Communication, justice, lobbying, ligne politique… Le candidat à la présidentielle s’est entouré de femmes et d’hommes qui lui ouvrent leur carnet d’adresses et le conseillent sur sa stratégie.

« Sa candidature a certainement dérangé les plans de la communauté internationale pour la Libye », confie Anas el-Gomati, directeur du think tank libyen Sadeq Institute. C’est peu dire que le retour politique du fils de Mouammar Kadhafi en novembre dernier a fait l’effet d’une bombe en Libye, certains interprétant même le report de l’élection présidentielle initialement prévue le 24 décembre comme un effet de cette nouvelle donne.

Sa candidature, déclarée le 14 novembre, n’a d’ailleurs pas tardé à donner lieu à un bras de fer avec Khalifa Haftar, avec qui il se dispute peu ou prou le même électorat, celui des Libyens soucieux de la restauration de l’ordre après dix ans de chaos.

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« Seif el-Islam Kadhafi bénéficie d’une authentique popularité, même si les révolutionnaires n’ont pas oublié son rôle dans la répression en 2011″, explique encore Anas-el-Gomati.

Ailleurs sur le continent, en particulier en Afrique subsaharienne, le nom des Kadhafi reste auréolé d’un vague prestige panafricaniste, et l’annonce du retour de Seif a rencontré un évident enthousiasme.

Il a d’ailleurs, via plusieurs émissaires, commencé à rétablir des contacts avec des chefs d’État africains. Qui sont les femmes et les hommes qui mettent aujourd’hui leurs réseaux au service de Seif el-Islam ? Qui sont ses conseillers politiques les plus proches, ceux qui définiront sa politique si d’aventure il parvenait au pouvoir ?Âgé de 69 ans et très discret, le directeur du bureau politique de Seif el-Islam était déjà aux affaires sous le règne de Mouammar Kadhafi.

Doyen de la faculté d’ingénierie et d’architecture de Tripoli, il est originaire d’Al Jawsh, petite localité située en Tripolitaine, et issu de la petite tribu des Al-Sian qui s’était opposée à l’intervention militaire de la coalition internationale en 2011.

Mohamed Abou Aguila serait favorable à un renforcement de la relation avec la Russie

Technocrate pur jus avant de prendre la direction du bureau politique de Seif el-Islam Kadhafi, il a été ministre des Transports entre 2007 et 2009.

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Entre 2009 et 2010, il est nommé par le Premier ministre d’alors, Baghdadi El Mahmoudi, directeur général des projets d’infrastructures publiques, de logements, et de transports.

Il serait également favorable à un renforcement de la relation avec la Russie, qui a toujours conservé des contacts étroits avec les Kadhafi après 2011.

En contact direct avec Seif el-Islam Kadhafi et les membres de la famille, l’avocat libyen Khaled Al Zaidi, fidèle parmi les fidèles, bénéficie d’une réputation de travailleur sérieux.

C’est lui qui s’est exposé dans les médias lorsque des troupes loyales au maréchal Haftar ont tenté d’empêcher les juges de la cour de Sebha de statuer sur l’appel déposé par Seif el-Islam Kadhafi contre son exclusion de la course à la présidentielle libyenne.

Lui toujours qui, avec succès, a défendu la candidature de son client, finalement réadmis dans le processus électoral. Bénéficiant de la confiance de Seif el-Islam, il a su se faire une place entre la pléthore de conseils qui ont proposé leurs services au fils de l’ancien raïs.

C’est sans doute son passé avec la famille qui a joué, puisqu’il travaillait déjà pour les Kadhafi avant 2011 et la chute du régime. Parmi les avocats de Seif el-Islam, il est chargé de le défendre auprès des tribunaux libyens.

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Il estime ainsi que, même s’il a été condamné en 2015 par un tribunal de Tripoli, Seif el-Islam Kadhafi est libre depuis la loi d’amnistie votée à la Chambre des représentants.GR Maquette JA copie-06Cette Française d’origine irakienne connaît la famille Kadhafi de longue date. En particulier Ahmed Kadhaf al-Dam, le cousin de Mouammar Kadhafi qui vit au Caire, et qu’elle a rencontré lors de ses années d’études.

