Des citoyens ont bravé samedi dernier l’interdiction de la marche intitulée « marche pacifique du peuple, de l’inclusion et de l’alternance » par le ministre de la Sécurité et initiée par le parti, les transformateurs et la société civile et adoubé par les autres partis politiques démocratiques.

Des citoyens en majorité des jeunes ont manifesté dans plusieurs quartiers de la capitale dans une atmosphère de tension avec la réplique de la police immédiatement. Plusieurs arrestations ont été observées sur place à N’Djamena et en province.

Des citoyens ont répondu ce matin à l’appel de la marche pacifique dite marche du Peuple, de l’inclusion et de l’alternance à travers quelques quartiers de N’Djamena. La tension était électrique la capitale tchadienne où pour la 1re fois une sortie de cette dimension est constatée.

Le coup d’envoi de la marche était donné à Farcha dans la commune du 1er arrondissement dès 6 h du matin devant les forces de l’ordre qui ne sont pas intervenues, laissant passer les jeunes, suivi plus tard par des sorties massives dans les quartiers de Gassi, Kamnda, Walia et autres quartiers sud de la capitale.

Des jeunes sortis dans ces quartiers brandissent des banderoles et des pancartes où on peut lire « Déby dégage » ou encore « non à l’exclusion, non à l’injustice, 30 ans de règne ça suffit, nous voulons l’alternance politique » scandaient en chœur tous ces jeunes.

Non au 6e mandat

Dans les quartiers Chagoua, Walia, Habena, les manifestants ont été violemment réprimés et asphyxiés par le gaz lacrymogène de la police qui visait certaines têtes de groupes de jeunes, comme pour casser les têtes pensantes de la manifestation.

Le président du Parti, les Transformateurs, Succès Masra avec quelques militants et leaders de la société civile ont été réprimés par les forces de sécurité à forte dose de gaz lacrymogène non loin de l’Ambassade des États-Unis. Pour échapper à la police lancée à leur trousse pour les arrêtés, ils se sont réfugiés dans l’enceinte de l’ambassade des USA. Par contre, Mahamat Nour Ibedou, secrétaire général de l’association des droits de l’homme CTDDH qui faisait partie aussi de ce groupe a été arrêté avec d’autres marcheurs, juste au moment où il tentait d’entrer eux aussi à l’ambassade des USA à N’Djamena.

Les arrestations de la police

De son côté le porte-parole de la police nationale, Paul Manga confirme l’interpellation par la police de quelques manifestants dont Mahamat Nour Ibedou et la trésorière des transformateurs Mme Fatimé Soumaïla.

Faisant langue de bois, et faisant le bilan partiel des marches, qu’il qualifie de sporadiques dans une mauvaise foi comme toujours, Paul Manga fait état des véhicules de la police endommagés, des policiers blessés et autres actes de vandalisme posés par les manifestants. Une stratégie connue du régime qui cherche dès à présent collée des motifs d’étiquettes afin de condamner les manifestants arrêtés.

Ces individus qui sont entre les mains de la police seront confiés à la justice pour répondre de leurs actes a indiqué Paul Manga qui précise que les manifestants ont violé l’ambassade des USA en forçant leur entrée dans l’enceinte d’un bâtiment diplomatique, alors que Succès Masra et ses camarades ont reçu sans aucune brutalité l’hospitalité du personnel sécuritaire de ladite ambassade.

Les diverses réactions

La convention tchadienne de Défense des Droits de l’Homme dénonce l’arrestation à la porte d’entrée de l’ambassade des États-Unis de son secrétaire général Mahamat Nour Ahmat Ibedou et plusieurs autres compatriotes, et leur transfert aux services de Renseignements généraux. Pourtant affirme le communiqué, ces manifestants ont exercé pacifiquement leur droit de manifester garanti par la constitution du pays.

La CTDDH souligne par ailleurs que le soutien qu’elle qualifie d’aveugle de la France au pouvoir tchadien au nom de la lutte contre le terrorisme porte gravement atteinte aux droits et libertés fondamentales de l’homme surtout avec l’enlèvement et disparition du professeur Ibni Oumar Mahamat Saleh Secrétaire général du PLD.

La CTDDH dit prendre le gouvernement pour responsable de tout ce qui adviendra et exige la libération immédiate des manifestants arrêtés.

Le président de l’UNDR Saleh Kebzabo affirme de son côté que « le pays attend de vraies solutions. Sinon ce sera l’explosion ».

Le président du parti UNDR et député Saleh Kebzabo, a exprimé son soutien sans faille aux manifestations pacifiques des citoyens, au lendemain de la marche initiée par Les Transformateurs et la société civile à N’Djamena pour protester contre l’investiture à l’élection présidentielle d’Idriss Deby.

« Je condamne fermement la répression par les armes. Le pays attend de vraies solutions. Sinon ce sera l’explosion. Soyons prêts », a déclaré Saleh Kebzabo dans un message posté sur ses comptes Twitter et Facebook.La Police nationale dans sa répression quotidienne a annoncé l’arrestation de plusieurs personnes pour troubles à l’ordre public, atteinte à l’intégrité physique des agents et destruction des biens publics.

Succès Masra dans l’enceinte de l’ambassade des États-Unis à N’Djamena.

Depuis l’ambassade des États-Unis d’Amérique, dans un message posté sur Twitter dimanche matin, Succès Massa a exigé « la libération de tous les marcheurs arrêtés parce qu’ils exerçaient un droit constitutionnel, un droit humain ». Il salue l’engagement patriotique des Tchadiens et exige la libération immédiate et sans conditions des manifestants arrêtés hier lors de la marche.

Parallèlement à la marche de leurs compatriotes à N’Djamena, les Tchadiens de la diaspora ont aussi répondu à l’appel de la marche intitulée « Marche pacifique du peuple, de l’inclusion et de l’alternance » initiée par le Consensus d’Actions républicaines de Progrès, un mouvement qui regroupe des partis politiques et la société civile. À Paris, ils étaient plus de 250 personnes devant une place devant l’ambassade du Tchad baptisée pour la circonstance la place Ibni Oumar Mahamat Saleh. D’autres manifestations des Tchadiens aux USA, à Yaoundé, Congo-Brazzaville, au Gabon et ailleurs ont été aussi perçues.

Dans les réseaux sociaux apparaissent des vidéos et images des manifestants, des jeunes, des femmes, et enfants qui réclament la justice, l’inclusion et l’alternance.

Cette marche est une grande première et un signal fort pour les dirigeants de ce pays qui gouvernent dans l’injustice sociale pendant plusieurs décennies.

Toutes ces marches se sont passées au moment où Idriss Déby se faisait investir par son parti MPS pour briguer un 6e mandat après 30 années de pouvoir et face au constat amer d’un Tchad dernier sur tous les plans. D’ailleurs, Idriss Deby a reconnu lui-même pendant sa désignation qu’il n’a pas pu réussir à mettre en œuvre totalement son programme quinquennal, évoquant des imprévus liés notamment au terrorisme et à la pandémie. Une dérobade honteuse quand on sait la mauvaise foi qui l’habite toujours.

D’après Idriss Déby, les attentes du peuple sont de plus en plus nombreuses et légitimes. Il a imploré Dieu de l’aider à être à la hauteur de la confiance placée en lui à la tête du pays. Ce qu’il oublie de dire, Dieu a été toujours là, mais c’est son incapacité d’homme d’État qui fait régresser le pays.

Tchadanthropus-tribune

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