Le négociant en matières premières suisse est devenu une carte maîtresse du jeu de la junior britannique Savannah. En échange de sa substantielle aide financière en vue du rachat des actifs de Doba d’Exxon Mobil-Petronas, Vitol devrait être en position très favorable pour commercialiser le brut produit sur place.

Très discrètement, le trader suisse Vitol s’est invité dans les discussions autour du rachat des actifs tchadiens de Doba, entre Savannah Energy, d’un côté, et ExxonMobilPetronas de l’autre. Son nom apparaît à la 479ᵉ page du prospectus de référence nécessaire à la reprise de la cotation en bourse de Savannah, qui avait été suspendue suite à l’annonce de la transaction. Ce rapport intitulé « Savannah Energy PLC Admission Document December 2021« , daté du 21 décembre, explique comment Savannah compte lever 600 millions de dollars pour obtenir 75 % de ces licences produisant quelque 30 000 b/j aujourd’hui. Le montant à débourser comprend aussi les parts des deux firmes sur l’oléoduc d’exportation entre Doba et la ville camerounaise côtière de Kribi.

En échange de l’aide financière – 20 millions de dollars – de Vitol en vue du rachat, le trader devrait être en position très favorable pour commercialiser le brut produit sur Doba. Exxon Mobil et Petronas vendent aujourd’hui le pétrole tchadien via leurs propres circuits habituels et filiales de trading. Le reste du brut produit correspondant aux 25 % de la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT), rachetés à Chevron en 2014, est actuellement dans les mains d’un autre géant du négoce pétrolier : Glencore. Ce dernier avait à l’époque prêté 1,45 milliard de dollars pour que le Tchad fasse l’acquisition de ces actifs auprès du géant américain.

Vitol vise le grand chelem avec Savannah

Le succès des deux opérations au Tchad, encore conditionnées à l’acceptation des ministères du pétrole et des finances, n’est cependant qu’une étape d’un dessein encore plus ambitieux du duo Savannah-Vitol. En effet, Savannah regarde aussi avec intérêt les parts de Petronas en vente au Soudan du Sud. Les cadres de la junior britannique en ont fait part à Petronas lors de la négociation au Tchad. Ces actifs représentent pour Petronas quelque 75 000 b/j, avec des réserves de 300 millions de barils.

Encore une fois, Vitol pourrait aider financièrement Savannah Energy en échange de la commercialisation du brut sud-soudanais. L’avantage est que la plupart des actifs de Petronas au Soudan du Sud sont gérés par des coentreprises avec la CNPC chinoise, dont le personnel est sur place, demandant ainsi peu de main-d’œuvre pour les partenaires, juste du suivi.

La firme familiale française Perenco lorgne aussi les actifs de Petronas au Soudan du Sud. Elle a pareillement tenté de s’emparer des parts des Malaisiens sur Doba, sans succès (AI du 24/12/21). Au Tchad, la juniore tricolore ne détient que les anciens permis de Glencore et sa filiale Caracal Energy (champs de Badila et Mangara), dont l’acquisition est toutefois encore en attente de validation du gouvernement.

Tchadanthropus-tribune avec Africa intelligence

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