Attention à la logique des va-t’en-guerre tchadiens !

Les temps ont changé et nous sommes la cible centrale d’une nouvelle géopolitique décrétée par les grandes puissances.

Pour vous rafraichir la mémoire :

1) Période des années 70 jusqu’à la chute de El Béchir et de Kadhafi : les régimes soudanais et libyens ont parrainé, soutenu, manipulé et instrumentalisé les mouvements armés nordistes, et influencé la gouvernance du Tchad, en accord avec la France ;

2) Durant la même période, les mouvements rebelles sudistes, n’ayant pas cette couverture permanente et efficace des pays voisins du Sud (Centrafrique et Cameroun) ont été contraints de se dissoudre et d’accepter les seconds rôles dans la citoyenneté et l’exercice de la gouvernance du Tchad ;

3) Puis, à cause du pétrole soudanais exploité par la Chine, les USA ont soutenu et obtenu la scission du Soudan du Sud, avec les John Garang, malgré la longue guerre civile soudanaise où l’instrumentation de la charia a été une terrible erreur historique du régime de Khartoum ;

4) La chute de Kadhafi et le partage de la Libye entre les puissances méditerranéennes et internationales, a lancé la déstabilisation de tout le Sahel par les groupes dit terroristes : la logique sécuritaire prime sur toutes les autres considérations supranationales (Boko Haram, G5 Sahel, MINUSMA) ;

5) Cette logique sécuritaire sera la baraka qui permettra au feu MIDI de pérenniser son pouvoir jusqu’à sa mort brutale ;

6) La montée en puissance de la Russie en Syrie, entérine définitivement la nouvelle donne du repartage des espaces stratégiques au Moyen-Orient et en Afrique : plus de pré carré !

7) Démonstration faite en Centrafrique où la France a échoué à faire émerger un vrai État gouvernable et où les supplétifs tchado-soudanais, pompeusement appelés « rébellions centrafricaines », écument ce pays sans défense ;

8) Excédés, les Centrafricains, à travers Touadera, vont commettre un crime de lèse-majesté envers la pesante tutelle française, en se tournant vers la Russie et le Rwanda : désormais, une nouvelle guerre de décolonisation a commencé en pleine zone CEMAC française !

9) Les éléments tchadiens seront constamment utilisés, pour tenter de rétablir les pions pro-français au pouvoir à Bangui, mais la Russie n’est pas venue pour des vacances. Les Russes aiment autant les diamants que les Français (cf. Itw Mr Macron) !

10) Pendant ce temps, la stratégie de stabilisation du Sahel menée par la France et ses alliés, est un échec et les éléments tchadiens sont obligés d’assurer la sécurité de plusieurs pays sahéliens, sans une vraie contrepartie profitable au pays sinon que de le saigner progressivement ! Le Tchad n’obtiendra pas l’effacement total de sa dette réclamée par feu le MIDI. Le traitement des éléments tchadiens d’interventions sur ces différents fronts extérieurs est plongé dans un flou dangereux et persistant. Les pays sahéliens et voisins bénéficiaires du sacrifice de la jeunesse tchadienne, n’accordent en retour rien de consistant !

11) La défaite de Haftar a favorisé l’offensive rebelle qui aura causé la mort du MIDI au front, cependant même contenu grâce à l’appui de la France, de telles offensives récidivistes sont possibles de la part des reliquats des rebelles-mercenaires tchadiens qui errent encore aux frontières Nord et nord-est du Tchad ;

12) L’arrivée du CMT au pouvoir, après l’effet de l’urgence, est en train de perdre ses arguments à l’épreuve des faits de gouvernance quotidienne observés, tendant au renforcement d’un pouvoir clanique anachronique, selon une frange importante de compatriotes mécontents.

13) Les gymnastiques de la France et de l’UA en faveur du CMT, sont mises en mal par le 2e coup d’État de la junte au Mali : cette junte ouvertement pro-russe, va faire basculer les rapports de force et les cartes dans tout le Sahel. Le vrai problème n’est plus la lutte contre les djihadistes, puisqu’une frange importante de la classe politique malienne en est proche. Il s’agit plutôt de l’opportunité de maintenir ou non tous les dispositifs sécuritaires (MINUSMA, G5 SAHEL, Barkhane) qui risquent de se piéger dans un bourbier inattendu ? Mr Macron, voyant le piège, tente d’anticiper en menaçant de retirer unilatéralement Barkhane.

14) Mais y-a-t-il une alternative pour la France et ses alliés au Sahel ? De Sanogo à Goita, il est difficile d’imaginer épurer l’armée malienne de ses officiers turbulents proches des anti-français ! Alors, le Tchad qui n’a aucune vision à moyen terme dans la gestion du Front sahélien, sinon que de livrer de la chair à canon pendant que les concernés se battent pour le pouvoir succulent, va-t-il attendre de sortir par la fenêtre ?

Le CMT doit rapidement anticiper, en définissant une stratégie véritablement tchadienne de l’implication de notre pays dans ces conflits d’intérêts à l’étranger (Par exemple, un accord bilatéral de défense directement avec le Mali ?)

15) Enfin, concernant les velléités sécessionnistes dans le sud du Tchad, il faut que les tenants du pouvoir actuel et les va-t’en-guerre réfléchissent plus que de bander les muscles. En effet, comme pour la scission du Soudan du Sud, aujourd’hui une sécession du Sud est possible car, grâce à la Russie, les mêmes facteurs dont avaient bénéficié les élites nordistes pour dominer, sont en place et pourraient favoriser rapidement une telle sécession du Sud du Tchad.

16) Le sentiment national n’est pas synonyme d’exclusion, de domination et de frustration mais plutôt de justice, d’égalité et de respect mutuel. La composition interne de l’armée et les différents fronts de menaces persistantes sur diverses frontières, interdisent l’idée fatale d’une répression systématique dans le sud du pays sous prétexte de velléités sécessionnistes. Ce serait une erreur fatale à très court terme que les Russes exploiteront aisément dans le contexte actuel de la guerre larvée d’influence avec la France dans le bassin du Lac Tchad !

17) Entre les luttes de survie au sein de la famille naturelle et de la famille politique du feu MIDI, les changements inattendus dans les stratégies sahéliennes des puissances, les conséquences du 2e putsch au Mali (avec le risque d’une anticipation du retrait des forces étrangères dont tchadiennes), le retour mal préparé de nos contingents expatriés (risques de contestation et d’implosion interne dans les FDS), de nouvelles tentatives d’infiltrations rebelles au nord et à l’est, une confrontation militaire inopportune avec la RCA et son protecteur russe, il y a urgence pour le CMT et la classe politique tchadienne de se ressaisir, de cesser avec les quoque filii, et à définir et engager rapidement un vrai dialogue inclusif salutaire !

Qu’on ne soit pas d’accord avec cette analyse, de toutes les manières ce sont les plats froids et amers que les barbouzes de tous poils sont en train de concocter sur le dos des Tchadiens émotifs et immatures. Que Le Seigneur nous en préserve !

À bon entendeur, salut !

Énoch Djondang

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