Souha al bedri veut valoriser l’image d’un Seïf el-islam Kadhafi réformiste et rappelle son rôle dans la libération des infirmières bulgares.

 

Passée par le Centre d’étude prospective et stratégique de Paris, elle est contactée en 2019 par Mohamed El Ghadi, un émissaire de Seif el-Islam et par le Conseil des tribus et des villes, organe kadhafiste, afin de mettre son réseau au service du futur candidat.

Elle a ainsi été chargée de créer des bureaux en Europe – en France, en Italie et en Espagne – à Washington ainsi qu’en Afrique – à Dakar et Abidjan – pour établir des contacts avec les autorités locales et valoriser l’image d’un Seif el-Islam Kadhafi réformiste, en rappelant notamment son rôle dans la libération des infirmières bulgares en 2007.

À Madrid, c’est Hassan Anan, l’ancien directeur du protocole de Saadi Kadhafi, qui dirige par exemple le bureau. Elle qui a été du voyage de Kadhafi à Paris en 2007 admet que « les portes en France étaient fermées » en 2019. Elle a depuis noué des contacts avec des parlementaires français.

Au service pendant 15 ans du prince saoudien Sultan Ben Abdulaziz, dont elle coordonnait les voyages et l’organisation des activités, elle a quitté ce poste lors de l’éclatement de la première guerre du Golfe (1991), en solidarité avec son pays d’origine, et avait alors créé une structure de lobbying nommée « La Maison de la Mésopotamie ».

Cet homme d’affaires franco-algérien aux multiples casquettes est devenu le conseiller spécial de Seif el-Islam Kadhafi en septembre, dans la foulée de l’annonce de son retour politique. Tayeb Benabderrahmane tisse sa toile sur le continent depuis quelques années et s’est investi dans le dossier libyen, organisant par exemple la venue du maréchal Haftar à Brazzaville en 2017, ou encore celle du président Mohammed El Menfi en juillet dernier, toujours dans la capitale congolaise où il a ses habitudes. Un temps proche du Qatar, il a depuis pris ses distances avec le petit émirat.

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Il est particulièrement bien introduit en Afrique de l’Ouest, notamment en Guinée. Réputé proche des anciennes ministres françaises Yamina Benguigui et Rachida Dati, il a d’abord prospéré dans la logistique, le transport routier et le BTP au sein du groupe guinéen F2B, auquel il est associé.

Très jeune, au début des années 2000, il croise la route de Souaibou Cissé. L’ex-ambassadeur de Guinée-équatoriale en France et conseiller influent du chef de l’État Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, depuis reconverti dans le lobbying, l’introduit auprès de personnalités du continent.

Il a fondé Le Club géopolitique en 2016, un think thank consacré aux enjeux géopolitiques et stratégiques qui va lui permettre d’établir de nouvelles connexions.GR Maquette JALe socialiste franco-sénégalais a lui aussi intégré l’équipe des promoteurs de Seif el-Islam Kadhafi sur le continent. Il rappelle qu’il s’est toujours opposé à la guerre en 2011. Il a ensuite un temps gravité autour du maréchal Haftar avant de prendre résolument le parti de Seif el-Islam, « le seul qui peut unifier et pacifier la Libye ».

C’est lui qui a créé le comité de soutien à la candidature de Seif el-Islam Kadhafi, et qui a tenu une conférence de presse en la présence de Tayeb Benabderrahmane à Dakar en décembre 2021.

Doté d’un réseau sur le continent, qu’il a un temps mis au service de l’ex-président français François Hollande durant la campagne de 2012, il a pour mission d’expliquer aux présidents africains de sa connaissance, dont Denis Sassou Nguesso, Macky Sall, Umaro Sissoco Embaló et Faure Essozimna Gnassingbé « qu’il faut soutenir une élection transparente en Libye ». Et, bien sûr, que seul Seif el-Islam peut la remporter.

Jeune Afrique

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