Mes chers concitoyens, nous ne traversons pas une période ordinaire, notre pays est à la croisée des chemins et ses nouveaux conducteurs sont des novices.  Il faut un peu de retenu, beaucoup de sagesse et du recul de tous les acteurs politiques pour que le pays ne tombe pas dans le précipice.

Balle à terre, on se calme, on calme les ambitions personnelles et les querelles stériles qui sont pour le moment contreproductives. Retournez à vos postes!  Le CMT bien que formé en dehors de la légalité a eu l’audace d’improviser et de combler le vide crée par la disparition soudaine du président de la République. Ce qui est fait est fait, arrêtons de faire du surplace et passons à la prochaine étape.

Le CMT doit comprendre que le Tchad est un pays qui compte une population très diverse de 16 millions d’habitants.  Cet organe n’a fait que le consensus du cercle familial, les restes des Tchadiens ou du moins les acteurs de la vie politique tchadienne n’ont pas été consultés donc cet organe n’a aucune légitimité.  Si les tâtonnements et les improvisations des semaines après le défunt en sont une indication, le CMT n’est clairement pas à la hauteur de la tâche.  Ces trois dernières semaines nous donnent un aperçu de la direction que le CMT veut prendre et ça ressemble textuellement au 30 dernières années, les mêmes acteurs, les mêmes formules mais cette fois ci avec une main moins capable.  Le mélange du carbone avec l’oxygène (CO2) donne toujours du gaz carbonique quelque que soit le nombre de fois qu’on répète l’expérience, si on veut que le résultat donne de l’eau il faut mélanger l’oxygène avec l’hydrogène (H2O). Refaire la même chose et espérer un autre résultat relève de la folie.   La médiocratie, le népotisme, la tyrannie, l’injustice… le recyclage monnayé des dinosaures sont toujours monnaie courante, donc aucune page n’a été tournée. En 31 ans le Tchad n’a pas connu de paix véritable, la tyrannie et l’injustice invitent la révolte et les contestations, ce n’est pas un hasard si depuis 1991 jusqu’à nos jours les rebellions armées n’ont cessé d’exister.   Détrompez-vous tant qu’il y a l’injustice, le népotisme et la tyrannie on ne peut pas parler de paix, on peut parler de moment d’accalmie. La paix est un comportement, le CMT doit montrer qu’il valorise la paix et si on valorise la paix on doit inviter tous les mécontents autour d’une table pour décider de l’avenir du Tchad. Si on valorise la paix on ne tue pas des concitoyens qui ne font qu’exercer leur droit d’exprimer librement leur désaccord.

Les habitudes sont très têtues, petit à petit on commence à voir les bouffons et les griots reprendre leur travail. On chante à longueur de journée Stabilité, Paix, Unité… Ils utilisent beaucoup des mots pour habiller la soumission au nouveau maitre. Avec des telles attitudes, le jeune président du CMT qui semble n’avoir aucune intention de devenir dictateur risque d’être forcé ou encouragé à le devenir, l’appétit vient en mangeant. En décembre 1990 quand le défunt Idriss Deby (Que la miséricorde d’Allah soit avec lui) avait pris le pouvoir, il n’était pas encore dictateur, ce sont les géniteurs de ces mêmes larbins chansonniers d’aujourd’hui qui l’ont rendu dictateur.

Les Tchadiens qui contestent le CMT sont dans leur droit, le Tchad n’est pas une monarchie, encore moins une entreprise familiale, donc ils ont le plein droit de questionner et de contester cette transition qui leur est imposée par la force. Si certains se résignent à la servitude et à la soumission, reconnaissons aux braves le droit de réclamer leurs droits inaliénables. Il ne faut pas mépriser les manifestants, ils ont des réclamations légitimes, leur ras-le-bol avait commencé pendant que le père était encore vivant et rien n’a changé. Soyez reconnaissant qu’ils aient choisis la voie de la désobéissance civile pour se faire entendre. Tout le monde n’est pas obligé d’être d’accord avec ceux qui contestent le CMT mais il devrait reconnaitre et défendre la liberté d’expression.

Ceux qui ont froidement exécuté des citoyens qui manifestent leur désaccord avec la junte doivent rendre compte devant la justice tchadienne.  Nous osons tenir le nouveau ministre de la Justice à sa parole, il a publiquement promis la justice dans toute sa plénitude.

La liberté d’expression est un droit et non un privilège, donc faire un communiqué pour autoriser la manifestation n’ajoute rien à la chose. Dire qu’il faut appartenir à une organisation quelconque pour pouvoir s’exprimer en public est une aberration.

« Il n’y a pas de mal plus grand, et des suites plus funestes, que la tolérance d’une tyrannie qui la perpétue dans l’avenir ».

Abakar Banda

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