Difficile de ne pas se poser la question quand on entend ses sorties médiatiques sur le sujet. La preuve nous est donnée, une fois de plus, par la dernière conférence de presse du 25 février 2021. Dans le panel des intervenants, une question toute naïve mais directe, posée par le jeune journaliste de Tchad Info, un journal en ligne : « 60 ans d’indépendance et 30 ans de démocratie, le Tchad est l’un des pays qui trainent le pas dans le domaine sportif. Vous, en tant que tchadien, est ce que vous rêvez de voir un jour les SAO se qualifier en phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations. Si oui, cela est-il possible et dans combien de temps ».
 
Le rêve invoqué vise le football, sport qui peine à se frayer un chemin dans les compétitions africaines et internationales. Après avoir exprimé haut et fort son souhait, le Maréchal se lance dans des explications qui surprennent et laissent perplexe. Par respect, personne ne le contredira dans son rôle de président de la république, chef de l’état et chef du gouvernement. Mais dire que les jeunes ne s’intéressent pas au sport doit surprendre tous ceux qui passent tous les après-midis, un samedi ou dimanche, par la place de la nation, située devant la présidence. Ces passants regardent des jeunes de tous âges s’adonner à la pratique sportive, particulièrement au football.
 
Cet engouement on le trouve aussi dans tous les espaces libres, encore disponibles dans les arrondissements de Ndjamena, dans quelques cours d’établissements scolaires et dans les terrains vagues des campagnes. Vu l’absence de loisirs pouvant occuper le hors temps scolaire, rares sont les jeunes, voire des adultes quinquagénaires, qui ne se tournent pas vers la pratique sportive ou s’exercer à une activité physique de sport santé. Il est bien vrai que le Maréchal a toujours veillé à insérer dans chaque gouvernement un ministère chargé de la jeunesse et des sports, et crée un fonds national pour soutenir le développement et la promotion du sport. C’est tout à son honneur.
 
Cependant, au-delà de cet investissement constant, le bilan est malheureusement là. L’une des handicaps majeurs qui nécessite correction, c’est le fait d’avoir rendu, peut être sans le savoir, éphémère la fonction ministérielle à la tête de ce département par les incessants changements. Il en est de même des nominations ne tenant pas compte des besoins réels en personnel qualifié et du profil des personnes nommées. Alors que les postes techniques requièrent, une compétence et une expérience avérées dans le domaine des sports, et une parfaite connaissance du mouvement sportif national et international.
 
Les maux qui minent le sport tchadien sont connus de tous et décriés bien longtemps. Il est dommage que ces cris de détresses ne remontent pas jusqu’au Maréchal via ses conseillers en charge de la jeunesse et des sports. La preuve est que, même ses proches collaborateurs le laissent se risquer dans des sorties hasardeuses et enfoncer des portes ouvertes. Personne ne peut nier l’engagement et les efforts de l’Etat pour faire décoller le sport tchadien. Mais, si cela ne prend pas comme avoue MIDI, ce n’est pas pour les seules raisons qu’il a données.
 
Le désintérêt des jeunes pour la pratique sportive ne concerne qu’une petite minorité. Ce qu’il faut regretter de nos jours, c’est ce manque d’intérêt des établissements scolaires pour l’enseignement de l’éducation physique et sportive (EPS), accentué par la réduction du temps et d’espace pour la pratique de cette matière qui figure pourtant dans le programme national. Or, la vitalité du sport tchadien des années 60/7O voire 80/90 et la fierté qu’il a procurée aux tchadiens, en hissant le drapeau tricolore et faisant retentir l’hymne national dans les compétitions internationales, trouvent leurs origines dans le sport scolaire, malgré le peu de moyens de ces époques décennales.
 
Certes, le Maréchal se fait fort d’avoir construit des stades. C’est malheureusement ce que répètent à longueur de temps les médias publics et qui ont fini certainement par le laisser croire. Mais la réalité est toute autre. L’unique stade qui porte encore cette appellation, baptisé du nom de notre grand sauteur en hauteur Idriss MAHAMAT OUYA, est aujourd’hui en dégradation avancée. Il est mis à l’index par les instances du football international, pour la vétusté de ses vestiaires, toilettes, pelouse et surtout, pour sa loge présidentielle et tribune VIP qui ne sont plus aux normes. Quant aux autres stades, construits parfois avec l’aide des partenaires, plusieurs sont en chantiers arrêtés, bien que leurs avances de crédits ont été consommés, a l’exemple de celui visité personnellement par MIDI lors de son dernier déplacement à l’intérieur du pays. Telle est la situation des infrastructures sportives existantes ou en voie de construction dont on continuera encore d’entendre parler.
 
Pour ce qui est des cadres techniques qualifiés, le Maréchal aurait mieux fait de s’enquérir avant tout de leur formation à l’INJS. Le seul institut sorti des entrailles de l’école nationale d’éducation physique et sportive (ENEPS), forme de nos jours plus de cadres de jeunesse que d’EPS et de sport. D’où toute la difficulté de pourvoir les établissements scolaires en enseignants d’EPS, les clubs et fédérations sportifs d’éducateurs et entraineurs qualifiés suffisant. Bien qu’un effort d’intégration est opéré, certains cadres formés attendent encore à la porte de la fonction publique d’état.
 
Beaucoup de moyens ont été investis dans le sport, affirme le Maréchal. Personne ne dira le contraire. Mais tout le monde serait convaincu s’il accompagnait ses propos de quelques chiffres, ne serait-ce que tout le long de son mandat qui s’achève. Cela permettrait de mieux mesurer la réalité de la mauvaise gestion incriminée dans certaines fédérations sportives.
 
Comparaison n’est pas raison, dit-on. En prenant comme modèle de réussite un seul sport parmi les 23 pratiqués dans le pays, c’est méconnaitre la réalité des problèmes que vivent les fédérations sportives concernées et jeter le trouble dans les esprits. Chacune fait de son mieux avec les moyens dont elle dispose, pour représenter le pays dans les compétitions internationales et placer ses membres dans les postes et commissions des instances sportives continentales. C’est bien le cas : de l’athlétisme ; du basketball ; du football ; du hand-ball ; du karaté ; du judo ; de la lutte ; de taekwondo ; du volley-ball, etc. Elles méritent toutes, sans distinctions aucunes : reconnaissance, encouragement et soutien.
 
La mission confiée au jeune ministre est déjà plus compliquée qu’on ne le croit. Et pour qui, comme MIDI, a eu l’occasion d’échanger avec lui, il aura constaté son audace et sa détermination à relever les défis. Il vient de le montrer dans le bras de fer qui l’opposa à la fédération tchadienne de football association (FTFA). Il n’est donc pas nécessaire d’en rajouter.
 

BANGALI DAOUDA Boukar

Bureau d’études et conseils en sport
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