé leurs micros, les stars (Angélina Joli, Georges Clooney et même Obama !) ont cessé leur pèlerinage dans les camps de réfugiés des Darfouri à l’Est du Tchad. En réponse à ce soutien multiforme de Deby aux rebelles de Darfour, le Soudan a dû alors armer les rébellions tchadiennes de l’Est, qui ont failli renverser Deby en février 2008 n’eût été l’intervention militaire de la France. Après cet échec, les deux pays se sont rapprochés et ont décidé de cesser tout soutien militaire à leurs rébellions respectives. Le Soudan expulsa les chefs rebelles tchadiens et désarma les combattants. Tandis que Deby expulse vers la Libye le Dr. Khalil Ibrahim et l’élimine plus tard par un bombardement de l’aviation tchadienne. Le tout est joué avec la bénédiction des puissances occidentales. Quand à la Libye de Kadhafi, c’est un allié sur du régime Deby. Kadhafi a tout donné, tout fait pour Deby qui a réussi à chasser le Président Hissein Habré, celui- là qui empêchait le Guide Libyen de dormir. Lorsque la CNT se révolte contre Kadhafi, malgré l’intervention de l’OTAN, Deby a dépêché près de 3.000 soldats tchadiens se battre auprès des hommes de Kadhafi. Plusieurs sont morts ou faits prisonniers. Sur You-tube, vous pouvez voir des vidéos montrant des soldats tchadiens avec leur pièce d’identité. Pour la RCA, il s’est trouvé que beaucoup de rebelles tchadiens chassés du Soudan sont intégrés dans les rangs de la Séléka. Bozizé étant un fidèle de Deby, sa chute positionnerait de facto un régime contre le Tchad. Deby constatant la fin du régime Bozizé, change de camp et négocie avec la Séléka qu’il aide à en finir avec son frère et ami Bozizé.

 

On a aussi vu récemment l’armée tchadienne batailler au Mali. Le Tchad a t-il vraiment une armée capable de faire au- tant de guerres à la fois ? Que vise Idriss Déby en se lançant tant de combats ?


Je dois dire que l’aventure malienne n’est pas une opération militaire majeure pour l’armée de Deby. Les chasseurs français ont considérablement éliminé la force de frappe des djihadistes dans les montagnes maliennes avant que les soldats de Deby aillent les sortir des trous. Certes, c’était une opération difficile, la preuve : les français, les maliens et autres forces de la CE- DEAO ont refusé de s’y aventurer. Saluons ici le courage des fils du Tchad. Idriss Deby est à la recherche effrénée d’une notoriété internationale qu’il n’a réussi à forger en 23 ans de règne sans partage. Son bilan est un tableau noir. Toutes les institutions financières internationales classent le Tchad parmi les derniers pays en matière de développement. Le rapport 2013 Mo Ibrahim publié il y a quelques jours a classé le Tchad à la 51ème/52 position juste devant la Somalie qui n’est plus un Etat depuis 20 ans. C’est ça le régime Deby !


Il faut donc faire du tintamarre pour ca- cher tout cet échec. Au Mali, c’est 57 mil- liards de francs CFA dépensés au frais des contribuables tchadiens. Pourquoi ?

L’autre face cachée de cet engagement épi- dermique chez Deby (le Bob Denard de la françafrique), c’est la peur bleue d’une armée qu’il a divisée en mille morceaux et prête à le lâcher à la moindre occasion comme en 2005. Vous comprenez qu’au Tchad, il y a deux armées : la garde présidentielle (15.000 hommes, dotés d’un arsenal modernes et puissants, bien nourris et bien payés) et le reste qui survie et expédiée aux quatre coins de l’Afrique.


Il se murmure que la France fait du lobbying pour l’entrée du Tchad au sein du Conseil de Sécurité de l’ONU comme membre non permanent. Un motif de fierté tout de même pour vous ?


