Le remaniement ministériel est une tradition républicaine. Les chefs d’Etat et de gouvernement y ont recours pour au moins trois raisons : en cas de renouvellement des élus.
 
 
C’est le cas lorsqu’à l’issue d’une élection présidentielle, il y a un nouveau président ou même si l’ancien est reconduit. C’est aussi le cas lorsque, à l’issue d’une élection législative, le rapport de force politique s’en trouve modifié. Un remaniement s’impose aussi par la démission d’un ou des responsables de l’exécutif.
Quand un ministre par exemple démissionne, il faut nécessairement pourvoir à son remplacement pour assurer la continuité du service public. Enfin, l’impopularité d’un gouvernement peut entrainer sa modification. Lorsque le gouvernement se retrouve en difficulté, pour diverses raisons, son chef peut (et doit) procéder à un remaniement pour s’oindre d’une nouvelle légitimité. C’est peut-être cynique mais, c’est le jeu politique. Un chef politique n’hésite généralement pas à sacrifier ses collaborateurs pour se refaire une virginité ou relancer sa cote de confiance dans l’opinion. Pour revenir à la question de notre réflexion :

Idriss Déby doit-il remanier ?
Beaucoup d’éléments incitent à le penser. Depuis sa réélection à la tête du Tchad et la formation de son gouvernement, beaucoup d’événements « impopulaires » sont survenus au pays de Toumaï. Le dernier en date étant la gestion problématique de la crise sociale relative à l’augmentation des salaires des fonctionnaires. Selon un document exclusif que nous détenons et que nous avons publié en page 5 de cette édition, ce sont les collaborateurs du président Déby qui ont signé l’accord sur le relèvement de la valeur d’indice de 115 à 150. C’était il y a seulement un an. Revenir un an après indiquer avec fermeté qu’il n’est plus question de reconnaître cet accord relève d’un exercice périlleux pour la crédibilité de ce gouvernement.
D’ailleurs, la gestion de cette crise, qui a abouti à la condamnation judiciaire des leaders syndicaux et du journal
« N’Djaména Bi-Hebdo » est tout aussi maladroit. S’il y avait un institut de sondage au Tchad, on se rendrait certainement compte à quel point le régime (et surtout le gouvernement) a perdu de sa popularité. Les maladresses et la cacophonie ? Le gouvernement en a connu. Il y a seulement quelques semaines, le Dr Ahmed Djidda Mahamat, ex ministre de l’Enseignement supérieur, a été limogé et arrêté pour avoir outrepassé les instructions du président de la République qui demandait de délibérer les résultats du Baccalauréat à 10/20. Ce n’est pas le seul exemple. Ahmadaye Al Hassane, ex-ministre de l’Assainissement public et de la promotion de la Bonne gouvernance, avait subi un sort similaire car, on le soupçonnait de faux et usage de faux. Mahamat Ali Hassane, ancien ministre du Plan, de l’Economie et de la Coopération internationale, a été viré pour une affaire non élucidée de détournements des deniers publics. Il ne s’agit là que de quelques cas d’anciens barons qui ont contribué à ternir la légitimité durement acquise par le président Déby. D’autres sont toujours en poste. Ils se sont illustrés par des prises de décision spectaculaires et impopulaires qui ont fissuré la confiance entre le locataire du palais Rose et le peuple tchadien. Et même, quand ces décisions étaient nécessaires, les ministres concernés n’ont pas pu contenir la critique. Au contraire, par leurs prises de position, ils ont donné l’impression de défier leurs compatriotes et de faire triompher le droit de la force.
Enfin, pour ne s’arrêter que là, comment ne pas rappeler qu’il y a un ministre qui a donné l’impression d’engager une épreuve de force avec des magistrats dont certains ont été radiés tout simplement. Il s’agit de celui-là même qui a fait

passer au parlement, un projet de loi controversé lui donnant le pouvoir de sanctionner les hommes en robe noire. Ouvrant ainsi le champ libre à certains qui ont vite fait de présenter le pouvoir de N’Djaména comme un tortionnaire de l’indépendance de la justice et de la séparation des pouvoirs. Oui, il est peut-être temps pour le président

Déby de remanier son gouvernement. Il y a eu beaucoup de cacophonie, d’insubordination, des soupçons de détournements de fonds publics et, de prises de décisions très controversées. Oui, il faut peut-être, pour restaurer la confiance fissurée par cette crise sociale qui reste latente, que le président réorganise son équipe et envoie à l’opinion, le signal d’une volonté de relancer son mandat. C’est nécessaire et sans doute urgent.

Par MOHAMADOU HOUMFA tchadpages

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