Le prince héritier émirati s’est engagé mi-février auprès des chefs d’État du G5 Sahel à décaisser les deux derniers tiers de sa promesse de contribution annoncée en grande pompe en décembre 2017. À ce jour, seuls 10 millions d’euros sur les 30 promis ont été transférés à l’alliance sahélienne.

Parmi les nombreux représentants internationaux présents les 15 et 16 février dans la capitale tchadienne pour le sommet du G5 Sahel, une silhouette vêtue d’un large cheik blanc a particulièrement attiré l’attention : celle du cheik Shakhbut bin Nahyan bin Moubarak al-Nahyan. Seul émissaire d’un pays du Golfe présent à l’évènement, le nouveau ministre de la Coopération internationale des Émirats arabes unis – il a le rang de ministre d’État – se déplaçait en Afrique pour la première fois. Outre plusieurs tête-à-tête avec ses homologues sahéliens, il s’est notamment longuement entretenu avec le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Moussa Faki.

20 millions d’euros supplémentaires

Chargé des nombreux dossiers africains de l’émirat, le diplomate était porteur d’un message du prince héritier Mohammed bin Zayed al-Nahyan, dit “MBZ”. Il a ainsi réaffirmé au président tchadien Idriss Déby que l’émirat honorera d’ici cet été le prochain décaissement des deux derniers tiers de sa promesse de contribution au G5, annoncée en décembre 2017. En effet, seuls 10 millions d’euros sur les 30 promis ont à ce jour été transférés dans les caisses de l’alliance sahélienne à l’été 2019.

Soucieux de jouer la “carte africaine”, Abu Dhabi avait versé son aide via le fonds fiduciaire de la force panafricaine géré par le secrétariat permanent du G5 Sahel à Nouakchott. Cette contribution avait alors permis l’achat de 80 camions auprès du constructeur français Arquus suscitant un certain malaise à Abu Dhabi, qui n’aurait pas été directement consulté pour valider ladite commande. Malgré cela, la diplomatie émiratie serait toujours favorable à honorer sa promesse via le même circuit. Néanmoins, l’annonce de Mohammed bin Zayed al-Nahyan reste sujette aux interrogations dans les capitales sahéliennes : les Émirats s’étaient déjà engagés auprès du G5 Sahel à décaisser ces 20 millions d’euros il y a un an, une annonce qui n’a jamais été suivie d’effets.

Macron bientôt aux Émirats

Sans mécanisme de financement pérenne, l’alliance panafricaine reste encore largement tributaire du bon vouloir de ses bailleurs, l’Union européenne (UE) au premier chef. Plusieurs pistes sont également à l’étude pour encore intensifier davantage l’appui financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Si la France entend profiter de l’arrivée de Joe Biden à la présidence des États-Unis pour tenter de faire passer la force du G5 Sahel sous Chapitre VII des Nations unies, Paris pourrait également tenter un discret lobbying auprès des Émirats. Emmanuel Macron doit tout prochainement se rendre dans le Golfe. Sur son parcours, des étapes à Doha, Abu Dhabi et Ryad sont programmées. Initialement prévue du 5 au 8 mars, cette tournée a été reportée en raison de la situation sanitaire dans l’Hexagone. Elle pourrait être reprogrammée au mois d’avril.

En revanche, Paris aurait définitivement fait une croix sur la contribution de l’Arabie saoudite (100 millions d’euros) annoncée à grand renfort de communication en décembre 2017. Toutes les relances amicales de Paris auprès de Ryad sont jusqu’à présent restées lettre morte. Début 2020, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane avait néanmoins souhaité organiser à Ryad un évènement consacré au G5 Sahel en marge d’un sommet de l’Organisation de la coopération islamique, qui avait dû être annulé à cause de la pandémie de Covid-19.

Tchadanthropus-tribune avec la lettre du continent.

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