Ce week-end, le président du Conseil militaire de transition (CMT), Mahamat Idriss Déby, a mis sur pied un comité chargé de désigner les futurs membres du Conseil national de transition (CNT). Une partie de l’opposition et de la société civile accusent le CMT de vouloir confisquer le pouvoir.

Le CNT fera office de Parlement pendant les seize mois restants de la transition instaurée par les militaires, après la mort du président Idriss Déby. Ses 93 membres auront notamment la charge de rédiger la nouvelle Constitution. Mais pour le parti d’opposition Les Transformateurs et plusieurs mouvements de la société civile, une transition dans les conditions actuelles n’est pas viable.

« C’est mettre les Tchadiens devant le fait accompli », s’indigne ainsi Succès Masra, président des Transformateurs. Selon lui, il aurait fallu une « conférence nationale souveraine et inclusive » avant de mettre sur pied les organes de la transition.

« Un organe de contrôle »

« Lorsque nous aurons dialogué, précise-t-il, nous allons convenir des règles, de la durée de la transition, de la méthode, du cahier des charges et nous mettrons ensemble un organe dont le rôle est justement d’être un organe de contrôle de l’ensemble de l’action, qui va permettre d’y parvenir. Donc, c’est pour cette transition civilo-militaire, et non militaro-civile, qui est en train d’être organisée, que nous plaidons. »

Il met également en garde : il faut être consensuel et ne pas commettre les mêmes erreurs que dans le passé, si l’on veut que cette transition aboutisse.

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Une position partagée par une partie de la société civile, qui estime que le CMT va trop vite. Ils auraient également voulu qu’une conférence nationale souveraine et inclusive soit organisée en amont, explique Alain Kemba coordinateur national du mouvement citoyen le Temps.

Alain Kemba coordinateur national du mouvement Citoyen le Temps

Nous pensons aujourd’hui que l’urgence, c’est la tenue d’une conférence nationale souveraine et inclusive, qui est d’ailleurs revendiquée par l’ensemble des acteurs. Mais le Conseil militaire de transition continue de mettre en place des organes pour diriger la transition. Ce comité, composé majoritairement de personnalités issues de l’ancienne majorité, aura à mettre sur pied un Conseil qui sera biaisé d’avance. Un Conseil qui sera acquis au CMT pour leur permettre de continuer à confisquer le pouvoir. Et nous craignons effectivement que ceci n’arrive. C’est pourquoi nous pensons que c’est à l’issue d’un dialogue que le Conseil national de transition doit être institué.

Le ministre de la Communication, Abderaman Koulamallah, conteste ces affirmations. Pour lui l’ensemble de la classe politique tchadienne – majorité et opposition – est représenté dans ce comité. « Ce comité-là représente déjà les principales forces politiques actuelles, insiste-t-il. Celles qui, en tout cas, ont été par le passé légitimées par le suffrage universel et celles qui ont un poids politique réel dans le pays. »

Selon lui, il y a urgence à mettre en place ces institutions prévues par la Charte de transition.

Tchadanthropus-tribune avec Alexandra Brangeon

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