Ciblé depuis le 11 avril, jour de l’élection présidentielle, par une colonne de rebelles du FACT descendue de Libye, le leadership tchadien essaie désespérément de faire revenir ses hélicoptères de combat qui viennent d’être réparés en Europe de l’Est.
Deux hélicoptères Mi-24 des Forces armées tchadiennes remis à neufs, dans le hangar de l’usine de Tbilaviamsheni à Tbilissi.
Refaits à neuf, fuselage repeint (voir notre photo), les deux hélicoptères Mi-24 aux couleurs des Forces armées tchadiennes (FAT) attendent dans le hangar de l’usine géorgienne Tbilaviamsheni (TAM), à Tbilissi, leur rapatriement imminent à N’Djamena. Les appareils, très endommagés il y a quatre ans lors d’une violente tempête, sont attendus pour participer aux opérations en cours contre les rebelles du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT), qui attaquent plusieurs positions de l’armée tchadienne depuis le 11 avril.
L’assaut a été lancé depuis le Fezzan libyen le jour de l’élection présidentielle qui voyait Idriss Déby concourir à un sixième mandat. En quatre jours, les rebelles sont descendus jusqu’au nord de Mao, dans la province du Kanem, à 300 km de N’Djamena, avant de se heurter violemment à l’armée tchadienne dans la nuit du 17 avril au cours d’affrontement à l’arme lourde au sol. La situation resterait délicate dans le Tibesti (Nord) à la frontière avec la Libye où des hommes du FACT pourraient encore être présents.

Des Sukhoi aux pilotes ukrainiens

En l’absence des Mi-24, ce sont les Mi-35 et les avions de chasse Sukhoi Su-25 des FAT qui ont mené des opérations ciblées sur les éléments rebelles. Pilotés par un petit contingent d’Ukrainiens qui vit en quasi-isolement à N’Djamena, deux avions Su-25 ont lancé, le 12 avril, les premiers bombardements sur la localité de Zouarké, dans le massif du Tibesti, au nord du pays, à 1 000 km de N’Djamena (Africa Intelligence du 14/04/21).
Ces chasseurs, acquis d’occasion, ont également été récemment révisés chez TAM même si, officiellement, le ministère de la défense tchadien n’a aucune relation avec l’usine géorgienne. Une petite société tchèque, Max Merlin, est en effet attributaire d’un contrat avec le ministère de la défense pour la maintenance de tous les hélicoptères et avions d’attaque des FAT. Cet opérateur, dont une partie des actionnaires ont des liens avec de hauts responsables tchadiens, supervise l’entretien des Mi-24, Mi-35 et Su-25 chez TAM, ainsi que le transport des appareils de et vers Tbilissi. Il refacture le prix de la prestation, assorti d’une confortable commission, à l’État tchadien. C’est également Max Merlin qui procède aux achats de bombes et munitions qui équipent les appareils.

Une affaire de famille

Comme tous les achats d’armement, ce dossier est directement supervisé à la présidence par Oumar Déby, frère cadet du président. A la tête de la Direction générale de la réserve stratégique (DGRS), il est le principal, sinon unique, interlocuteur de la petite galaxie de courtiers de défense opérant dans la région. Il travaille avec deux fils d’Idriss Déby : le général Mahamat Idriss Déby, dit “Kaka” (soit “grand-mère” en arabe tchadien, Mahamat Idriss ayant été éduqué par sa grand-mère paternelle) qui dirige la Direction générale de service de sécurité des institutions de l’État (DGSSIE), et Abdelkrim Idriss Déby, le directeur de cabinet adjoint à la présidence. Colonel, ce dernier est diplômé de l’académie militaire américaine West Point.
Conscients que l’état-major tchadien, peu formé aux questions aériennes, manque d’un concept d’opération pour planifier ses bombardements, les trois hommes se sont mis, ces dernières semaines, en quête d’un opérateur privé apte à superviser toute la campagne aérienne contre les rebelles.
En 2006, le pays avait fait appel à la société Griffon Aerospace Middle East de l’ex-pilote français Habib Boukharouba qui, comme l’avait détaillé notre publication sœur Intelligence Online le 23/05/12, avait doté le pays d’une flotte d’avions et d’hélicoptères, ainsi que des munitions nécessaires pour des campagnes de bombardements nocturnes. En quelques mois, ces opérations avaient eu raison d’un raid sur la capitale monté par les frères Timan Erdimi et Tom Erdimi à partir du Soudan voisin.

Tchadanthropus-tribune avec la Lettre du Continent

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