Gatineau le 28 mars 2021

DR BE-RAMMAJ MIARO-II

A-102, rue de Lorimier

Gatineau (QC) J8Y 3 E 6

Canada

Tél. +1 819 771-9239

Chers Compatriotes,

Je viens de parcourir les 992 pages du rapport suivant :

« COMMISSION DE RECHERCHE SUR LES ARCHIVES

FRANÇAISES RELATIVES AU RWANDA

ET AU GÉNOCIDE DES TUTSI »

 La France, le Rwanda et le

Génocide des Tutsi (1990-1994)

Rapport remis au Président de la République

Le 26 mars 2021 »

J’ai lu les conclusions du rapport et vous en fais des extraits ci-dessous. Ces conclusions font froid au dos parce que les cinq ans de coopération franco-rwandaise pour la démocratisation après la conférence de la Baule présidée par François Mitterrand, ressemblent beaucoup à celle instaurée par la France au profit du Nord du Tchad et du Président Idriss Deby depuis 1990. Je vous invite à lire le rapport remis au Président Macron le 26 mars 2021, rapport qu’on compatriote a posté sur notre WhatsApp « Poita».

Les conclusions du rapport ne me surprennent pas.  J’ai dénoncé depuis octobre 2002, dans mon livre « Projet de recherche sur les identités des peuples du bassin tchadien », la similitude des coopérations françaises avec le gouvernement tchadien d’Idriss Deby et du gouvernement génocidaire rwandais, à la suite du tract des élections présidentielles tchadiennes de 1996 (tract que je vous avais envoyé) qui affirmait implicitement que le candidat Deby est Tchadien tandis que les autres candidats ressortissants du sud du pays sont des Bantous :

« Un tract, lors d’une élection présidentielle du pays, rédigé par des partisans d’un des candidats distinguait des électeurs tchadiens d’origine, des « Bantous » pour montrer que les prétendus descendants de ces derniers qui vivent dans la partie méridionale du pays sont des étrangers. Le tract avait ainsi divisé la population du Tchad en deux, les Bantous et les non-Bantous, sur des bases géographique et religieuse, exploitant ainsi le savoir de l’homme ou de la femme de la rue, analphabète et ignorant, qui utilise uniquement la géographie et la religion comme éléments de référence. Le tract avait, à dessein, fait abstraction par exemple de la langue, et d’autres indicateurs d’identité culturelle »

Il faut rappeler qu’une telle discrimination, résultant d’un savoir simpliste, a été malheureusement à l’origine du génocide Hutus et Tutsis au Rwanda en 1994, en dépit du fait que les deux groupes vivaient dans le même pays, parlaient la même langue, et avaient la même foi chrétienne. » BE-RAMMAJ MIARO-II (Octobre 2002, PP. 29-30).

La publication de ce rapport à trois semaines du scrutin du 11 avril 2021 est un grand événement !

Je vous souhaite une bonne lecture. BE-RAMMAJ MIARO-II

« COMMISSION DE RECHERCHE SUR LES ARCHIVES

FRANÇAISES RELATIVES AU RWANDA

ET AU GÉNOCIDE DES TUTSI

La France, le Rwanda et le

Génocide des Tutsi (1990-1994)

«Rapport remis au Président de la République le 26 mars 2021».

Passages des conclusions :

Devant une telle tragédie, peut-on s’arrêter au constat historiographique ? La crise rwandaise s’achève en désastre pour le Rwanda, en défaite pour la France. La France est-elle pour autant complice du génocide des Tutsi ? Si l’on entend par là une volonté de s’associer à l’entreprise génocidaire, rien dans les archives consultées ne vient le démontrer. La France s’est néanmoins longuement investie au côté d’un régime qui encourageait des massacres racistes. Elle est demeurée aveugle face à la préparation d’un génocide par les éléments les plus radicaux de ce régime. Elle a adopté un schéma binaire opposant d’une part l’ami hutu incarné par le président Habyarimana, et de l’autre l’ennemi qualifié d’« Ougando-tutsi » pour désigner le FPR.

