Reportés à de nombreuses reprises, les préliminaires au pré-dialogue inter-tchadien ont enfin pu commencer le 13 mars. Une multitude d’acteurs curieux d’observer de quelle façon le Qatar va trouver les moyens d’arracher un deal ont fait le déplacement.

Plus aucune chaise disponible. La grande salle Majlis du Sheraton, hôtel emblématique de la corniche de Doha, était comble le matin du 13 mars pour l’ouverture du pré-dialogue accueillant le nombre record de 59 mouvements d’opposition au gouvernement du président Mahamat Idriss Deby, dit « Kaka« , arrivé aux affaires à la mort de son père Idriss Deby en avril 2021.

Le FACT mécontent

Sur cette pléthore de mouvements d’opposition, moins d’une demi-dizaine disposent de troupes susceptibles de réellement menacer le pouvoir de « Kaka ». L’un des groupes les plus actifs, le Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT), accusé par les autorités tchadiennes d’être derrière la mort d’Idriss Deby, a rapidement quitté la salle Majlis, mécontent du nombre d’acteurs présents contribuant, selon lui, à diluer le processus. Les représentants du FACT – dont le chef, Mahamat Mahdi Ali, n’était pas présent – ont également dénoncé le fait que les opposants n’aient pu s’exprimer lors de la séquence des discours initiaux. Alors que le FACT s’était mis d’accord avec plusieurs autres groupes pour quitter la salle, c’est finalement seul qu’il a pratiqué la politique de la chaise vide. La manœuvre a toutefois fortement bousculé le pouvoir tchadien, inquiet de voir le principal mouvement déserter le pré-dialogue dès l’ouverture des négociations.

Pour surmonter le coup d’éclat, l’envoyé spécial chargé des médiations du ministère qatari des affaires étrangères, Mutlaq bin Majed al-Qahtani, a décidé en début d’après-midi de laisser 72 heures aux opposants – tous logés entre le Marriott et le Rotana du quartier de West Bay – pour se concerter afin de désigner dix représentants habilités à négocier avec le gouvernement tchadien. Celui-ci devra également choisir un maximum de dix personnes. La première réunion des représentants des opposants (dont une partie d’entre eux, armés, utilisent le terme de « politico-militaire » pour se définir) s’est tenue ce lundi, à 10 h 30, au Rotana.

Les discussions devront ainsi reprendre mercredi 16 mars, si toutefois les deux parties s’accordent sur leurs représentants respectifs.

Le Qatar accueille les grands témoins

Les Qataris, les rebelles tchadiens et le gouvernement de N’Djamena étaient loin d’être seuls dans la salle Majlis. L’émirat gazier avait vu grand et inclusif, demandant à un certain nombre de pays concernés par la stabilité du Tchad de dépêcher des représentants. Le Nigeria était par exemple représenté par l’envoyé spécial de la Commission du bassin du Lac Tchad (CBLT) et ancien ministre des affaires étrangères de Sani AbachaBaba Gana Kingibe. Comme nous l’avions révélé, ce dernier a fait de multiples voyages en 2021 à N’Djamena pour rencontrer « Kaka » et le chef de l’Agence nationale de sécurité (ANS), Ahmed Kogri (AI du 03/12/21). Kingibe est accompagné de l’ambassadrice nigériane Hadiza Mustapha, actuelle conseillère du président de la commission de l’Union africaine (UA), Moussa Faki Mahamat, pour les dossiers paix et sécurité. La France, associée également à la préparation de ce pré-dialogue, a aussi envoyé un ancien ambassadeur à N’Djamena (AI du 15/03/22).

Outre le premier ministre Albert Pahimi Padacké, qui devrait repartir à N’Djamena dans les prochains jours, la large délégation représentant l’État du Tchad est pilotée par le ministre des affaires étrangères Mahamat Zène Cherif, qui devrait rester pour une partie des pourparlers, estimés à deux ou trois semaines. Le discours des autorités tchadienne et qatarie terminé, Faki a ensuite pris la parole, en arabe puis en français, martelant que ces discussions étaient une opportunité à ne pas gâcher pour les deux parties. Autre pays frontalier du Tchad, la Libye, utilisée comme base arrière par plusieurs mouvements, dont le FACT, avait décidé d’envoyer la ministre des Affaires étrangères Najla al-Mangoush, qui a également pris la parole.

Tchadanthropus-tribune avec La lettre du Continent.

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