Reconnaissons humblement que nous avons échoué. Jusqu’à ce samedi matin encore (3 avril 2021), je pensais que notre détermination allait empêcher la réélection du dictateur Idriss Déby. Mais nous avons tapé à côté. Le boulevard lui est ouvert pour un sixième mandat. L’élection aura lieu le 11 avril 2021. Le dictateur, en l’absence de candidats de poids face à lui, sera réélu avec un score à la soviétique. Il fera mieux que les 88,57% de Denis Sassou Nguesso du Congo. Par modestie, il va s’octroyer un score de 90% et les 10%, il repartira entre ses 6 « accompagnateurs ». Le seul enjeu pour la présidentielle du 11 avril 2021, c’est le taux de participation. Pourtant, jusqu’à ce samedi matin encore, j’étais convaincu que nous pourrions, par le boycott actif, rendre impossible la tenue de l’élection présidentielle. Les guéguerres de leadership et de positionnement, l’égo de chacun de nous leaders, la peur de sortir manifester (leaders comme population), l’indifférence, la résignation, le manque de stratégies de mobilisation et de communication… Tout le cocktail est réuni pour rendre quelqu’un fou à une semaine de la comédie électorale. Les écoles, les boutiques, les bars, les restaurants…tout a fonctionné correctement. On ne peut pas déraciner une dictature vieille de 30 ans avec des groupuscules de 20 à 30 personnes par endroits, dans la capitale. C’est clair, la révolte populaire que nous voulions imposer, notre peuple n’en veut pas. Nous aimons faire la guerre par procuration. Toutefois, Déby n’est pas à l’abri d’un coup d’État interne ou d’une nouvelle rébellion qui lui donnerait l’insomnie. Nos manifestations aux mains nues, même si ça perturbe un peu son sommeil, ça ne l’empêche pas de dormir, après avoir bien dosé son whisky. Il nous entraine peu à peu vers sa réélection dans une semaine, et comme l’ONU a parlé de ‘’ dialogue’’, après l’élection, il fera semblant d’ouvrir un dialogue avec l’opposition. Entre-temps, il se tape 6 nouvelles années à la tête du Tchad de 2021 à 2027. Nous ne sommes pas dupes, mais pouvons-nous en faire autrement ?

Bravo et chapeau bas à tous ceux qui avaient répondu à l’appel, malgré le déploiement impressionnant des forces de l’ordre. Mais nous ne pouvons malheureusement pas faire de miracle en l’absence de volonté populaire manifeste de nos concitoyens de voir les choses bouger. Ce n’est pas un aveu d’impuissance, mais j’ai le sentiment qu’une bonne partie de notre peuple souhaite le prolongement de la dictature. Et si tel est le cas, nous ne pouvons que constater les dégâts. Pour moi, l’élection du 11 avril est déjà pliée. Si nous inscrivons notre mouvement de contestation dans la durée, c’est de nous occuper dès maintenant de l’après 11 avril, c’est-à-dire comment gérer ou entretenir la crise postélectorale qui est déjà ouverte. Je fais la politique sur des réalités, je ne m’enferme pas dans une bulle pour rêver les yeux ouverts. Je me demande finalement en quoi nos passages à tabac et les grenades lacrymogènes reçues en plein visage ont servi ? Et quand on sait que ceux qui nous raillent le plus sur les réseaux sociaux et dans leurs ‘’causeries de cabaret’’ ne sont pas forcément les militants du MPS, nos adversaires, mais celles et ceux-là même que nous prétendons défendre ou pour qui nous luttons, voire ceux qui ‘’luttent’’ également contre le régime, nous pouvons conclure que le chemin de la révolution tchadienne est encore long, très long. Depuis 09h30 ce matin, je suis entré dans une phase de cogito. Place donc à la méditation et à la prière. Au moins, nous sommes à la veille de la plus importante fête chrétienne. Et le Seigneur ressuscité, Lui, ne déçoit jamais ! Joyeuse fête de Pâques à tous.

NB : Je n’ai pas abdiqué. J’expose nos problèmes en espérant y avoir des solutions. Je demeure révolutionnaire. Mais un révolutionnaire réaliste et pragmatique. J’espère que ma publication ne casse pas le moral de beaucoup de personnes. Et si vous vous indignez de ce post, alors révoltez-vous ! Car, même pour refuser la réélection de Déby le 11 avril et mettre sur pied un gouvernement parallèle de transition, il fallait un minimum d’entente entre nous, or, ceci n’existe pas aujourd’hui, à notre grand regret.

François Djekombé

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