Le travail a été fait par les précurseurs envoyés il y a deux semaines à Doha par le régime de transition. Il faut vite trouver le financement nécessaire pour le dialogue national.

Le président de la transition Mahamat Idriss Déby compte sur l’émirat gazier pour financer une vaste réconciliation au Tchad, mais de sérieux obstacles se dressent encore sur la voie.

Selon nos sources, la visite à Doha du ministre des affaires étrangères tchadien Mahamat Zène Chérif et du DG de l’ANS Kogri Ahmed les 11 et 12 juillet pour rencontrer son homologue Sheikh Mohammed bin Abdul Rahman Al-Thani a été l’occasion de préparer un séjour qatari du président de la transition Mahamat Idriss Déby, dit “Kaka“. Le déplacement devrait intervenir dans les prochains jours. Moins d’un mois après le décès d’Idriss Déby le 20 avril, le Qatar avait envoyé son secrétaire aux affaires étrangères Sultan bin Saad al-Muraikhi rencontrer le nouvel homme fort de N’Djamena et l’assurer du soutien de l’émir.

Erdimi in or out ?

Le Tchad tente notamment de convaincre le Qatar de financer une grande réconciliation nationale avant les prochaines échéances électorales prévues pour la fin 2022, à l’issue d’une transition de dix-huit mois. Le gouvernement tchadien, selon des documents internes, estime ce processus à 149 milliards de francs CFA (227 millions d’euros). L’une des clés de la concorde se trouve d’ailleurs à Doha, en la personne de l’ancien directeur de cabinet et neveu du président Déby, Timan Erdimi, qui y vit depuis 2009.

Cependant, le potentiel retour du leader du parti d’opposition Union des forces de la résistance (UFR) dans son pays divise à N’Djamena. Kaka reste lui-même à convaincre, tant le dossier de son parent est complexe. Un succès du Qatar avec Erdimi pourrait lui permettre de jouer un rôle naturel dans la transition et de mener une médiation en vue d’en tirer un profit politique.

La relation Doha-N ‘Djamena a été particulièrement heurtée ces dernières années du fait de la présence au Qatar d’Erdimi, exilé à la suite d’un accord entre Déby et l’ancien président soudanais Omar el-Béchir. Les deux présidents avaient trouvé cette solution après de multiples tentatives de coup d’État menées depuis le Soudan par l’UFR. En coulisse, certains intermédiaires tentent faire en sorte qu’Erdimi figure bien sur la photo d’une vaste réconciliation nationale et que la famille Zaghawa, dont lui et les Déby font partie (moins de 5 % du pays), soit enfin unie pour affronter les prochaines élections. Il faudrait désormais trouver les conditions d’un retour.

Outre le Qatar, le Togo s’est, lui aussi, positionné en vue d’une médiation avec le Tchad sur le dossier Erdimi. Quant au dialogue inter tchadien, l’Égypte comme l’Afrique du Sud tentent leur chance.

Une histoire récente difficile

En juin 2017, le Tchad était même allé jusqu’à rompre ses relations diplomatiques avec le Qatar sous la pression de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, les deux principales pétromonarchies du Golfe ayant organisé un blocus contre Doha.

De son côté, Erdimi avait peu à peu réorganisé l’UFR dans le Sud libyen avant de lancer des dizaines de pickups vers la capitale tchadienne en vue d’écarter Déby en février 2019. Cette colonne avait finalement été arrêtée par les chasseurs français, l’armée tchadienne n’ayant pas voulu combattre un groupe rebelle contrôlé, tout comme eux, en majorité par des Zaghawa.

Entre-temps, le Tchad a repris en février 2018 des relations diplomatiques avec le Qatar, en échange d’une renégociation d’un prêt datant de 2014 avec Glencore, dont l’émirat est un des premiers actionnaires via la Qatar Investment Authority (AI du 11/03/19). Les efforts de rapprochement avaient conduit à la nomination en septembre 2018 de l’ancien général de l’UFR Hassan Saleh Algadam Aldjinedi comme ambassadeur à Doha. Cependant, ce dernier n’a, dans les faits, quasiment jamais occupé l’ambassade, toujours dans les mains du chargé d’affaires Bakari Ali Bakari.

Quid des Émirats arabes unis

La relation entre N’Djamena et Abou Dhabi pourrait cependant pâtir d’une implication du Qatar dans un plan de réconciliation nationale au Tchad. Idriss Déby comptait énormément sur le soutien financier des Émirats arabes unis à son pays. En 2018, il avait même nommé son fils, Zakaria Idriss Déby, comme premier ambassadeur à Abou Dhabi. Cependant, et malgré l’arrêt de l’embargo contre le Qatar en janvier 2021 à la suite de la décision de l’Arabie saoudite, la relation entre les deux Etats demeure particulièrement mauvaise.

Les Émirats arabes unis ont tenté de continuer à peser au Tchad via le G5 Sahel, dont ils ont promis de financer le budget à hauteur de 30 millions de dollars (une partie de ces fonds n’ayant toujours pas été décaissée). Moins de deux mois avant la mort du président Déby, Abou Dhabi avait également dépêché à N’Djamena Sheikh Shakhbut bin Nahyan bin Moubarak al-Nahyan, son tout nouveau secrétaire d’État aux affaires étrangères et ancien ambassadeur en Arabie saoudite, en vue de participer à l’un des sommets des chefs d’État du G5 Sahel. Le ministre émirati avait été le seul à faire le déplacement depuis le Golfe, le Qatar et l’Arabie saoudite n’ayant pas envoyé le moindre politique de haut niveau.

Tchadanthropus-tribune avec la Lettre du Continent

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