Une fierté ? Je ne sais pas franchement ce que ça va changer pour le Tchad. Est-ce que le clan Itno va cesser de kidnapper et
violer des jeunes tchadiennes sans défense ? Est-ce que l’insécurité entretenue va se stopper ? Est-ce que les denrées de premières nécessités seront contrôlées ? Est- ce que l’eau va couler dans nos robinets ? Est-ce qu’il y aura de l’électricité dans notre capitale où la température à l’ombre frôle le 50°c ? Est-ce que le clientélisme sera banni ? Est-ce que les détourneurs des deniers publics connus seront arrêtés et jugés ? Est-ce que les jeunes diplômés chômeurs trouveront du travail ? Je peux continuer encore et encore à vous lister les containers des maux qui attendent le Sul- tan Général Président Idriss Deby Itno. Le quotidien du citoyen ordinaire à l’intérieur du Tchad n’en a cure ce fameux poste de membre non permanent au sein du Conseil de Sécurité de l’ONU. Et puis, c’est faux de dire que la France a fait du lobbying pour le Tchad. La vérité est la suivante : il y avait deux postes pour trois candidats : le Nigéria, le Sénégal et le Tchad. Face à ces deux géants, le Tchad n’avait aucune chance. Mais l’argent a encore joué. Le Sénégal de Macky Sall a vendu sa place au Tchad. C’est le Ministre des affaires étrangères Mankeur Ndiaye qui est allé seul rencontrer Deby à son village (900 Kms de la capitale, genre Gbadolite de l’ère Mobutu) pour négocier le désistement du Sénégal. Finalement, il y avait 2 postes pour 2 candidats. Qui ne passerait pas ?


On ne peut ne pas demander votre senti- ment sur les déboires judiciaires qui sont du lot de Hissein Habré actuellement.


C’est dommage que tout le monde accepte que ce soit Habré seul qui soit sur le banc des accusés. Qui ignore que Deby et bien d’autres étaient ses collaborateurs ? Et où sont passés les adversaires de Habré ? On doit s’interroger si Habré a fait la guerre tout seul ? Nous suivons de très près ce qui se passe dans cette affaire à Dakar dans ces chambres à Fric et Haine. Je vous rappelle que d’éminents juristes sénégalais ont dénoncé ce Tribunal et l’ont qualifié d’anticonstitutionnel. Les avocats de l’ex-Président Habré ont saisi le Conseil Constitutionnel qui doit se prononcer normalement avant la fin de ce mois d’octobre 2013. Je rappelle aussi l’Arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO du 18 novembre 2010 qui a interdit au Sénégal d’organiser un procès sur cette affaire qui, faut-il encore le rappeler, a été déjà jugée par les plus hautes juridictions sénégalaises. L’autorité de la chose jugée impose au Sénégal de fermer définitivement ce dossier. Mais hélas, on s’entête à violer les décisions de justice pour des raisons éminemment politiques et affairistes. Des chambres africaines qui fonctionnent avec l’argent d’Idriss Deby, de la France et de la Belgique, tous des ennemis de Habré, il faut vraiment être Sénégalais pour le faire ! Les Tchadiens ne sont pas dupes de ces manoeuvres politiques couvertes du manteau de la justice. Ils le feront savoir tôt ou tard car présentement parler de l’affaire Habré au Tchad équivaut à une tentative de coup d’Etat. HRW, Amnesty, FIDH et leurs succursales la Raddho, la LTDH ne pipent mot sur les crimes du régime Deby et les autres régimes (Tombalbaye, Félix Malloum, Goukouni). Leur silence est coupable et leur ôte toute crédibilité. Ces mêmes ONG de droits de l’homme qui, durant 13 ans, ont crié sous tous les toits qu’il y a 40.000 morts, 200.000 cas de tortures, etc., à l’arrivée, on ne voit rien ! Les Juges des chambres africaines se sont rendus à N’Djamena durant le mois de septembre 2013, ils ont passé leur temps à enregistrer des plaintes. On se demande alors sur quelle base le Président a été enlevé de chez lui, inculpé et incarcéré depuis le 30 juin 2013 ? La défense du Président Habré a toujours gagné et je suis confiant qu’elle triomphera encore et toujours. Dieu est grand.


Interview réalisée par Célestin Ngoa Balla,

à New York

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