Après de longs mois d’enquête, l’Inspection générale d’État (IGE) vient de rendre son rapport sur la gestion de l’hôpital de la Renaissance. Et, comme il fallait s’y attendre, les conclusions sont accablantes pour les responsables de cette structure et inquiétantes pour son avenir.

Selon une source proche du ministère de la Santé, l’IGE a relevé, d’emblée, la mauvaise exécution des termes de la convention de gestion, signée avec la société Fenel Company, le 24 janvier 2011, pour une durée de 5 ans et renouvelée le 31 juillet 2019 pour une durée de 3 ans. Ainsi donc, la convention prendra fin en juillet 2022 et la gestion devra revenir à l’administration tchadienne si le partenariat n’est pas reconduit.

La mission d’enquête dit avoir constaté avec regret que 10 ans après la signature de la convention, cet hôpital est très mal géré et les résultats sont décevants. « Nous avons comme l’impression que c’est un groupe d’amis (société gestionnaire, les fournisseurs, le directeur général, etc.), avec l’indifférence et ou la complaisance des responsables du ministère de tutelle qui ne travaillent que pour leur propre compte.

Dans cette gestion désastreuse, la mission relève que la société Fenel Company facture l’État tchadien d’une somme de 419 222 119 F CFA par an pour une formation (médecins spécialistes et chirurgiens expérimentés et des missions d’expertises et de conseil) qu’elle n’a jamais organisée au profit des équipes médicales permanentes alors que la facturation est évaluée à plus de 3 milliards de nos francs. Cette société doit à l’État tchadien, au titre de la 1re convention, la somme de 692 348 712 F CFA pour les droits d’enregistrement.

Sur la gestion des structures de l’hôpital,

L’IGE évoque une situation dramatique. Elle constate : la carence de la maintenance préventive de certains équipements du service d’imagerie de l’hôpital, occasionnant des ruptures intempestives de l’appui au projet au diagnostic, illustrée par la panne chronique de la table télécommandée ; la discontinuité dans le fonctionnement de l’extracteur d’oxygène, altérant la fourniture en continue de l’oxygène qui est vitale pour les services hospitaliers, plus particulièrement ceux des urgences et de réanimation ; les pannes récurrentes des machines de la buanderie et de la stérilisation, avec comme corollaire la mauvaise hygiène dans les services, en particulier au niveau du bloc opératoire ; la rupture intempestive de l’approvisionnement en consommable de laboratoire, entrainant ainsi une discontinuité de la disponibilité de certains paramètres biologiques quelque fois élémentaires ; l’indisponibilité récurrente de médicaments et dispositif de soins, obligeant les familles à sortir chercher les médicaments, parfois urgents, dans les pharmacie.

Dans cet hôpital, souligne l’IGE, le gestionnaire a tous les pouvoirs et dans tous les domaines (personnel, matériels et finances) sans qu’il ne soit inquiété par le ministère de tutelle. Son directeur général, M. GUSTAVE BASENGUEN, employé de la société gestionnaire, est aussi investi de tous les pouvoirs. « Son seul objectif est de faire le maximum de profit à son employeur au grand dam du personnel et des patients. Par son mauvais comportement et sa gestion calamiteuse, il installe un climat malsain au sein de cette institution qui ne favorise pas un bon rendement à la hauteur des attentes des plus hautes autorités du pays », conclut la mission d’enquête, qui ajoute que ce dernier « met à la disposition du ministère et ou renvoie toute personne qui dénonce sa mauvaise gestion ou émet une idée contraire à la sienne ». Outre le comportement du directeur, qui a occasionné des charges financières (agios, intérêts, commission, etc.) à hauteur de 148 487 200 F CFA, la mission a constaté que les taxes collectées (BNS, CNPS, IRPP et FIR), d’un montant 523 465 764 F CFA par les responsables sur le salaire du personnel n’ont pas été reversées aux entités concernées.

Endettement

L’hôpital de la Renaissance est très endetté. La mission rapporte que malgré les recettes importantes générées, il doit la colossale somme de 3 milliards 481 413 076 F CFA à ses fournisseurs. Un endettement rendu possible par la gestion aux antipodes de l’orthodoxie financière et administrative. A titre d’exemple, la mission dit avoir constaté des virements en double, plusieurs fois sur le compte des sociétés étrangères pour un montant total de 56 907 548 F CFA, les recettes conventionnées échappent à l’agent comptable pour des raisons que seul le directeur général connaît et personne d’autre n’a la maitrise de cette situation, entretenue par le non-respect du manuel des procédures administratives, budgétaires et comptable en vigueur. « En collusion avec le responsable du gestionnaire, la société I2E est payée à hauteur de 18 millions 832 730 F CFA par mois, soit un montant de 225 992 760 FCFA par an pour assurer la maintenance des équipements biomédicaux et techniques de l’hôpital. « Elle facture avec la complicité du directeur général de l’hôpital pour des interventions non réalisées, ainsi que des pièces de rechanges non remplacées, soit un montant total de 307 877 326 F CFA ».

Gestion des ressources humaines

La mission de contrôle d’État dénonce la conduite de la responsable du service accueil, admission et facturation, Mme EVELYNE SALLOUM. « Celle-ci n’a aucun respect envers le corps médical et autre personnel de l’hôpital. Le système de facturation de l’Hôpital est géré par logiciel « CEGI ». Cet outil a été imposé par le gestionnaire et coûte très cher à l’hôpital pour un montant de 15 852 335 F CFA par an. La mission a constaté que certains patients quittent l’hôpital sans payer leurs factures avec l’intervention du directeur général, entrainant un montant total d’impayés de 145 221 774 F CFA. Ces personnes, pour la plupart, sont introuvables ».

En conclusion, l’IGE recommande, dans les meilleurs délais, un audit externe confié à des experts qualifiés afin d’évaluer la qualité de prestation offerte et le niveau de gouvernance de l’hôpital. « Cet audit permettra la correction de ses insuffisances et l’amélioration de la qualité et la sécurité des services. Elle demande que le directeur général soit suspendu de ses fonctions et poursuivi pour sa mauvaise gestion de l’hôpital, pour virement en double sur les comptes des sociétés étrangères et l’utilisation des produits périmés au niveau du laboratoire. Elle demande que la société Fennel soit poursuivie et qu’elle rembourse le montant de 2 979 308 843 F CFA relatif au frais de fonctionnement facturés à l’État et 692 348 712 F CFA pour l’enregistrement aux domaines de la 1ère convention ; que la société I2E soit également poursuivie pour fausses facturations (fournitures des pièces de rechange) relatives à la maintenance des équipements biomédicaux et techniques de l’hôpital pour un montant de 307 877 326 F CFA.

Tchouanaba Patalet

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