Au moment du génocide, elle a tardé à rompre avec le gouvernement intérimaire qui le réalisait et a continué à placer la menace du FPR au sommet de ses préoccupations. Elle a réagi tardivement avec l’opération Turquoise qui a permis de sauver de nombreuses vies, mais non celles de la très grande majorité des Tutsis du Rwanda exterminés dès les premières semaines du génocide. La recherche établit donc un ensemble de responsabilités, lourdes et accablantes. Des responsabilités accablantes Ces responsabilités sont politiques dans la mesure où les autorités françaises ont fait preuve d’un aveuglement continu dans leur soutien à un régime raciste, corrompu et violent, pourtant conçu comme un laboratoire d’une nouvelle politique française en Afrique introduite par le discours de La Baule. Les autorités ont espéré que le président Habyarimana pourrait amener son pays à la démocratie et à la paix. Mais, dans le même temps, aucune politique d’encouragement à la lutte contre l’extrémisme hutu et de déracialisation de l’état n’est décidée, en dépit des alertes lancées depuis Kigali, Kampala ou Paris. Nulle réponse n’est donnée non plus aux demandes de négociations directes du FPR dont la perception demeure enfermée dans des catégories ethno-nationalistes. à l’opposition démocrate rwandaise, il est demandé de choisir son camp, ce qui aboutit à la désintégration d’un champ politique qui tentait de naître et d’une société en plein renouveau. Aux efforts de paix se conjuguent des logiques de surarmement et d’inflation des effectifs militaires. Le Rwanda se militarise tandis que prospèrent les milices des partis extrémistes. Le pays se débat dans de dramatiques problèmes économiques et sociaux et fait face à l’épidémie de sida.

En France, à l’inquiétude de ministres, de parlementaires, de haut fonctionnaires, d’intellectuels, il n’est répondu que par l’indifférence, le rejet ou la mauvaise foi. Cet alignement sur le pouvoir rwandais procède d’une volonté du chef de l’état et de la présidence de la République. L’exercice de l’autorité présidentielle assure des pouvoirs élevés en matière diplomatique et militaire, en particulier en ce qui concerne l’Afrique.

La marginalisation des institutions aux positions divergentes et l’exil des pensées critiques caractérisent aussi cette histoire rwandaise de la France qui s’apparente à bien des égards à une crise de l’action publique. Elle révèle la défaillance des pouvoirs de coordination et l’absence de contre-pouvoirs effectifs, jusqu’à la cohabitation tout au moins.

Mais, faute de volonté, par crainte d’aborder un sujet qui suscite tant de 974 la France, le Rwanda et le génocide des tutsi (1990-1994) polémiques et de déchirements, les enseignements de la crise n’ont pas été tirés comme ils auraient dû l’être. Le constat des responsabilités politiques introduit des responsabilités institutionnelles, tant civiles que militaires. La Commission a démontré l’existence de pratiques irrégulières d’administration, de chaînes parallèles de communication et même de commandement, de contournement des règles d’engagement et des procédures légales, d’actes d’intimidation et d’entreprises d’éviction de responsables ou d’agents.

Les administrations ont été livrées à un environnement de décisions souvent opaques, les obligeant à s’adapter et à se gouverner elles-mêmes. L’ensemble des faits que documente la recherche présente, et antérieurement, les institutions elles-mêmes, ont décrit des dérives institutionnelles, couvertes par l’autorité politique ou dans une absence de contrôle politique. Des éléments le prouvent, bien que la conservation des pièces écrites n’ait pas toujours été effectuée, renforçant le caractère anormal de ces situations administratives, civiles et militaires. Ces dérives sont d’autant plus préoccupantes qu’elles promeuvent des schémas de pensée ou des argumentaires dogmatiques qui s’opposent à la nécessaire réflexion entourant l’action publique. Au constat de ces responsabilités institutionnelles s’ajoutent des responsabilités intellectuelles qui, cumulées, font système et témoignent d’une défaite de la pensée. Se gardant en permanence du risque d’anachronisme, la Commission a conduit l’étude des cadres intellectuels de la décision française au Rwanda et de son application.

La grille principale de lecture de la réalité rwandaise, qui détermine des choix politiques et leur exécution par les administrations de l’état, tant diplomatiques que militaires, demeure la lecture ethniciste, particulièrement mobilisée pour le Rwanda et la région des Grands Lacs. Cette lecture correspond d’autant moins à la réalité rwandaise que le pays montre des ressources politiques et sociales résistant à cette emprise de l’ethnicisation.

