Sept partis politiques ont lancé, ce jeudi 16 décembre à N’Djamena, une formation baptisée « Une nation pour tous ». Parmi ses membres, des acteurs de la société civile et, surtout, d’anciens ministres d’Idriss Déby Itno et d’Hissène Habré. Décryptage d’un mouvement qui espère bouleverser le paysage politique.

Il faudra attendre pour dire si ce 16 décembre fera date dans la (courte) histoire de la transition tchadienne. Mais, ce jeudi, dans la salle de réception de l’hôtel La Résidence de N’Djamena, le lancement d’une formation politique, « Une nation pour tous » (UNPT), a provoqué une petite onde de choc dans le marigot politique tchadien, déjà bien troublé par le décès, en avril dernier, du président et maréchal Idriss Déby Itno.

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Le coordinateur de l’UNPT est un ex-professionnel du secteur pétrolier. Abdelsalam Chérif affirme vouloir « apporter [sa] contribution pour sauver le Tchad du péril qui le menace ». « Nous avons fondé beaucoup d’espoir à la suite des premières déclarations du Conseil militaire de transition [CMT]. Malheureusement nous avons tout de suite déchanté lorsque le CMT a posé les premiers pas de son exercice du pouvoir », ont annoncé les cadres du nouveau parti.

Une composition qui fait grand bruit

« Le déphasage entre les déclarations et les actes du CMT ne sont pas de nature à rassurer l’opinion quant à l’organisation de la période de transition », ont-ils ajouté. L’UNPT se présente comme une coalition de sept partis : le Mouvement pour le réveil et la révolution sociale (MRRS), le Parti Assalam pour la patrie (PAP), le Parti les Verts pour le développement (PVDV), le Parti national républicain (PNR), le Parti populaire pour la justice et l’égalité (PPJE), l’Union des nationalistes pour le changement (UNC) et l’Union des nationalistes pour le changement au Tchad (UNCT).

La nouvelle formation pourra-t-elle peser sur le cours de la transition et influencer les choix du chef de l’État, Mahamat Idriss Déby Itno ? La composition de son assemblée générale, que Jeune Afrique a pu consulter, fait en tout cas grand bruit dans les milieux politiques de N’Djamena. Plusieurs ministres d’Idriss Déby Itno, tous anciens du Mouvement patriotique du salut (MPS), sont de la partie : Kordjé Bedoumra (Finances), Asséïd Gamar Assileck (Agriculture), Amir Adoudou Artine (Élevage), Moukhtar Moussa Mahamat (Pétrole) ou encore Ousman Djidda (Fonction publique).

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Deux ex-membres du gouvernement sous Hissène Habré ont également adhéré au mouvement : les généraux Gouara Lassou (Affaires étrangères) et Mahamat Garfa (Mines). Enfin, un nom attire les regards : celui d’Ahmat Hassaballah Soubiane. Cet Arabe originaire d’Arada (Est), lui aussi ancien ministre d’Idriss Déby Itno, dont il a été le conseiller, a autrefois présidé le Conseil des fondateurs du MPS. Peut-il utiliser l’UNPT comme tremplin pour relancer sa carrière politique ?

Désaccords avec les jumeaux Erdimi

Ahmat Hassaballah Soubiane ne manque en tout cas pas de poids. Membre de la rébellion contre Hissène Habré en 1989, co-fondateur du MPS, il avait été nommé ministre de l’Intérieur en 1991, après l’arrivée au pouvoir d’Idriss Déby Itno. À la suite de désaccords avec Tom et Timan Erdimi, puissants neveux du chef de l’État à l’époque, il avait ensuite été écarté et nommé ambassadeur aux États-Unis et au Canada.

Il le restera jusqu’en 2004, année durant laquelle il s’oppose à la réforme constitutionnelle voulue par Idriss Déby Itno (celle-ci sera adoptée en 2005 et permettra au chef de l’État de briguer un troisième mandat). Limogé, le diplomate quitte Washington et prend le maquis dans l’est du Tchad, à la frontière avec le Soudan. Il espère un temps devenir le chef de la rébellion à la place de Timan Erdimi, entré lui aussi en dissidence. En vain.

Condamné pour atteinte à l’ordre constitutionnel, Ahmat Hassaballah Soubiane négocie son retour aux affaires en 2009 et est officiellement gracié en décembre de la même année. Depuis son bureau au siège du MPS, il était redevenu un acteur politique influent, discret et proche de la famille Déby, conseiller écouté du chef de l’État. La transition en cours et le décès de son ancien compagnon d’armes, en avril dernier, pourrait lui permettre de sortir à nouveau de l’ombre.

Jeune Afrique

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