L’adage de mortuis nil nisi bene nous commande de ne parler des morts. Notre tradition nous recommande aussi de s’incliner devant les morts
Mes condoléances et mon respect les plus sincères pour la famille du défunt président Idris Deby et à toutes les familles éprouvées. Nos cœurs et nos prières sont avec vous !
En effet, la mort du président Idriss Deby Itno, le 20 avril 2021 dernier, a été le point culminant de la crise qui déchire le Tchad depuis plusieurs années. Même si la mort brusque et violente du chef de l’État a pris au dépourvu un régime qui n’avait rien prévu en termes d’alternance ou de succession. Sa disparition a frappé la population de stupeur quoiqu’elle ne fût pas réellement surprise car depuis 30 ans, l’ancien président a été confronté à des mouvements sociaux et à une rébellion armée en raison de sa gestion clanique et catastrophique du pays.
Plusieurs tentatives d’attentat avaient déjà été déjouées au sein de son propre clan et le président se trouvait finalement dans une situation de plus en plus critique ces dernières années : les incursions des mouvements rebelles, les mouvements sociaux et les boycotts récurrents aux élections présidentielles.
Tous les observateurs de la crise tchadienne regardaient le défunt Président comme le verrou bloquant toute solution à la crise et un obstacle empêchant l’application des accords des paix et soutiennent sa démarche d’une amnistie sélective ou à géométrie variable.
Depuis la mort du maréchal, l’entourage du feu Président serre les rangs et propose une solution imprévue qui n’est pas la bonne et anticonstitutionnelle, démentant ainsi ceux qui prévoyaient déjà une extension du chaos, préparaient peut-être la mise du pays sous tutelle internationale ou souhaitaient un retour de la guerre civile, c’est le fils de feu président le Gal MAHAMAT Idriss Deby Junior le directeur général des services de sécurité des institutions de l’État (DGSSIE) et qui avait été étroitement associé par son père à la conduite des affaires, qui a été choisi pour assurer la présidence de la transition, avec la bénédiction de la France dont le président en personne est venu afin de rassurer et protéger le CMT.
Tout semble indiquer que, pour des raisons encore imparfaitement élucidées, certains pays occidentaux ont décidé de donner sa chance à Mahamat Deby Junior et souhaitent soutenir ses efforts en vue de mettre fin à la guerre.
Quant aux alliés africains et au président de la commission de l’Union africaine, ils dissimulent leur désappointement devant le fait et ne propose rien d’autre qu’une médiation entre les différents acteurs de la crise.
Selon toute apparence, le choix de Mahamat Idriss Deby junior a été dicté par les circonstances. Les proches du défunt ont dû estimer que le jeune homme déjà chef représentait la meilleure des solutions de continuité, sinon le plus grand commun dénominateur à même de réunir autour de lui toutes les factions en présence.
Impassible, pratiquement inconnu de l’opinion nationale et internationale, ayant toujours évolué dans l’ombre de son père et connaissant tous les secrets du régime.
La question que nous posons aujourd’hui est la suivante : est-ce que Monsieur Deby Junior peut relever le défi et tous les obstacles posés depuis plusieurs années par son père ? De grands chantiers attendent le nouveau chef de CMT et notamment :
• L’organisation d’un dialogue franc et inclusif entre les Tchadiens,
• Les mesures nécessaires pour l’amnistie générale et la libération de tous les prisonniers politiques détenus pour atteinte à la sûreté de l’État et le retour des exilés.
• La construction d’un état de droit, l’intérêt général primant sur les intérêts particuliers égoïstes.
• L’organisation de nouvelles élections libres, transparentes et crédibles afin qu’enfin, les Tchadiens puissent avoir une chance de choisir celui ou ceux qui seront en charge de la conduite de leur destinée.
• Se débarrasser des vendeurs d’illusion qui entouraient son feu père, ces véreux et hypocrites qui ont conduit le défunt président de la république droit dans l’abîme.
En ce qui concerne le Conseil Militaire de la Transition (CMT), malgré la qualité des hommes qui le composent, l’équipe demeure décevante…
Aucune personnalité de premier plan de l’opposition n’ayant accepté d’en faire partie, les leaders des principaux partis politiques assurent tous qu’ils attendent le dialogue inter-tchadiens et refusent de « tremper » dans l’équipe de transition à laquelle ils dénient toute légitimité.
Cette attitude, non exempte d’opportunisme à l’heure où le pays est divisé et traverse une crise sans précédent, pourrait cependant se retourner contre le conseil militaire de la transition (CMT) fortement sous pression, et à ceux qui ont reconnus sa légitimé.
La conduite qu’adopteront les rebelles, est encore inconnue. Ils peuvent considérer que la marche sur la capitale représente leur meilleure carte ou la plus sûre en tout cas, même s’ils demeurent ouverts pour un dialogue politique.
Le discours du Président français Macron rassure les nouvelles autorités et le jeune Président qui considère sûrement déjà avoir les mains libres pour assurer la transition et mener le pays jusqu’aux élections. Par contre M Mahamat Deby junior sera cependant obligé de passer par l’étape obligé qui est le dialogue inter tchadien, non seulement parce que l’opposition y est favorable mais aussi parce que la seule issue à la crise tchadienne.
La disparition subite du feu Marechal Idriss Deby Itno a changé la donne.
Que Dieu protège le Tchad.

Abdelmanane Khatab

Opposant en exil

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