Visite prévue de longue date, Mahamat Idriss Déby a atterri dimanche au Qatar après d’autres visites dans la région du Golf.

Accompagnée d’une haute délégation (une vingtaine de personnalités), au-delà du cas du dialogue entre régime de transition et politico-militaire, cette visite revêt un caractère de travail et de coopération. Mais, l’essence de cette visite s’inscrit sur la demande faite au Qatar afin d’abriter les pourparlers entre les politico-militaires et le régime de transition, quand bien même d’autres pays se sont portés volontaires, notamment l’Égypte, le Nigéria, et la Turquie.

D’après nos informations, même si les pays cités ont leur importance majeure, le Qatar semble le pays taillé pour ce genre de rencontre, pour d’abord son portefeuille et son expérience dans les résolutions de conflits dont ce pays fut à la première loge, ou son partenariat comme ce fut au Soudan.

Cette visite hautement stratégique a nécessité plusieurs mois de tractations, entre les allées et venues des délégations dépêchées entre les deux pays pour formaliser cette visite. Du côté tchadien, il nous souviendra il y a deux mois de la visite du ministre des Affaires étrangères Chérif Mahamat Zène accompagné du DG de l’ANS Kogri Ahmed. Doha avait envoyé son vice-ministre des affaires étrangères à N’Djamena (Sultan bin Saad Al-Muraikhi).

Cette haute délégation arrivée dimanche 12 septembre 2021 à Doha explique très bien qu’au-delà de l’aspect dialogue et son financement, le Tchad vise d’autres facteurs de coopération avec ce petit pays du Golf (11,586 km2) réputé très stratégique.

 

Mahamat Idriss Déby face à l’émir Tamim Ben Hamad Al Thani.

Le président de la transition doit convaincre l’émir du Qatar sur le contour du dialogue pour convaincre. Si les Qataris ont spontanément accordé leur confiance au CMT dès les 1ères heures de la transition au Tchad, ils demeurent sceptiques sur la manière dont sont conduites les affaires. Il ne faut pas oublier que l’émirat du Qatar a eu à gérer plusieurs tensions avec Déby père, et connaît parfaitement ce qui se passe au Tchad. La relation entre les deux pays a connu de nombreux bouleversements ces dernières années. Le Tchad, poussé par les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, a rompu entre 2017 et 2018 ses relations diplomatiques avec le Qatar.

Mahamat Idriss Déby doit bien manœuvrer pour convaincre et amener le Qatar à épouser la thèse d’une vraie réconciliation entre tchadiens, et surtout qu’est-ce que les Qataris gagent en contrepartie.

Un dialogue chiffré à plusieurs millions de dollars

Avant cette visite, N’Djamena a transmis aux Qataris un document dans lequel on y trouve 227 millions de dollars (149 milliards de FCFA). Sur cette somme, la partie tchadienne avance 15 millions d’euros (10 milliards de FCFA). Le reste de ce chiffre faramineux est réparti entre les divers partenaires y compris le Qatar.

Timan Erdimi l’hôte tout à coup encombrant.

Cette visite est l’occasion toute trouvée pour parler de l’opposant politico-militaire Timan Erdimi établi de longue date dans l’émirat du Qatar.

Il se dit que les Qataris ont proposé juste après la mort d’Idriss Déby de faire rentrer l’opposant tchadien à N’Djamena. Mais les autorités de la transition ont mi un bémol au simple fait que monsieur Timan a plusieurs touches au sein de ses parents établis au sein des services de sécurité, et que sa venue précipitée risque de déséquilibrer la transition en marche. De ce fait, avec le concours des autorités françaises auprès des Qataris, Timan Erdimi fut tenu loin du Tchad.

Mais une chose est sûre. De l’affirmation de son représentant en Europe Youssouf Hamid, l’UFR de Timan Erdimi est d’accord pour un dialogue à condition que cela se fasse dans un autre pays et selon des conditions qui devraient être avancées. De ce fait, la délégation tchadienne ne peut ignorer la présence de Timan Erdimi et revenir au Tchad sans le rencontrer, alors qu’une délégation tchadienne est sur place à Doha. Il est évident que s’il n’y a pas de rencontre officielle, il y aura des contacts en informel pour déblayer le terrain, ne serait-ce que pour préparer l’avenir. Si ce ne pas fait, cela peut être considéré comme une faute technique qui se révélera plus tard.

En clair, les visites minutieusement préparées au Koweït, en Turquie et au Qatar, doivent à minima permettre de voir clair en chiffres sur le financement du dialogue inclusif, et sur les pourparlers avec les politico-militaires. Sinon, la transition aura du plomb dans l’aile, du retard, qui fera son effet domino sur le temps, et le temps avance à grands pas sur les 18 mois impartis, et tout le monde sera obligé d’aller à 36 mois de transition.

Tchadanthropus-tribune

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