La convocation du président des transformateurs au tribunal sonne très fausse et inappropriée, au moment même de la poursuite du dialogue national inclusif, et surtout pendant qu’un comité de sages et aînés mène une médiation entre les deux parties.

Quoiqu’on ne soit pas d’accord avec les propos de Succès Masra et le non-respect d’une certaine autorisation de manifester, le gouvernement de la transition ne doit pas tomber dans le piège de la provocation. Succès Masra est dans son rôle d’opposant politique cherchant la voie de la reconnaissance politique nationale et internationale. Sur le seuil des invectives envers le régime en place, quiconque lui donnera raison quand il évoque l’injustice sociale et la mauvaise gouvernance.

Le changement politique… tous les Tchadiens dans leur immense majorité veulent ce changement qui puisse gommer les précarités et le sous-développement qui se sont installés au Tchad depuis plusieurs décennies.

Succès Masra et les transformateurs ont usé de malices en trouvant les failles dans les antres du régime en place, sachant pertinemment qu’il leur faut installer une tribune, une réaction, pour avoir en face une répression policière brutale faisant parlé, et les présenter en victimes. C’est ce qui fut fait.

Dans la vague des réactions, ceux qui veulent saboter tout processus que met en place le président de la transition s’engouffrent, à l’exemple des forces de l’ordre envoyer encercler le siège des transformateurs, sans que le ministre de la Sécurité ne donne ses instructions, encore moins l’intervention sanglante du jour où le président des transformateurs devrait se rendre au tribunal. Ni le président de transition ne l’avait voulu ni les instructions du ministre de la Sécurité. Des erreurs que la démocratie ne pardonne pas. Le président de Transition doit taper sur la table et montrer son autorité face à ceux qui outre passent les décisions, car son autorité pourrait être prise en jeu.

Comportement et légitimation des faits.

En cherchant à étouffer les transformateurs, le pouvoir lui donne une légitimité croissante. Il n’y a pas lieu d’aller encercler et mater les transformateurs dès qu’ils commencent par s’exprimer. Ces seuls faits mettent en avant ce parti politique, et le rend victime aux yeux d’une certaine opinion nationale et à l’international.

En démocratie, pour annihiler une concurrence politique, on lui oppose les mêmes faits. Idées contre idées, slogans politiques opposés aux paroles employées. Et croyez-nous, les idées et les hommes existent.

Toutefois, il n’est pas tolérable de tirer à balle réelle sur une population qui manifeste pacifiquement, même si celle-ci ne respecte pas la loi. Une force de l’ordre doit être au service de sa population et des institutions.

Pas d’accord avec Succès Masra et les relents de division.

Mr Masra n’est pas un messie même si ses thèmes reprennent des mots puisés sur des jargons proches de l’église, « la terre promise, l’arc-en-ciel, Dieu et son épée, le plus fort nous conduira lui-même dans les sentiers de justice à cause de son nom, etc. Là chacun fait son analyse, même s’il dit vrai en reprenant les termes sur l’injustice sociale qui émeut toute population.

Là où les termes deviennent dangereux, c’est quand il évoque le divorce, la division et la scission du Tchad en deux parties. Cela n’est point tolérable, car s’il y a injustice, elle est constatée sur l’ensemble de nos concitoyens dans toutes les régions du pays. Cette injustice s’y est installée à géométrie variable dans toutes les régions du pays avec l’évidence constatée. Mais dire et vouloir faire penser que cette injustice est seulement envers une communauté nommée cela sonne faux, et ne donne pas à Succès Masra la dimension du président qu’il veut être. Il n’a pas à choisir entre une partie du Tchad contre une autre.

La ligne rouge pour beaucoup de Tchadiens est ce souffle qu’on veut imposer sur une division nord-sud. S’il y des adeptes de cette pensée, il y a aussi d’autres, plus majoritaires, qui ne le permettraient pas. Où commence le sud pour finir où, par rapport à quel nord ? Est ou Ouest ?

De combien d’unions métissées sont nées des frères et sœurs venant des parties que l’on veuille diviser ? Les relents politiques qui surfent sur la division et la scission ne prennent pas en compte plusieurs conjonctures sociales.

Si la mauvaise gestion du pays est décriée, elle s’est faite entre et avec toutes les communautés du pays, y compris des frères et sœurs de la zone méridionale qui sont aussi à l’index de l’enrichissement illicite, des détournements et de la mauvaise gouvernance. Alors pourquoi veuille-t-on diviser le Tchad au lieu de se battre contre les précarités établies et l’injustice constatée ?

Les slogans politiques de Succès Masra doivent épouser la défense des Tchadiens dans leur ensemble, mais pas faire de la politique une personnification communautaire et régionale. L’étoffe d’un homme d’État passe par là, s’il voulait que l’ensemble des Tchadiens se reconnaissent en lui comme un leader national, pas seulement celui de la zone méridionale. Hélas là-dessus on le retrouve plus proche qu’un Salva Kiir et ses aveux évangéliste et divisionniste, que de John Garang qui a un discours unioniste.

Respect des lois et sanctions

Si les manifestants ont été réprimés parce qu’ils n’ont pas respecté la loi, ceux qui sont passés outre les instructions du président de transition, et celui du ministre de la Sécurité doivent être aussi relevés de leur fonction et traduits devant les juridictions nationales.

Ceux-ci contribuent à des manœuvres politiques en sabotant le processus de dialogue en cours, et font tout pour mettre en échec les ambitions de réussite du PCMT en personne. Ce dernier doit être au-dessus de la mêlée et traduire en justice toute personne qui s’écarterait de la vision du dialogue en cours. Le président de la transition est le garant de la Transition et du dialogue, et ne doit pas laisser passer les perturbateurs et les provocateurs d’où qu’ils viennent.

Ceux qui sont tapis dans l’ombre, dont le seul but est l’enrichissement personnel et l’échec de la transition, sont nombreux et perspicaces. Conseillers spéciaux, fonctionnaires de l’ancien régime en place, officiers ne voulant pas perdre le petit confort, tous font feu de tout bois pour casser la dynamique du dialogue et du changement. Il y a clairement une bonne entité de personne qui travaille dans l’ombre pour que la situation brûle totalement, et compte soit prendre le pouvoir en disqualifiant le PCMT, ou encore de l’autre côté faire pourrir la situation et compter sur l’opinion internationale pour prendre en main la situation. La même communauté internationale aujourd’hui donneuse de leçons, hier accompagnant toute dictature au 1er rang, contre ce même peuple.

Réseaux et Médias des collines

Une certaine presse en ligne ou dans les réseaux doit faire attention à tout ce qu’elle écrit. Les prises de position sont normales, mais la désinformation est très dangereuse. La remarque envers certains médias indexés est clairement définie. Ami la nuit, et le jour dans la démence de position équilibriste. D’ailleurs, un mensonge vient d’être démenti par la conférence épiscopale à l’endroit d’un blogueur sulfureux qui aime à souffler en permanence sur la braise nord-sud, tout comme certains de la place qui s’amusent à faire cahin cahan. Parce qu’en voulant mettre en avant l’église, on voudrait faire croire à une certaine prise de position qui embrasse une opinion communautaire méridionale et religieuse. Le Tchad est un état laïc comme nous le disons tous, et les religions doivent se tenir à une certaine distance de la politique.

Il est temps que le balai de l’assainissement commence à balayer tout esprit rétrograde empêchant cette nouvelle ère.

Tchadanthropus-tribune

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