Peu représenté dans le gouvernement de transition nommé après le décès d’Idriss Déby Itno, le Mouvement patriotique du salut est-il passé de position de dominant à celle d’opposant ? En coulisses, ses cadres historiques s’inquiètent.

Le 4 mai, Mahamat Zène Bada est officiellement passé à l’offensive. Le secrétaire général du Mouvement patriotique du Salut (MPS, au pouvoir avant le décès d’Idriss Déby Itno) a fait savoir par un communiqué à Mahamat Idriss Déby, chef du Conseil militaire de transition (CMT) et fils du chef de l’État défunt, qu’il « exige[ait] », au nom de son parti, que les membres du gouvernement de transition actuel ne puissent pas se présenter aux prochaines élections.

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Celles-ci, prévues dans dix-huit mois au maximum, sont censées clore la période de transition. Cependant, selon nos informations, aucune disposition de ce genre n’a été prise lors de la composition de l’équipe gouvernementale et aucune interdiction ne figure dans la charte de transition qui a défini les contours des mois à venir. « Il n’y a pas de sujet : la charte est très claire : elle n’empêche pas les ministres de se présenter », affirme un membre du gouvernement.

Zène bada s’était prononcé en faveur de la nomination à la primature de Saleh Kebzabo

Albert Pahimi Padacké, le Premier ministre, et ses ministres sont ainsi théoriquement libres de briguer un mandat lors des élections – présidentielle et législatives – qui devraient être organisées à la fin de l’année 2022. « Mahamat Zène Bada veut rétablir l’ordre ancien. Il n’a pas compris que le CMT devait être neutre politiquement et que le temps de l’ouverture était venu », commente Albert Pahimi Padacké, contacté par Jeune Afrique.

Pahimi Padacké face au MPS

Celui-ci fut le dernier Premier ministre d’Idriss Déby Itno. Il ne fait pas partie du MPS, mais est le patron de sa propre formation, le Rassemblement national pour la démocratie au Tchad, pour qui il a terminé en deuxième position lors de la présidentielle d’avril. Surtout, le candidat du « Coq blanc », son emblème, a misé depuis plusieurs années sur l’après-Déby, après avoir profité de son passage à la primature (2016-2018) pour placer ses hommes dans l’administration.

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Mahamat Zène Bada espère donc lui barrer la route. « Il souhaitait que le gouvernement fasse le plein de MPS et voulait sans doute un poste important pour lui-même. Comme il ne l’a pas obtenu, il tente une autre approche », détaille un ministre. Selon nos sources, Zène Bada s’était prononcé en faveur de la nomination à la primature de Saleh Kebzabo, un opposant historique qu’il connaît bien et qu’il juge moins dangereux politiquement que Pahimi Padacké.

Le MPS avait également plaidé pour nommer Houdeingar David Ngarimaden, l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur, mais ce technocrate sans ambition politique affichée a été désigné secrétariat général de la présidence. Résultat : le secrétaire général du MPS doit aujourd’hui composer avec la grogne de plusieurs de ses cadres historiques, qui voient d’un mauvais œil la composition du gouvernement, pour laquelle l’ancien parti au pouvoir, moins représenté qu’à l’ordinaire, n’a été que peu consulté.

« Mahamat Zène Bada a perdu de son influence »

Plusieurs poids lourds estiment qu’ils auraient mérité d’être récompensés pour leur implication financière durant la campagne d’Idriss Déby Itno, qui aurait dû permettre à ce dernier d’obtenir un sixième mandat. Ces mécontents apprécient peu que des postes importants aient été confiés à des opposants tels que Mahamat Ahmat Alhabo (à la Justice).  « Nous avons envoyé des technocrates tandis que l’opposition a envoyé des ambitieux », déplore un cadre du bureau national du MPS.

« Nous pensions que ce gouvernement serait une équipe de technocrates. Finalement, nous nous retrouvons à devoir jouer le premier round de la prochaine présidentielle », dénonce un autre ponte du parti, qui craint que le gouvernement ne devienne une « rampe de lancement » pour l’opposition. Deux proches de l’opposant Saleh Kebzabo ont ainsi fait leur entrée au sein de l’équipe Pahimi Padacké, qui devrait tenir son premier conseil la semaine prochaine : Abdelrahim Awat Atteib à l’Élevage et Rachelle Oualmi Bairra au secrétariat général adjoint.

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Le portefeuille des Infrastructures (stratégique en termes de finances et d’exposition médiatique) revient quant à lui à Patalet Géo, un proche du nouveau Premier ministre, qui « place » également deux secrétaires d’État. « Le MPS sauve les meubles, mais l’épisode prouve que Mahamat Zène Bada a perdu de son influence, alors qu’il avait auparavant l’oreille d’Idriss Déby Itno », confie un proche du parti au pouvoir. Abdoulaye Sabre Fadoul et Chérif Mahamat Zène ont conservé un strapontin d’importance à la Santé et aux Affaires étrangères, tout comme Christian Routouang Mohamed Ndonga à la Jeunesse et aux Sports, ou Tahir Hamid Nguilin aux Finances.

Mais « le parti est très remonté contre les nouvelles autorités », avoue un de ses chefs. « Mahamat Idriss Déby et son demi-frère Abdelkerim Idriss Déby [directeur de cabinet adjoint de la présidence, qui a conservé son rôle au palais] ont joué sur l’ouverture et le renouvellement de génération, en partie sous la pression diplomatique. Forcément, cela inquiète les historiques du MPS », précise notre source. « Le parti a gagné la présidentielle et se retrouve à devoir prendre acte d’un gouvernement dirigé par un adversaire et composé de technocrates et d’opposants, conclut un diplomate à N’Djamena. Forcément, cela place Zène Bada dans une mauvaise posture. »

Tchadanthropus-tribune avec Jeune Afrique

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