Les efforts pour promouvoir une autre analyse, critique ou seulement distanciée sur le Rwanda, ont été voués à l’échec mais n’en ont pas moins été faits au point qu’un corpus de réflexion a émergé des archives des institutions publiques. La persistance et même l’obstination à caractériser le conflit rwandais en termes ethniques, à poser l’évidence de l’agression extérieure, à définir une guerre civile là où il y a entreprise génocidaire, minent l’action politique et fragilisent sa traduction administrative. Ce degré de responsabilité intellectuelle interroge sur un dernier ensemble de responsabilités, éthique, cognitive et morale. La responsabilité éthique est posée lorsque la vérité des faits est repoussée au profit de constructions idéologiques, lorsque des pensées critiques, qui tentent de s’y opposer sont combattues, lorsque l’action se sépare de la pensée et se nourrit de sa propre logique de pouvoir, lorsque des autorités disposant d’un pouvoir d’action réelle renoncent à modifier le cours des événements. Celles-ci se résignent alors à une catastrophe prévisible au Rwanda, à l’isolement de la France sur la scène internationale, confiant à l’opération Turquoise le soin de restaurer son image.

Les responsabilités éthiques concernant l’action politique mettent gravement en question des décisions au plus haut niveau qui ont méconnu les événements y compris quand toute l’information était disponible. Les responsabilités éthiques renvoient également à la dimension professionnelle, quand des acteurs publics approfondissent la signification du service de l’état et en conçoivent des devoirs supérieurs à la seule technicité de la charge. Dans le dossier rwandais trop de comportements ont été marqués par cette difficulté à conserver une liberté de jugement et d’action dans le cadre professionnel. La responsabilité cognitive découle de l’incapacité mentale à penser le génocide dans sa définition et à le distinguer des massacres de masse. Elle entraîne d’autres impossibilités structurelles, dont l’impossibilité de comprendre que la définition de la démocratie par « le peuple majoritaire » en est la négation dès lors qu’une catégorie ethnique lui était associée.

La responsabilité cognitive apparaît aussi quand un pays ne réalise pas que la lecture ethniciste répète un schéma colonial et l’entraîne vers un échec stratégique. La faillite de la France au Rwanda, dont les causes ne lui appartiennent pas toutes en propre, peut s’apparenter, à cet égard, à une dernière défaite impériale d’autant plus grave qu’elle n’est ni formulée ni regardée. Il est possible que l’exclusion du Rwanda du sommet de Biarritz et les exigences hors de propos mises par la France sur un pays exsangue à la fin de l’année 1994 soient la marque, inconsciente, du traumatisme de cette défaite inconcevable. La responsabilité morale se porte vers la volonté des personnes et des sociétés de penser et d’agir selon les fins de l’humanité. Les valeurs universelles sont profondément questionnées lorsque l’on est devant la préparation ou la réalisation d’un génocide. 976 la France, le Rwanda et le génocide des tutsi (1990-1994) Comment savoir, comment agir ? C’est « la grande question ! », répond un officier conscient des événements. Que faire en tant que diplomate, militaire, coopérant, journaliste, face aux premiers massacres génocidaires comme ceux-ci l’ont vécu lors d’Amaryllis, quand des personnes survivent et d’autres agonisent ? Dans cette faillite d’une histoire française émergent des individualités politiques et administratives, civiles et militaires, qui ont fait honneur au service de l’état, à la République, à l’éthique.

Elles ont défendu la lucidité dans l’action, maintenu la liberté dans la pensée, et espéré dans la venue d’un temps de nécessaire examen critique du passé. Elles ont permis que des institutions tiennent dans la tempête. Affronter le passé en acceptant les faits de vérité qu’il transmet est la seule voie pour se libérer des traumatismes et des blessures. Les enseignements de l’histoire ne doivent pas être combattus, ils permettent au contraire la paix et le souvenir, ils redonnent de l’honneur et de la dignité quand vient ce temps de la conscience, de la connaissance de toute la réalité du monde. La réalité fut celle d’un génocide, précipitant les Tutsis dans la destruction et la terreur.

Nous ne les oublierons jamais.

DR BE-RAMMAJ MIARO-II

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